À Bimbo, le nouveau maire choisit de faire sa publicité de luxe face à l’urgence insalubre du marché public

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  À peine installé dans son fauteuil, le nouveau maire de la commune de Bimbo, Armand-Rock Souabiti, semble avoir déjà choisi ses priorités. Et elles ne se trouvent pas dans l’assainissement des espaces publics ou la gestion des routes. Alors que l’unique marché de la ville étouffe sous des montagnes d’ordures à ciel ouvert, une campagne d’affichage monumentale à la gloire de l’édile vient de faire son apparition. Une opération de communication coûteuse qui lorgne directement vers le culte de la personnalité du sommet de l’État, sur fond de pillage des ressources locales. 
À Bimbo, le nouveau maire choisit de faire sa publicité de luxe face à l'urgence insalubre du marché public
L’Empire des publicités sans les œuvres, Centrafrique. Publicité du nouveau Maire de la commune de Bimbo au côté de l’Empereur Touadera. Photo Chris CAN
 

L’illusion des panneaux face au désastre du marché public

Les visages s’affichent en grand format, lisses et retouchés sur un fond violet éclatant. D’un côté, le Président-Empereur Faustin-Archange Touadéra ; de l’autre, Armand-Rock Souabiti, fièrement titré « 1er Maire de la 7ème République de la ville de Bimbo ». Un affichage de luxe qui tranche cruellement avec le décor immédiat de la commune. À quelques mètres de là, la réalité du terrain rattrape brutalement la mise en scène. Au marché de Bimbo, l’unique poumon économique de la localité, les déchets s’entassent dans une indifférence totale. Des restes de maïs, des emballages plastiques et des immondices organiques forment de véritables collines de pourriture qui empiètent sur la chaussée boueuse. Privée de caniveaux et de canalisations pour évacuer les eaux stagnantes, la route qui traverse le marché n’est plus qu’une piste impraticable. Pour les commerçants, leurs femmes et leurs enfants qui fréquentent quotidiennement les lieux, ce début de mandat commence sous le signe de l’insalubrité et des risques sanitaires majeurs. 

Le business opaque de la propagande de rue

Pourtant, installer ces structures publicitaires géantes aux abords des rues exige de l’argent, beaucoup d’argent. Mais à qui profite réellement ce système ? Loin d’être une simple coquetterie politique, ces structures appartiennent en réalité à une société privée détenue par un transfuge politique du pays. C’est ce même baron désormais du régime qui gère l’impression, réalise les photos et loue ces espaces publicitaires à prix d’or à tous ceux qui cherchent à se faire bien voir comme Touadera et Moloua. En adhérant à cette pratique, le nouveau maire de Bimbo entretient un circuit financier fermé bien connu de la nébuleuse de Touadéra : on gonfle les factures aux frais du contribuable pour financer une visibilité artificielle, tout en enrichissant indirectement. Une entreprise de vanité politique qui se nourrit des caisses de la municipalité, alors même que les services de voirie de base sont déclarés en faillite technique. 

L’affaire du groupe électrogène : la plainte contre Sani Yalo comme priorité absolue

L’autre grand test de crédibilité pour Armand-Rock Souabiti ne se jouera pas sur des panneaux publicitaires, mais devant les tribunaux. La commune de Bimbo a été purement et simplement dépouillée de son groupe électrogène par le sulfureux Sani Yalo. Ce dernier était venu démonter l’appareil vital pour la collectivité locale sous un prétexte fallacieux : aller l’installer dans la ferme personnelle de Touadéra à Damara. Un vol caractérisé, maquillé en acte de dévotion présidentielle pour s’assurer une impunité totale. Mais le vent tourne. Alors que l’appareil judiciaire commence enfin à se réveiller et à s’intéresser de près aux dossiers de Sani Yalo, le maire de Bimbo se retrouve au pied du mur. Récupérer ce bien public et déposer une plainte formelle contre Yalo doit être sa priorité immédiate. Continuer à fermer les yeux ou reculer devant ce prédateur économique équivaudrait à une complicité flagrante de détournement de fonds publics. Les contribuables de Bimbo n’ont que faire d’un maire qui parade en 4×3 mètres aux côtés du chef de l’État pour satisfaire son ego familial. La commune réclame des routes praticables, des canalisations pour évacuer la boue, le ramassage des ordures de son marché et la restitution des équipements qui lui ont été volés. Le temps de la communication de luxe est révolu, place à l’obligation de rendre des comptes. Par Gisèle MOLOMA

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