Touadéra appelle au retour patriotique de la diaspora, mais à Bangui, la peur règne : tabassages, passeports bloqués et menaces pour ceux qui osent parler. La vérité brute d’un Centrafricain à Touadera

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Un Centrafricain vivant à Bangui, capitale centrafricaine, s’exprimant  sans langue de bois sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Il a décidé de répondre au dictateur de Bangui, Faustin-Archange Touadera pour lui répondre directement au discours qu’il a tenu à Moscou. Le dictateur de Bangui y invitait les centrafricains vivant à l’étranger à rentrer pour développer le pays, en sous-entendant que l’hésitation venait d’un manque de courage ou de patriotisme.

 

Alors que Touadéra venait juste de rentrer à Bangui, ce jeune centrafricain n’a pas sa langue dans la poche pour dire haut ce que beaucoup disent bas. Ce banguissois passe à l’offensive : même ici, dans la capitale, personne ne se sent en sécurité. Même moi qui parle. Je ne suis pas en sécurité. La protection existe seulement pour vous monsieur le Président. Vous et vos proches qui sont en sécurité. Pour nous les autres, la peur est constante.

 

Touadéra appelle au retour patriotique de la diaspora, mais à Bangui, la peur règne : tabassages, passeports bloqués et menaces pour ceux qui osent parler.  La vérité brute d’un Centrafricain à Touadera
Touadera en réunion avec la diaspora centrafricaine en RussieTouadera en réunion avec la diaspora centrafricaine en Russie

Et le monsieur ne s’arrête pas! Il donne des exemples précis qui circulent partout : Élysée Nguemalé, membre de la société civile, a été tabassé par des miliciens liés à votre pouvoir. La justice a réagi ? Pas du tout. Pas d’enquête, pas de suite. L’opposant Anicet-Georges Dologuelé attend son passeport depuis longtemps, bloqué sans raison claire. Pourquoi on le lui refuse ? Silence total.

 

Il va plus loin et dit ce que beaucoup pensent tout bas : « Ceux qui disent la vérité deviennent des cibles. Moi qui parle comme ça aujourd’hui, je sais qu’un matin on peut me retrouver tabassé à mort. » Selon lui, les centrafricains de la diaspora ne cessent de l’appeler pour lui mettre en garde par rapport à ce qu’il dit à visage découvert : fais attention à toi mon frère. Ils me disent cela chaque jour. Comment les gens qui sont à l’étranger, écoutant les mauvaises nouvelles du pays, peuvent-ils rentrer ? Impossible. La peur est partout.

 

Le dictateur de Bangui ne cesse de claironner partout pour dire qu’il faut rentrer au pays pour contribuer au développement de notre pays. Mais ce banguissois pose la question directe : revenir pour quoi exactement ? Pour vivre dans le même chaos que nous ? Pour risquer les violences comme Élysée Nguemalé? Pour attendre la carte nationale d’identité ou le passeport qui n’arrive jamais quand on critique le pouvoir ?

 

« Ceux qui vous entourent traumatisent les gens. Ils cognent, ils bloquent, ils menacent. Et vous voulez qu’on revienne partager ça ? »

 

Aucune garantie réelle. La justice ne protège pas tout le monde de la même façon. La parole libre reste un risque majeur. Dire ce qu’on pense peut coûter très cher. C’est ça qui empêche les retours. Pas un défaut de patriotisme. La réalité quotidienne : ici, la sécurité est un privilège réservé à quelques-uns, la justice sert qui elle veut, et parler ouvertement expose à la violence.

 

Ce Centrafricain qui reste sur place à Bangui et qui prend des risques en publiant ça résume l’évidence : Faustin-Archange Touadéra parle de retour et de patriotisme, mais il maintient un pays où la peur domine, où les critiques sont punies et où la protection n’existe pas pour tous. Dans ces conditions, qui voudrait rentrer ?

 

Par Éric Azoumi

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