Implosion à Bangui : la guerre des clans paralyse Touadéra, Sani Yalo fait désormais plus peur que Poutine et Bozizé

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Implosion à Bangui : la guerre des clans paralyse Touadéra, Sani Yalo fait désormais plus peur que Poutine et Bozizé.

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

 Le vernis du régime de Bangui semble définitivement s’être fissuré, laissant place à une panique généralisée et à une guerre de clans larvée au sommet de l’État. Entre menaces de rébellion, altercations au parquet et chantage politique, l’affaire Sani Yalo est en train de se transformer en un séisme susceptible d’ébranler durablement le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra. Désormais, le régime ne tiendrait plus qu’à un fil, tandis que la peur semble avoir changé de camp.

 

Le procureur agressé : L’audition explosive qui a frôlé le sang

​Les secrets de l’audition de Sani Yalo, qui ont fuité des couloirs du parquet, dévoilent l’extrême fébrilité du régime. Convoqué pour s’expliquer sur un prétendu complot né d’un simple enregistrement sur Facebook, l’usurpateur Sani Yalo, qui s’est récemment autoproclamé « ministre d’État » sans le moindre décret, a littéralement explosé de rage.

​Face au procureur de la République, Guy Martial Damanguéré, Yalo a vivement contesté son autorité judiciaire et a hurlé sur lui comme un buffle blessé par des chasseurs aguerris. L’affrontement a failli tourner à la bagarre physique lorsque le grand argentier du parti présidentiel a levé la main pour tenter d’asséner une gifle magistrale, une “Haïe ! Chochouto!”, comme l’avait fait Jules Djawé au coup de pied que lui avait donné Wilfrid Sébiro et très bien expliqué dans les célèbres démonstrations le maitre karaté Fidèle Gouandjika. Sauf qu’au parquet de Bangui, la scène n’aurait été maîtrisée que grâce à l’intervention rapide des agents de sécurité.

​Mais ce choix du procureur n’est pas anodin : Guy Martial Damanguéré est un Ggbaka-mandja, l’ethnie maternelle de Faustin-Archange Touadéra. En l’agressant, Sani Yalo a attaqué le cœur même du dispositif judiciaire familial et sécuritaire du chef de l’État.

 

À sa sortie du parquet, Sani Yalo s’est empressé de prendre la parole sur Radio Ndeke Luka pour affirmer avoir été blanchi, tentant ainsi de rassurer ses soutiens et de reprendre l’initiative médiatique.

 

La contre-offensive du bloc Ggbaka-Mandja : Objectif extradition

​La nouvelle de cette altercation est rapidement parvenue aux oreilles de l’ancien directeur général de la police nationale, récemment promu ministre de la Sécurité publique, Bienvenu Zokoué. Ce dernier, dont l’épouse serait apparentée au chef de l’État, aurait aussitôt réclamé l’arrestation de Sani Yalo, poussant le parquet à envisager l’émission d’un mandat d’arrêt.

​Devant l’inaction de la famille paternelle de Touadéra, restée totalement inconnue depuis son accession à la magistrature suprême, c’est le bloc maternel Ggbaka-mandja qui a décidé de faire corps pour éviter l’effondrement de leur régime. Considérant l’État comme un patrimoine familial, ce clan a juré la perte de Yalo. En coulisses, une option radicale serait désormais évoquée : l’arrestation de Sani Yalo suivie de son extradition vers la Guinée équatoriale.

 

Pour rappel, Sani Yalo a été condamné par contumace à cinquante-neuf ans de prison dans une affaire liée à une tentative présumée de coup d’État en Guinée-Équatoriale. Le clan Ggbaka-mandja sait que s’il reste en liberté, il utilisera sa fortune pour financer une nouvelle rébellion et balayer leur pouvoir.

 

Touadéra paralysé sur son lit d’hôpital à Dubaï

​Pendant que la capitale centrafricaine traverse cette zone de turbulences, Faustin-Archange Touadéra, lui, suit ces événements à des milliers de kilomètres de là, à Dubaï, où il séjourne pour des raisons médicales.

 

Informé de la gravité du clash, Faustin-Archange Touadéra a été pris d’un vent de panique. Prêt à écourter son séjour médical pour rentrer d’urgence à Bangui afin de reprendre personnellement le contrôle des opérations. Selon plusieurs sources, son entourage l’aurait toutefois dissuadé d’écourter son séjour.

​ Cette absence prolongée contribue à alimenter les spéculations sur un vide du pouvoir, alors que les rivalités internes semblent s’intensifier.

 

La longue liste des ingratitudes d’un président amnésique

​Pour ceux qui suivent la politique centrafricaine, la trahison en cours de Sani Yalo n’est qu’un énième chapitre d’une méthode Touadéra bien rodée. L’ingratitude pathologique du chef de l’État envers ses bienfaiteurs et ses anciens « faiseurs de rois » n’est plus à démontrer, et la liste de ses victimes est particulièrement longue.

​L’exemple de Martin Ziguelé revient régulièrement dans les discussions. On se rappelle l’acharnement destructeur de Touadéra contre Martin Ziguelé. Après avoir bénéficié de son soutien, le locataire du palais de la Renaissance a méthodiquement acheté les cadres affamés et malades de son parti, le MLPC, à l’instar de Chantal Jean Édouard Koyambonou, Jackson, ou encore Étienne Malekoudou Mazette, pour fragiliser le leader politique.

 

Dans le même registre, Régis Lionel Dounda, ancien ministre issu du MLPC, a été condamné à une lourde peine de prison, lui privant arbitrairement de toute possibilité de faire appel de son jugement, tandis que nombre de transfuges ayant quitté leur formation politique pour rejoindre le pouvoir se retrouveraient aujourd’hui misérablement abandonnés à leur propre sort.

​L’ancien Premier ministre Anicet-Georges Dologuélé a subi le même traitement après avoir servi de marchepied politique. Plus récemment, Thierry Kamach, longtemps considéré comme l’un des principaux soutiens politiques et financiers du régime, a été écarté du gouvernement Moloua III à la suite de la diffusion d’enregistrements compromettants.

 

Sani Yalo, qui assiste aujourd’hui à sa propre mise à mort politique, n’est que le dernier dindon d’une farce tragique dont Touadéra est le seul metteur en scène.

 

« Ingrats ! » : Le chantage sécuritaire de Sani Yalo

​Acculé, coincé à Bangui par la peur d’être arrêté dès qu’il tentera de s’envoler, et abandonné par ses courtisans qui fuient la puissance du bloc Ggbaka-mandja, Sani Yalo a choisi la politique de la terre brûlée.

 

En privé, sa colère est noire, toute noire. Il qualifie ouvertement tous les Ggbaka-mandja d’« ingrats », rappelant le rôle qu’il aurait joué dans la mobilisation de financements auprès des milieux commerçants et de ses cousins tchadiens pour installer et maintenir ce régime au pouvoir.

​ Derrière son appel hypocrites public à la paix lancé sur Radio Ndeke, plusieurs observateurs perçoivent un avertissement adressé au chef de l’État, une menace de mort pour la stabilité du pays. Le message envoyé à Touadéra est limpide : “Si ta justice me rattrape, je brise la paix dans le pays.” Sani Yalo fait désormais planer le spectre d’une nouvelle guerre civile si le pouvoir touche à un seul de ses cheveux.

 

L’argent n’aime pas le bruit : La bourse ou la vie du régime

​À Bangui, la peur a définitivement changé de camp. Faustin-Archange Touadéra redoute aujourd’hui Sani Yalo bien plus que son propre allié Vladimir Poutine et son ancien patron Francois Bozizé. Le grand argentier Sani Yalo disposerait d’une connaissance approfondie des rouages financiers et politiques du régime, ce qui renforcerait sa capacité de nuisance.

​Mais cette confrontation produit déjà des effets économiques. Comme le dit l’adage, « l’argent n’aime pas le bruit ». Les investisseurs, les partenaires internationaux et les bailleurs de fonds observent avec inquiétude un spectacle marqué par des institutions fragilisées, des tensions politiques croissantes et des accusations réciproques au sommet de l’État.

​Dans un contexte aussi instable, horrifiés par ce vacarme politico-militaire, les capitaux ont tendance à se retirer, les projets à être suspendus et les partenaires à adopter une position attentiste.

​Le régime de Bangui ne tient plus que par la terreur et les barbelés, mais face à un Sani Yalo prêt à tout pour sa survie politique et physique, le fil est sur le point de rompre.

 

Affaire à suivre….

Gisèle MOLOMA

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