N’Djamena lance un sévère avertissement à Bangui suite à une attaque des mercenaires russes du groupe Wagner sur son territoire et convoque l’ambassadeur centrafricain

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Le gouvernement tchadien a convoqué, ce dimanche, l’ambassadeur de la République centrafricaine au Tchad, Jean-Bernard Léopold, pour lui signifier la protestation officielle de N’Djamena après une attaque menée par des mercenaires russes du groupe Wagner sur son territoire. L’incursion, survenue dans la localité d’Amnabaka, a fait seize blessés graves parmi les soldats tchadiens déployés à la frontière, ainsi que plusieurs morts civils tués par les bombardements russes. Par la voix de son ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l’Intégration africaine, Amat Kogri, le Tchad condamne fermement cet acte qu’il qualifie d’atteinte à son intégrité territoriale et de menace pour la paix et la stabilité dans la zone frontalière.

 

Les faits : une offensive préparée depuis Birao

 

Selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, l’attaque a été lancée le samedi 10 octobre 2026 par plus d’une cinquantaine de mercenaires russes du groupe Wagner, appuyés par leurs supplétifs surnommés « Wagner noirs » ou « Russes noirs », ainsi que par des combattants rebelles tchadiens. L’objectif affiché était de déloger les positions du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) dans la région frontalière de Nabagaye-Tissi, au nord-est de la République centrafricaine.

N’Djamena lance un sévère avertissement à Bangui suite à une attaque des mercenaires russes du groupe Wagner sur son territoire et convoque l’ambassadeur centrafricain
Un hélicoptère russe MI-17 avec à son bord des paramilitaires russes

 

Les préparatifs de l’opération ont commencé dans la nuit du vendredi au samedi. Une cinquantaine de mercenaires russes ont quitté Birao vers 2 heures du matin à bord d’un hélicoptère pour rejoindre Boromata. Le mouvement s’est poursuivi vers 3 heures du matin, en toute discrétion, afin de surprendre les positions du FPRC.

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L’opération a bénéficié d’une géolocalisation précise grâce au général Youssouf Sakhayroun, qui a fourni les numéros de téléphone des chefs du FPRC. Ces renseignements ont permis d’orienter immédiatement les bombardements aériens et les tirs de drones sur les bases visées. Les bombardements intensifs ont devancé l’assaut terrestre, mené conjointement par les mercenaires russes, leurs supplétifs et les combattants rebelles tchadiens.

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Les combattants du FPRC présents sur le site ont opposé une forte résistance jusqu’à 17 heures, parvenant à détruire un drone ennemi et à infliger des pertes mortelles aux mercenaires russes et à leurs supplétifs. Quatre combattants du FPRC sont morts au combat.

 

Des bombardements russes tuent des civils et blessent seize soldats tchadiens

 

C’est dans ce contexte que l’offensive a directement touché le territoire tchadien. Les bombardements russes ont tué plusieurs civils tchadiens dans la zone frontalière, semant la terreur parmi les populations locales.

 

Alertés par les détonations à la frontière, des soldats tchadiens chargés de la surveillance du secteur de Tissi se sont avancés à bord d’un pick-up pour observer la situation. Ces soldats se trouvaient strictement sur leur territoire national, séparé du secteur centrafricain par une démarcation naturelle de moins d’un mètre.

 

Les mercenaires russes ont ouvert le feu depuis leur hélicoptère sur le véhicule militaire tchadien. Les tirs ont blessé seize soldats tchadiens positionnés dans leur propre pays. Ces soldats, qui assurent la sécurité de la frontière, ont été touchés alors qu’ils n’étaient engagés dans aucun combat et se trouvaient en mission de surveillance sur le sol tchadien.

 

Cet acte de provocation démontre la gravité et l’ampleur transfrontalière de cette opération militaire. Il constitue, selon les autorités tchadiennes, une violation flagrante de la souveraineté du Tchad et une menace directe pour la sécurité des populations frontalières.

 

La réaction officielle de N’Djamena

 

Face à cette situation, le gouvernement tchadien a réagi avec fermeté. L’ambassadeur de la République centrafricaine au Tchad, Jean-Bernard Léopold, a été convoqué par le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l’Intégration africaine, Amat Kogri, afin de lui signifier la protestation officielle du Tchad.

 

Par la voix du ministre d’État, le gouvernement tchadien condamne fermement cet acte qu’il considère comme une atteinte à l’intégrité territoriale du Tchad. Les autorités tchadiennes estiment également que cet incident constitue une menace pour la paix et la stabilité dans cette zone frontalière.

 

À travers la convocation de l’ambassadeur centrafricain, le gouvernement tchadien entend adresser une mise en garde aux autorités centrafricaines et rappeler la nécessité du respect strict de son intégrité territoriale ainsi que du maintien de bonnes relations entre les deux pays.

 

Wagner et les rebelles tchadiens au cœur de l’opération

 

L’enquête confirme l’alliance nouée par Wagner avec deux chefs rebelles tchadiens : Nouradine Adam et Hamdan-Daak. Ces deux responsables ont mis leurs hommes à la disposition de la compagnie paramilitaire russe pour mener l’assaut dans la zone des trois frontières.

 

Nouradine Adam, issu de l’ethnie wadaï, se trouverait actuellement à Amdoukoun, au Soudan, près de la frontière tchadienne, aux côtés des éléments des Forces de soutien rapide (FSR). Hamdan-Daak a récemment quitté les rangs des FSR tout en maintenant ses hommes au Darfour. Après un passage en Libye, il séjournerait en Turquie pour rechercher des financements et des armements.

 

L’objectif central de Wagner consiste à chasser le FPRC de cette zone stratégique qu’il contrôle depuis 2013, soit depuis treize ans, pour y installer les rebelles tchadiens. Ces positions serviront de base arrière permanente pour lancer de futures attaques contre N’Djamena.

 

Une position frontalière convoitée pour sa valeur stratégique

 

La zone de Nabagaye-Tissi offre un point de contrôle majeur aux confins de la République centrafricaine, du Tchad et du Soudan. Le FPRC y verrouille les accès depuis 2013 et bloque l’implantation de groupes armés affiliés à Wagner.

 

La manœuvre de Wagner vise à remplacer le FPRC par des rebelles tchadiens entraînés et armés, afin d’établir un point d’appui direct contre le Tchad. Cette offensive s’intègre, selon plusieurs observateurs, dans un grand complot orchestré par Wagner depuis le Niger, le Mali, le Burkina Faso et la Centrafrique pour déstabiliser le Tchad et étendre son emprise régionale.

Cette incursion menée par le groupe Wagner a provoqué des blessés parmi les soldats tchadiens et constitue une violation directe de l’intégrité territoriale du Tchad.

 

Une version officielle centrafricaine contredite par les faits

 

Le ministère centrafricain de la Défense a affirmé le 10 octobre avoir mené une opération préventive avec l’appui de spécialistes russes pour neutraliser une menace étrangère dans la Vakaga. Plusieurs médias ont relayé cette version des faits.

 

Cependant, les constatations réunies par la rédaction du CNC montrent une réalité tout autre : une attaque préméditée contre le FPRC avec le concours de rebelles tchadiens, complétée par des bombardements russes ayant tué des civils tchadiens et blessé seize soldats tchadiens en territoire voisin. Cette contradiction entre le discours officiel de Bangui et les faits établis soulève de graves questions sur la transparence des autorités centrafricaines et sur leur responsabilité dans cet incident.

 

Un avertissement qui ne doit pas être ignoré

 

La convocation de l’ambassadeur centrafricain constitue un signal clair adressé à Bangui. Le Tchad, qui a jusqu’ici fait preuve de retenue, entend rappeler que sa patience a des limites. Les seize soldats tchadiens blessés et les civils tués ne sont pas de simples chiffres : ils sont le symbole d’une violation répétée de la souveraineté d’un État qui, jusqu’à présent, a choisi la voie diplomatique.

 

Le gouvernement tchadien, par la voix de son ministre d’État aux Affaires étrangères, a été explicite : il exige le respect strict de son intégrité territoriale et le maintien de bonnes relations entre les deux pays. Mais cet avertissement ne restera pas sans conséquences si les mercenaires russes et leurs alliés persistent dans cette logique d’aventurisme frontalier.

 

La communauté internationale, les organisations régionales et les partenaires du Tchad sont désormais appelés à prendre la mesure de cette crise. Car au-delà du Tchad et de la Centrafrique, c’est la stabilité de toute la bande sahélo-saharienne qui est en jeu.

 

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