Les médiateurs religieux peuvent-ils inverser la tendance des conflits dans le Haut-Mbomou ?

Rédigé le 22 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Depuis plusieurs jours, catholiques, protestants, musulmans et animistes unissent leurs efforts pour négocier la libération de trois captifs et ramener la paix dans le Haut-Mbomou.
Cette démarche des religieux centrafricains fait suite à la capture, le 28 décembre dernier, de quatre personnes : la sous-préfet de Bambouti, le commandant de la compagnie de la gendarmerie de Bambouti et deux agents électoraux. Les ravisseurs réclament l’intervention des religieux pour entamer des pourparlers et obtenir la libération des otages. L’insécurité perdure dans cette préfecture depuis près d’une année, faisant des victimes dans tous les camps, y compris parmi les civils.
Conscients de la gravité de la situation, les représentants des différentes confessions ont décidé d’agir ensemble. Leur objectif consiste à établir un premier contact direct avec les miliciens Azandé, à la communauté locale avant de rapporter leurs revendications aux autorités de Bangui. Cette approche progressive vise à recueillir les doléances de chaque partie pour faciliter un éventuel rapprochement.
Dans cette logique, une première délégation s’est rendue à Zémio la semaine dernière pour rencontrer les notables locaux. Les chefs de quartier et de village consultés ont toutefois exprimé leur neutralité dans ce conflit. Ils affirment ne détenir aucune autorité sur les combattants et préconisent des discussions directes avec les miliciens azandés.
Suite à ces échanges peu concluants, une seconde équipe religieuse s’est déplacée à Obo pour mener des consultations similaires. Là encore, les responsables locaux renvoient les médiateurs vers les groupes armés eux-mêmes. Cette répétition du même schéma complique sérieusement la mission des émissaires de l’Église.
Mais au-delà de ces difficultés diplomatiques, l’arrivée de ces médiateurs provoque des réactions hostiles sur le terrain. À Zémio comme à Obo, leur présence crée une agitation palpable auprès des forces Wagner. Il est à rappeler que depuis plusieurs semaines, beaucoup d’habitants ont fui vers les champs pour échapper aux exactions des miliciens russes, et en apprenant la venue des émissaires de l’Église, certains commencent à sortir de leur cachette.
Cette apparition soudaine des villageois déclenche aussitôt la méfiance des miliciens Wagner qui installent des barrages. Ils s’installent à plusieurs niveaux ou les habitants sortent de leur champ, intimidant au passages les gens qui sortent pour venir dans la ville. Leur objectif est simple : filtrer le passage pour éventuellement capturer les miliciens Azandé qui vont sortir de la brousse afin de rencontrer les religieux. C’est une mauvaise disposition d’esprit. Ces criminels russes voient tout le monde comme des miliciens et tentent de les intimider.
Même devant les bâtiment de l’église où se tient la réunion, les pick-up des mercenaires font des allers-retours incessants pour intimider la population et décourager tout mouvement.
Pendant que cette tension monte dans le Haut-Mbomou, à Bangui, le porte-parole gouvernemental, le clepto-mythomane Maxime Balalou tient un discours sans équivoque. Selon lui, grâce aux miliciens russes du groupe Wagner, le pouvoir n’engagera aucune négociation avec ces « criminels ». Il promet leur mise en déroute complète et rejette publiquement toute initiative de médiation.
Cette fermeté contraste pourtant avec les démarches entreprises par le régime avec d’autres groupes armés à majorité tchadiens, comme UPC et le 3R. Le gouvernement refuse donc de négocier avec des Centrafricains qu’il a lui-même armés et encadrés auparavant, alors qu’il accepte des pourparlers avec des combattants venus de l’étranger. Cette différence de traitement souligne une incohérence qui n’échappe à personne.
Pendant ce temps, sur le terrain, la violence continue de s’intensifier sans que personne n’intervienne. Les Wagner procèdent à des égorgements publics et interdisent formellement à quiconque de toucher aux corps des victimes. Les cadavres restent abandonnés à la vue de tous, pourrissant sur place pendant des jours sous le regard terrifié des habitants.
Personne n’ose s’approcher de ces dépouilles par crainte de subir le même sort. Cette terreur maintient la population dans un état de peur permanent, privant les familles du droit d’enterrer dignement leurs morts. Les habitants se demandent si la paix reviendra un jour dans le Sud-Est, tant la situation paraît bloquée.
Le conflit oppose principalement les mercenaires russes aux miliciens Azandé, sans que les civils puissent faire entendre leur voix. Les médiateurs religieux se retrouvent pris entre deux feux, incapables de progresser dans leur mission malgré leur bonne volonté. D’un côté, les miliciens azandés acceptent en principe de discuter et ont même réclamé cette médiation.
De l’autre, le pouvoir central et ses alliés russes rejettent catégoriquement toute forme de dialogue. Cette impasse laisse entrevoir des mois supplémentaires d’affrontements meurtriers dans une région déjà exsangue. Les villageois continuent de fuir vers la brousse tandis que les barrages se multiplient aux abords des villes.
Les religieux poursuivent malgré tout leurs démarches, espérant qu’un changement de position finira par intervenir. Ils continuent de recueillir des témoignages et des informations auprès des populations locales, dans l’espoir de constituer un dossier solide à présenter aux autorités. Leur présence maintient au moins une lueur d’espoir dans une zone où la violence semble devenue la seule langue comprise par les belligérants.
Par Éric Nzapa
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