Centrafrique : quand les militaires rwandais désarment de force les soldats FACA à Bogoin, près de Damara

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Des militaires rwandais lourdement armés sont intervenus à deux reprises sur un site minier de Bogoin, dans l’Ombella-M’Poko. Des FACA affectés à sa sécurité ont été désarmés puis contraints de quitter les lieux.

 

Les faits se sont déroulés jeudi après-midi à Bogoin, une localité située à environ 120 kilomètres de Damara, sur l’axe Bogangolo. Deux véhicules transportant 24 militaires des forces spéciales rwandaises sont arrivés sur un site minier.

Centrafrique : quand les militaires rwandais désarment de force les soldats FACA à Bogoin, près de Damara

 

Les soldats étaient lourdement armés avec des armes du type Artahoul installées sur leurs véhicules.

 

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Des éléments des Forces armées centrafricaines (FACA), régulièrement affectés dans la zone pour assurer la sécurité du site, se trouvaient sur place. Selon les témoignages recueillis par le correspondant du CNC, les militaires centrafricains, moins nombreux, ont été désarmés d’une manière spectaculaire par les soldats rwandais.

 

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L’intervention a provoqué la colère d’une partie de la population présente sur les lieux. Des habitants ont protesté contre le désarmement des militaires centrafricains sur leur propre territoire.

 

Au même moment, la tension est montée entre les militaires rwandais et des habitants. Plusieurs interventions ont permis d’éviter un affrontement direct.

 

Le ministère de la Défense a ensuite décidé de maintenir des éléments des FACA sur le site afin d’en assurer la sécurité.

 

Une seconde intervention avec plus de cinquante militaires rwandais

 

Une nouvelle intervention a ensuite eu lieu sur le site. Ever Benamungu est revenu accompagné du colonel commandant les forces spéciales rwandaises et de plus d’une cinquantaine de militaires rwandais.

 

Les FACA encore présents sur place ont de nouveau été désarmés. Ils ont ensuite été contraints de quitter le site minier.

 

Selon les éléments recueillis sur place, Ever Benamungu aurait également ordonné aux militaires centrafricains de ne plus revenir sur le site, sous peine d’être tués.

 

Ces faits interviennent dans le cadre d’un différend entre plusieurs intérêts miniers présents à Bogoin. Selon les informations recueillies, des intérêts rwandais et chinois figurent parmi les parties concernées.

 

Le rôle d’Ever Benamungu dans l’intervention des militaires rwandais constitue également un élément central du dossier.

 

Quel cadre pour l’intervention des militaires rwandais ?

 

La République centrafricaine dispose de ses propres forces de défense et de sécurité. Elle dispose également d’une administration minière, d’une justice et de structures administratives chargées de traiter les différends liés à l’exploitation des ressources naturelles.

 

L’intervention de militaires rwandais dans un contentieux minier pose donc la question du cadre dans lequel ils ont agi.

 

Bangui et Kigali entretiennent une coopération militaire étroite. Le Rwanda participe depuis plusieurs années à la sécurité en République centrafricaine et à la formation des FACA.

 

En août 2026, 566 jeunes soldats centrafricains ont achevé une formation avec la participation d’instructeurs rwandais. Le 16 septembre, le chef d’état-major général des FACA, le général Zéphirin Mamadou, a reçu le colonel Alphonse Gahima, attaché de défense rwandais, pour discuter de la poursuite et du renforcement de cette coopération.

 

Cette coopération est officielle. Elle ne permet pas, à elle seule, d’établir dans quel cadre des militaires rwandais sont intervenus à Bogoin.

 

Si leur présence répondait à une mission officielle convenue entre Bangui et Kigali, les autorités centrafricaines devront en préciser le fondement. Si elle répondait à une initiative privée liée à un opérateur économique, la question serait différente.

 

Des propos attribués à Ever Benamungu

 

D’autres éléments rapportés dans le cadre du contentieux concernent des propos attribués à Ever Benamungu.

 

Selon les informations recueillies, celui-ci aurait affirmé que le pouvoir de Bangui doit sa survie au soutien du Rwanda et que ce soutien pourrait être retiré si certains intérêts étaient contrariés.

 

Ces propos restent à confirmer officiellement.

 

Les forces armées centrafricaines ont été contraintes de quitter le site minier de Bogoin après une intervention menée par des troupes étrangères.

La présence de militaires rwandais en Centrafrique s’inscrit dans une coopération bilatérale assumée par les deux États. Le Rwanda participe notamment à la formation des forces centrafricaines.

 

Le dossier de Bogoin porte donc sur une question distincte : celle des limites de l’intervention de militaires étrangers lorsqu’un différend oppose des opérateurs économiques sur le territoire centrafricain.

 

La Centrafrique cherche depuis plusieurs années à attirer des investissements dans le secteur minier. Les activités des opérateurs étrangers sont encadrées par les autorités compétentes et doivent relever des procédures prévues par la législation nationale.

 

Dans ce contexte, le recours à des militaires étrangers pour intervenir dans un différend minier donne au dossier une dimension qui dépasse le seul contentieux économique.

 

Des réponses attendues des autorités

 

Plusieurs points restent à établir. Qui a donné l’ordre aux militaires rwandais d’intervenir à Bogoin ? Quel était leur statut exact ? Dans quel cadre juridique ont-ils agi ? Qui leur a ordonné de désarmer les FACA ?

 

Les autorités devront également préciser pourquoi les militaires centrafricains chargés de la sécurité du site ont été contraints de quitter les lieux.

 

Les menaces de mort rapportées par les témoins devront elles aussi être vérifiées. Une clarification est également attendue sur la nature exacte du différend entre les différents opérateurs miniers présents à Bogoin.

 

La coopération militaire entre Bangui et Kigali est établie. Les faits rapportés à Bogoin posent désormais la question de son cadre d’application lorsque des forces rwandaises interviennent directement face à des militaires centrafricains.

 

Une enquête devra permettre d’établir les circonstances des deux interventions, les instructions reçues par les militaires rwandais et les responsabilités dans le désarmement et le départ forcé des FACA du site minier. Actions disponibles

 

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Gisèle MolomaFonction : Cheffe du service des investigations Corbeau News CentrafriqueIdentité Journaliste centrafricaine. Responsable des enquêtes au sein de Corbeau News Centrafrique, où elle coordonne les investigations et supervise la production des dossiers sensibles.FormationMaîtrise en droit Université de BanguiMaster en gestion des ressources publiques Université Paul Valéry, Montpellier, FranceSpécialités Enquêtes d’investigation Analyse juridique des affaires publiques Études sur la gouvernance et les politiques publiques Crises sécuritaires et politiques en CentrafriqueDescription Gisèle Moloma est une journaliste spécialisée dans l’investigation et l’analyse juridique des affaires publiques. Son travail se distingue par une approche rigoureuse, fondée sur la vérification des faits et l’étude des mécanismes de gouvernance. Au sein de Corbeau News Centrafrique, elle dirige les enquêtes majeures du média et contribue à la production de dossiers approfondis sur les enjeux politiques et sécuritaires du pays.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine