L’affaire des Faux diplômes : Le gouvernement centrafricain combat les symptômes d’un virus qu’il a lui-même créé

Rédigé le 10 août 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
En instrumentant une traque judiciaire contre les prétendus détenteurs de faux diplômes, les autorités de Bangui feignent d oublier qu elles ont elles-mêmes industrialisé la production de ces faux titres académiques.
Le récent point de presse du comité stratégique de recrutement jette une lumière crue sur le cynisme de l appareil étatique centrafricain. En annonçant des poursuites pénales et des peines de travaux forcés contre des centaines de jeunes diplômés, le Premier ministre tente de laver le pouvoir de toute responsabilité. La réalité institutionnelle contredit cette posture de redresseur de torts. Les faux documents qui encombrent aujourd hui les ministères des Finances, de la Justice ou des Mines ne proviennent pas de réseaux clandestins extérieurs, ils sortent directement des imprimeries et des bureaux de l administration publique. Le régime actuel a transformé la délivrance des diplômes et des arrêtés d intégration en une véritable industrie politique.
Pendant des années, pour s assurer un soutien électoral ou pour récompenser des clientèles politiques, le pouvoir a distribué des titres universitaires, des baccalauréats et des brevets par de simples décisions ministérielles et des passe-droits. Les critères académiques ont été balayés au profit des affinités partisanes. Cette distribution massive de parchemins de complaisance a détruit la valeur du mérite et a forcé la population à entrer dans un jeu dont l État fixait les règles de la corruption. Les citoyens se retrouvent aujourd hui victimes d une situation où l obtention d un vrai document officiel était devenue impossible sans une compromission avec les agents du système. Le gouvernement actuel est le premier artisan de cette confusion, ayant lui-même validé et signé les documents qu il qualifie désormais de criminels.
La décision de transférer ces dossiers au procureur de la République pour appliquer le Code pénal relève d une stratégie de diversion. En ciblant la jeunesse qui cherche désespérément à intégrer la fonction publique pour survivre, les autorités protègent les hauts cadres administratifs et les ministres qui ont mis en place ces circuits de fabrication. L Université de Bangui et la direction des examens et concours ont fonctionné sous la tutelle directe d un régime qui fermait les yeux tant que cela servait ses intérêts politiques. Punir les postulants actuels revient à condamner les usagers d un marché que les dirigeants ont eux-mêmes ouvert, financé et entretenu pour asseoir leur autorité.
L invocation de la tolérance zéro et de la moralité républicaine apparaît comme une hypocrisie majeure au début de cette septième République. Les jeunes qui ont voté pour ce pouvoir sur la promesse d une insertion économique se retrouvent désignés comme les seuls coupables d une faillite collective. Le gouvernement utilise la menace carcérale pour masquer son incapacité à réformer ses propres structures et à assumer les conséquences de ses décrets passés. Les véritables cerveaux de cette falsification industrielle, installés au cœur des ministères, échappent aux enquêtes pendant que les bacheliers et les licenciés servent de boucs émissaires.
Cette campagne de communication ministérielle cherche à blanchir un système corrompu en sacrifiant l avenir de la jeunesse diplômée. En qualifiant la situation d extrêmement grave, le comité technique tente d effacer l historique des pratiques du régime. Les tribunaux vont être saisis pour punir des citoyens qui n ont fait que se conformer à un modèle de réussite sociale imposé par les dirigeants depuis le sommet de l État.
Les mandats de dépôt vont frapper des candidats à l emploi dépourvus de soutiens politiques, pendant que les décrets de nomination continuent de privilégier les proches du pouvoir, perpétuant le fonctionnement d une machine administrative qui recycle ses propres défaillances sans jamais s attaquer aux décideurs qui tirent profit de ce trafic d influence
Par Éric Azoumi
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