Quand les arguments économiques font défaut et que les caisses de l’État résonnent creux, il ne reste plus qu’à sortir son parchemin universitaire. Sur le plateau de l’émission Patara, face à l’asphyxie pétrolière qui paralyse Bangui et les provinces, le débat politique s’est brièvement métamorphosé en un concours d’académiciens. Pressé de toutes parts par la démonstration implacable du chercheur Paul Crescent Beninga, l’ancien ministre de la Communication, Serge Ghislain Djorie, a dégainé une parade d’un ridicule consommé : invoquer son titre de docteur pour tenter de niveler la défaillance de son camp.
Pris en étau par les données chiffrées de la société civile qui exposaient la chute vertigineuse des recettes fiscales pétrolières et un trou béant de près de 10 milliards de francs CFA relevé par le FMI —, Serge Ghislain Djorie a soudainement choisi d’abandonner le terrain comptable pour se réfugier dans les sommets de l’académie. « Maintenant, nous sommes des intellectuels, il est docteur, moi aussi je suis docteur. Qu’est-ce qu’on doit faire ? Quelle est notre contribution pour que les choses avancent dans notre pays ? », a-t-il lancé sur les ondes de la radio nationale, cherchant manifestement à transformer une débâcle gouvernementale en un sympathique colloque entre pairs.

Cette tentative désespérée de troquer le bilan comptable du régime contre un brevet d’intellectualisme partagé n’a aucunement impressionné son contradicteur. Paul Crescent Beninga, porte-parole du Groupe de travail de la société civile (GTSC), n’a pas tardé à ramener l’ancien ministre à la réalité brute du terrain : avoir un doctorat n’efface ni les files d’attente interminables devant les stations-services, ni les conséquences désastreuses du monopole illégal accordé à la société Neptune Oil.
« Lorsqu’on vient à ce genre de débat, on ne participe pas à ce genre de débat pour faire dans le populisme. C’est un débat qui se fait technique ! J’ai avancé des chiffres, j’attends de mon contradicteur qu’il avance également des chiffres et qu’on en débate », a répliqué froidement l’universitaire, refusant ce petit jeu de connivence académique destiné à noyer le poisson.
En cherchant à s’abriter derrière son titre universitaire pour esquiver la volée de bois vert économique assénée par Paul Crescent Beninga, Serge Ghislain Djorie a involontairement illustré la fracture entre l’élite politique au pouvoir et les réalités du peuple. Les Centrafricains qui souffrent au quotidien du coût des transports et de la flambée des denrées alimentaires n’ont que faire des diplômes de leurs dirigeants : ce qu’ils attendent à la pompe, ce n’est pas une thèse de doctorat, mais tout simplement du carburant.
Par Alain Nzilo
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Le débat économique entre Serge Ghislain Djorie et Paul Crescent Beninga met en lumière les préoccupations des jeunes centrafricains face à la crise du carburant.
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