
Faustin ZAMÉTO, sociologue et analyste politique, a réalisé trois reportages consacrés aux 100 premiers jours du gouvernement Moloua III. De Bangui à l’axe Bangui-Bangassou, il a recueilli des témoignages sur le coût de la vie, le chômage et l’état des routes.
À KM5, les 100 jours mesurés par le prix du manioc
À 8 heures, le marché de KM5 est déjà animé. Les commerçants installent leurs marchandises et les clients négocient les prix. Faustin ZAMÉTO s’arrête auprès de Maman Denise, vendeuse de manioc depuis vingt ans. Il lui demande ce que représentent pour elle les 100 jours du gouvernement Moloua III.

« Moloua III ? C’est quoi ça encore ? Moi je connais le Premier ministre Moloua. Il est toujours là, non ? En tout cas, ma cuvette de manioc est toujours à 1 500 francs. Le sac de riz à 35 000 F. Rien n’a changé pour nous », répond-elle.
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À quelques mètres, Rodrigue, 24 ans, pousseur et titulaire d’une licence en droit public obtenue en 2022, raconte sa situation professionnelle. Il affirme être toujours sans emploi depuis l’obtention de son diplôme.
« 100 jours ? Mon frère, moi ça fait 1 500 jours que je pousse. On nous a dit que la jeunesse est au centre de la 7ème République. Je cherche le centre. Je ne le vois pas », témoigne-t-il.
Dans son reportage, Faustin ZAMÉTO rapproche ces témoignages des préoccupations déjà exprimées dans les médias sur le bilan social du gouvernement. Pour les personnes rencontrées à KM5, les changements annoncés au niveau politique ne se traduisent pas encore par une évolution de leurs conditions quotidiennes.
Sur l’axe Bangui-Bangassou, 734 kilomètres de difficultés
Le deuxième volet du reportage porte sur l’axe Bangui-Bangassou, long d’environ 734 kilomètres. Cette route constitue l’un des principaux corridors reliant Bangui aux préfectures de l’Ouaka, de la Basse-Kotto et du Mbomou.
Faustin ZAMÉTO indique ne pas avoir pu parcourir l’intégralité de l’itinéraire pendant la saison des pluies. Il a donc recueilli plusieurs témoignages auprès de personnes vivant ou travaillant sur cet axe.
Alphonse, instituteur à Alindao, décrit les difficultés rencontrées pour rejoindre Bangui afin de percevoir son salaire.
« Pour aller toucher mon salaire à Bangui, je dois payer 45 000 F de moto jusqu’à Bambari, puis 35 000 F de bus. 80 000 F pour aller toucher 180 000 F », explique-t-il.
Selon cet enseignant, le tronçon entre Bambari et Alindao devient particulièrement difficile pendant la saison des pluies. Il évoque également les difficultés des producteurs agricoles pour acheminer leur manioc et leur maïs vers les marchés.
À Bangassou, Maman Pauline, commerçante de poisson, décrit une autre conséquence de l’état de la route. Elle affirme que le transport de ses marchandises prend désormais beaucoup plus de temps.
« Mon poisson du Mbomou, avant, arrivait à Bangui en deux jours par la route. Maintenant, il faut sept à huit jours. Quand il arrive, il est pourri. On le jette », témoigne-t-elle.
Elle estime avoir perdu 300 000 francs CFA au cours du mois précédent et affirme que le transport d’un carton de poisson est passé de 15 000 à 30 000 francs CFA.
Célestin, chauffeur de poids lourd sur l’axe Bangui-Bangassou depuis quinze ans, décrit lui aussi les difficultés du trajet. Il cite notamment les ponts dégradés, les bourbiers et les difficultés rencontrées entre Bambari, Alindao et Bangassou.
« En 100 jours, pas un seul mètre de goudron. Pas un seul pont réparé. Pas une seule niveleuse vue », affirme-t-il.
Les témoignages recueillis par Faustin ZAMÉTO placent ainsi l’état des infrastructures routières au centre de son reportage sur les 100 premiers jours de Moloua III.
À Bangui, les mêmes 100 jours sont racontés autrement
De retour dans la capitale, Faustin ZAMÉTO recueille également les réactions de responsables politiques. Un député de la majorité présidentielle, qui demande à rester anonyme, défend le temps accordé au gouvernement.
« 100 jours, c’est rien. La 7ème République, c’est une œuvre de refondation. On ne refonde pas un pays détruit par 30 ans de crise en 100 jours », estime-t-il.
Le député ajoute que la stabilité constitue déjà, selon lui, un résultat à prendre en compte.
Un député du MLPC tient un discours différent. Il renvoie au bilan publié par son parti le 7 septembre et critique notamment la composition du gouvernement.
« 32 ministres, dont seulement 5 femmes. Où est la parité ? Où sont les compétences ? », demande-t-il, avant de qualifier le gouvernement de structure fondée sur le « copinage » et la « récompense politique ».
Le 15 septembre, le Premier ministre Félix Moloua s’est lui-même exprimé sur les 100 premiers jours de son gouvernement. Il a notamment évoqué la redevabilité et appelé certains fonctionnaires à davantage de responsabilité dans l’exercice de leurs fonctions.
Dans son reportage, Faustin ZAMÉTO met en parallèle ces déclarations institutionnelles avec les témoignages recueillis auprès des populations. D’un côté, les responsables politiques présentent les actions du gouvernement à travers les orientations de la 7ème République. De l’autre, les personnes interrogées parlent principalement du prix des produits, du chômage, des transports et de l’état des routes.
Trois reportages, trois réalités du pays
À travers ses trois reportages, Faustin ZAMÉTO retient plusieurs préoccupations exprimées par les personnes rencontrées ou contactées : le coût de la vie à Bangui, l’accès à l’emploi pour les jeunes et les difficultés de circulation sur les axes reliant la capitale aux villes de l’intérieur.
À KM5, Maman Denise parle du prix du manioc et du riz. À Alindao, l’instituteur Alphonse évoque le coût du déplacement pour percevoir son salaire. À Bangassou, Maman Pauline décrit les pertes liées au transport du poisson. Les témoignages convergent vers une même attente : voir les décisions prises à Bangui produire des effets concrets dans les villes et les villages.
Le reportage rappelle aussi que le gouvernement Moloua III est évalué après seulement 100 jours d’exercice. Les défenseurs de l’exécutif mettent en avant le temps nécessaire à la mise en œuvre des réformes, tandis que ses détracteurs attendent des résultats visibles sur les conditions de vie et les infrastructures.
Faustin ZAMÉTO, sociologue et analyste politique, a réalisé ce reportage le 16 septembre 2026 à partir de ses observations à Bangui et des témoignages recueillis sur l’axe Bangui-Bangassou. Actions disponibles
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