De Gobolo à Rondji : le hold-up spectaculaire du commandant Lamtagué pour saboter l’inspection des services miniers sur les chantiers chinois de l’IMC

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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Parmi toutes les prédictions sombres adressées aux zones minières de la République centrafricaine, peu laissaient entrevoir un tel degré de cynisme. Dans la préfecture de la Nana-Mambéré, le sous-sol regorge de richesses naturelles, mais la population centrafricaine, elle, n’en récolte que la poussière, le mépris et l’arbitraire. Au cœur de cet engrenage destructeur se trouve une entreprise chinoise au nom ronflant : Industrie Minière de Centrafrique (IMC), sous la direction administrative de madame Zaho.
Sur le papier, IMC est une société partenaire de l’État centrafricain, censée exploiter légalement l’or et le diamant, déclarer ses revenus et s’acquitter de ses redevances fiscales. Dans la réalité, IMC fonctionne comme une véritable organisation mafieuse extraterritoriale. Ce qu’elle verse aux caisses publiques ne représente pas même un centième de ce qu’elle extrait quotidiennement. Profitant d’un appareil d’État affaibli par des années de crises et gangrené par la corruption, la direction d’IMC a érigé un système de pillage à grande échelle.
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De Yaloké 2, dans l’Ombella-Mpoko jusqu’aux chantiers de Rondji et de Gobolo, dans la Nana-Mambéré, la méthode demeure inchangée : fraude fiscale massive, violation massive des lois administratives centrafricaines, travail clandestin, et couverture militaire privée pour intimider quiconque oserait y jeter un coup d’œil.
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Pour organiser ce casse du siècle en toute impunité, la société IMC ne s’appuie pas uniquement sur ses directeurs chinois. Elle utilise deux exécutants centrafricains, deux hommes de main passés maîtres dans l’art du racket et du camouflage : le commandant Lamtagué et son acolyte Oumaru.
L’axe du mal : Le commandant Lamtagué et le chef chauffeur Oumarou
Pour comprendre la sophistication du système mafieux d’IMC, il faut disséquer le rôle joué par ses deux pièces maîtresses. À la tête du dispositif sécuritaire, on retrouve le fameux commandant Lamtagué. Ancien rebelle d’origine tchadienne, Lamtagué fait partie de cette vague de mercenaires tchadiens venus aux côtés du général d’armée François Bozizé lors du coup d’État de 2003. Incorporé à l’époque dans les forces armées et bombardé au grade de commandant, il a su monnayer ses compétences d’homme à tout faire pour devenir l’inamovible Directeur de la sécurité des chantiers chinois d’IMC.
Pour Lamtagué, la notion d’administration centrafricaine n’a aucune valeur légaliste : elle n’est qu’un obstacle à contourner ou un outil de racket. Mais un chef de sécurité a besoin de relais sur le terrain. C’est là qu’intervient le nommé Oumaru, le chef des chauffeurs de la compagnie.
Oumarou est un personnage haut en couleur. Tchadien d’origine comme son supérieur, il affirme naviguer entre trois nationalités : tchadienne, centrafricaine et camerounaise. À la fois pivot logistique et rabatteur, Oumarou utilise son réseau transfrontalier pour faciliter le transit de matériels et de personnes entre le Cameroun et la Centrafrique.
Ensemble, Lamtagué et Oumarou forment un binôme redoutable. En échange d’imposantes retombées financières versées sous la table par la direction chinoise d’IMC, ils s’assurent que les chantiers tournent continuellement, à l’abri des regards curieux, des lois du travail et des contrôles fiscaux.
L’arrivée des mercenaires russes accompagnant les inspecteurs miniers
Il y a encore quelques mois, le ministère des Mines pensait pouvoir exercer son droit de regard sur les activités de Gobolo et de Rondi. Des inspecteurs assermentés s’étaient rendus sur place pour effectuer un contrôle de routine : vérifier le nombre de machines, contrôler les déclarations d’extraction et examiner les papiers des travailleurs étrangers.
Mais la réaction du commandant Lamtagué fut d’une brutalité inouïe. Utilisant son autorité et manipulant les soldats des Forces Armées Centrafricaines (FACA) affectés à la protection des sites miniers, Lamtagué a tout simplement ordonné aux troupes de jouer les facilitateurs d’intimidation. Les inspecteurs du ministère des Mines se sont retrouvés braqués par les armes mêmes de l’État centrafricain, sommés de ne pas faire un pas de plus et reconduits vers la sortie sous la menace. Une humiliation intolérable pour l’Administration publique.
Face à ce déni d’autorité, le ministère des Mines a dû revoir sa stratégie. Pour la mission de contrôle suivante, le ministère ne s’est plus déplacé seul : il s’est fait escorter par des mercenaires russes du groupe Wagner, lourdement armés.
Le rapport de force s’est inversé. Devant la rigueur et la puissance de feu de ces mercenaires, les éléments FACA manipulés par Lamtagué, ainsi que le commandant lui-même, sont subitement devenus des femmes, inactifs et bébés. Privé de la force brute pour faire barrage, le système Lamtagué-IMC a dû adapter sa tactique et passer de l’intimidation ouverte à la fraude clandestine avancée.
L’opération camouflage : Le camp clandestin dans la forêt de Kankia
Puisqu’il n’était plus possible de menacer directement les inspecteurs escortés par des mercenaires, le commandant Lamtagué et la direction d’IMC ont élaboré un stratagème d’une ingéniosité machiavélique pour paralyser le contrôle ministériel.
Pour comprendre la ruse, il faut observer la géographie des lieux. La base centrale de la société IMC se situe sur le site de Gobolo. En partant de cette base centrale et en parcourant exactement 5 kilomètres, la route bifurque. Au niveau du virage situé sur la droite en allant vers le village de Kankia, les Chinois ont ouvert une voie clandestine à travers la dense végétation. À environ 500 à 700 mètres à l’intérieur de la forêt, en bordure du village de Kankia, ils ont érigé un camping clandestin totalement invisible depuis la piste principale.
Ce complexe forestier secret sert à la fois de dortoir et de garage d’urgence. Dès que la venue d’un convoi d’inspecteurs est signalée depuis Bangui, le réseau d’alerte de Lamtagué se déclenche.
En quelques heures, des dizaines de travailleurs chinois en situation irrégulière entrés clandestinement par la frontière camerounaise sans le moindre visa ni permis de travail sont évacués du chantier principal et mis à l’abri dans le camp de Kankia. Dans le même temps, les ouvriers camerounais clandestins acheminés par le réseau d’Oumarou sont lâchés dans la forêt profonde pour s’y cacher le temps que passe la tempête.
Le tour de passe-passe matériel : La disparition des 12 engins lourds
Le camouflage ne concerne pas seulement les êtres humains ; il s’applique surtout au parc d’équipements de chantier, indicateur clé utilisé par les inspecteurs des mines pour estimer le volume réel d’or extrait.
Sur le chantier principal de Gobolo, IMC fait tourner en temps normal des dizaines de machines lourdes. Mais lorsque les inspecteurs débarquent, accompagnés des mercenaires, ils ne trouvent sur le site qu’une activité au ralenti : deux ou trois vieux camions, un tapis roulant fatigué et une poignée d’ouvriers en règle.
Où est passé le reste du matériel ? Disparu dans les entrailles de la forêt de Kankia.
Sur les ordres stricts du commandant Lamtagué, au moins 20 véhicules lourds comprenant des tractopelles, des excavatrices de fort tonnage et des camions bennes sont déplacés vers le campement clandestin. Pour rendre ces monstres d’acier totalement invisibles aux yeux des patrouilles et des survol aériens, les Chinois creusent d’immenses tranchées au fond du campement de Kankia, dans lesquelles ils encastrent les engins avant de les recouvrir de bâches et de branchages.
Pour maintenir le secret autour de cette enclave, Lamtagué applique la terreur auprès des employés. Les chauffeurs et ouvriers centrafricains font l’objet de menaces de mort directes : quiconque s’approche de la zone de camouflage de Kankia ou mentionne l’existence des 12 machines dissimulées subira des représailles immédiates.
Pendant que les inspecteurs du ministère posent naïvement des scellés sur les quelques machines laissées à Gobolo en pensant avoir bloqué la production d’IMC, la réalité est tout autre : à 5 kilomètres de là, dans l’enclave de Kankia, les machines dissimulées continuent de creuser et d’extraire l’or centrafricain en toute clandestinité.
L’imposture administrative : Du racket de permis au démantèlement de l’État
Non content de structurer la fraude minière et la dissimulation d’équipements, le commandant Lamtagué a récemment étendu ses activités au racket administratif direct sur les employés centrafricains.
Pour ce dernier, nous reviendrons en détail dans nos prochains articles. La situation à Rondji feront aussi objet d’une analyse dans nos prochains articles sur CNC.
Par Alain Nzilo
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