WAGNER EN CENTRAFRIQUE : JE T’AIME, MOI NON PLUS

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En République centrafricaine, la présence de Wagner ne fait pas l’objet d’un soutien populaire général. Dans sa tribune, le sociologue et analyste politique Faustin Zaméto estime que le principal soutien à cette présence vient surtout des cercles du pouvoir, qui considèrent Wagner comme un instrument permettant de consolider leur position politique.

 

« On va se dire la vérité », écrit Faustin Zaméto, qui décrit la relation entre le pouvoir centrafricain et les combattants russes comme une relation fondée sur des intérêts politiques et sécuritaires. Pour lui, il faut distinguer l’adhésion au pouvoir de l’opinion de la population centrafricaine.

 

WAGNER EN CENTRAFRIQUE : JE T’AIME, MOI NON PLUS
Faustin ZAMÉTO, Sociologue et Écrivain

 

2020 : quand les Russes sont arrivés

 

Faustin Zaméto revient d’abord sur la période de 2020, lorsque la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) avançait vers Bangui. Il rappelle que les forces gouvernementales étaient alors sous forte pression et que la capitale était directement menacée.

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« Qui est venu ? Les Russes. Les Wagner », écrit-il, en rappelant que leur arrivée avait suscité un sentiment de soulagement chez une partie de la population.

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Pour l’auteur, ce soutien populaire de l’époque ne constituait pas nécessairement une adhésion à Wagner ou à la politique russe. Il s’agissait surtout, selon lui, d’une réaction à l’insécurité et au rejet de la politique française.

 

« Ce n’était pas de l’amour pour la Russie », affirme Faustin Zaméto. Il estime que les drapeaux russes, les T-shirts et les slogans favorables à Moscou exprimaient aussi une colère contre la France et la recherche d’un nouveau partenaire face à la crise sécuritaire.

 

L’auteur reconnaît que l’intervention russe a joué un rôle dans la défense du pouvoir de Bangui face à l’offensive de la CPC. Mais il considère que cette réalité ne doit pas empêcher les Centrafricains d’examiner aujourd’hui les conséquences de cette coopération.

 

Quand le soutien au pouvoir devient dépendance

 

Faustin Zaméto estime que le principal problème réside désormais dans la dépendance du pouvoir centrafricain à l’égard de Wagner.

 

« La question centrale devient alors simple : Wagner protège-t-il la République centrafricaine ou protège-t-il avant tout le pouvoir qui l’a fait venir ? », écrit-il.

 

Pour le sociologue, cette distinction est fondamentale. Une coopération militaire avec une puissance étrangère peut répondre à un besoin de sécurité. Elle devient problématique, selon lui, lorsqu’elle permet à un pouvoir politique de dépendre durablement d’une force étrangère pour assurer sa survie.

 

L’auteur considère ainsi que le débat sur Wagner ne doit pas être réduit à une opposition entre la Russie et les pays occidentaux. Il doit, selon lui, être centré sur les intérêts de la République centrafricaine et sur la capacité de l’État à exercer pleinement ses responsabilités.

 

Le coût économique de Wagner

 

Faustin Zaméto consacre également une partie importante de sa tribune aux ressources naturelles centrafricaines.

 

« Wagner ne travaille pas gratuitement », écrit-il, avant de s’interroger sur les modalités de financement de cette présence militaire étrangère.

 

L’auteur cite notamment l’or, le diamant et le bois comme des ressources susceptibles d’entrer dans les mécanismes économiques liés à la présence russe. Il accorde une attention particulière à la mine d’or de Ndassima.

 

Pour Faustin Zaméto, les autorités centrafricaines doivent être capables d’expliquer les conditions d’exploitation de cette mine, les volumes produits, les bénéficiaires et les revenus effectivement reversés au Trésor public.

 

« Si une partie importante des revenus échappe au Trésor public, la population finit par supporter indirectement le coût de cette situation », affirme-t-il.

 

L’auteur estime que la République centrafricaine ne peut pas continuer à disposer d’importantes ressources minières tout en faisant face à des difficultés financières persistantes.

 

Wagner et la peur dans le pays

 

Dans sa tribune, Faustin Zaméto évoque également les accusations de violences attribuées aux combattants russes.

 

Il affirme que les témoignages faisant état d’arrestations, de mauvais traitements, de violences contre des civils et d’autres abus ne concernent pas une seule partie du territoire.

 

« Wagner terrorise partout », résume l’auteur, qui inclut également Bangui dans cette perception de peur.

 

Faustin Zaméto précise que toutes les personnes russes présentes en Centrafrique ne doivent pas être assimilées à des auteurs d’exactions. Mais il estime que la répétition des accusations doit conduire les autorités à prendre ces faits au sérieux et à permettre des enquêtes.

 

Pour lui, une force étrangère invitée à participer à la sécurité du pays ne peut pas devenir elle-même une source de peur pour les populations.

 

Quel bilan après plusieurs années ?

 

Faustin Zaméto pose ensuite la question du bilan de plusieurs années de présence russe en Centrafrique.

 

« Qu’est-ce que Wagner nous a construit en 7 ans ? Une route ? Une université ? Un hôpital ? Une usine ? », écrit-il.

 

L’auteur ne réduit pas ce bilan aux infrastructures. Il s’interroge également sur le transfert de compétences aux Centrafricains et sur la capacité des institutions nationales à prendre progressivement en charge les secteurs aujourd’hui dépendants de partenaires étrangers.

 

Selon lui, la République centrafricaine doit renforcer ses propres soldats, ses ingénieurs, ses géologues, ses administrateurs et l’ensemble de ses institutions.

 

Faustin Zaméto considère qu’une coopération militaire durable doit contribuer à l’autonomie de l’État centrafricain et non installer une dépendance permanente.

 

Faut-il demander le départ de Wagner ?

 

L’auteur ne préconise pas un départ immédiat et désordonné de Wagner.

 

« On ne peut pas les chasser demain matin », écrit-il, estimant qu’une rupture brutale pourrait créer un vide sécuritaire dans certaines zones où les FACA ne disposent pas encore de toutes les capacités nécessaires.

 

Pour autant, Faustin Zaméto refuse que cet argument serve à justifier une présence indéfinie.

 

Il propose plutôt une transition organisée permettant aux forces centrafricaines de reprendre progressivement les responsabilités assumées par les combattants russes.

 

Publier les accords et contrôler les ressources

 

Dans sa tribune, Faustin Zaméto avance plusieurs propositions.

 

La première concerne la transparence des accords entre Bangui et Moscou. Il demande que les autorités rendent publics, dans la mesure du possible, les principaux engagements liés à la coopération avec Wagner.

 

« Le peuple a le droit de savoir combien coûte sa sécurité », écrit-il.

 

La deuxième proposition concerne l’exploitation de l’or. L’auteur demande que les revenus issus de la mine de Ndassima soient davantage contrôlés et bénéficient directement aux finances publiques.

 

Il estime que les recettes minières doivent permettre de financer les besoins du pays et ne doivent pas être utilisées uniquement pour soutenir un dispositif sécuritaire dont les modalités restent insuffisamment connues du public.

 

Les FACA doivent préparer la relève

 

La troisième proposition de Faustin Zaméto porte sur les forces armées centrafricaines.

 

Il préconise que chaque position tenue avec l’appui russe fasse progressivement l’objet d’un transfert aux FACA, accompagné d’un programme de formation et de renforcement des capacités.

 

« Un vrai ami vous apprend à pêcher », écrit-il, en défendant l’idée d’une coopération qui permettrait aux Centrafricains de devenir autonomes sur le plan militaire.

 

Pour l’auteur, le calendrier de cette transition doit être clairement établi afin que la présence russe ne devienne pas une solution permanente.

 

Entre soutien au pouvoir et souveraineté nationale

 

Faustin Zaméto revient finalement sur ce qu’il considère comme le cœur du problème : la différence entre les intérêts du pouvoir et ceux de la population.

 

« Les Centrafricains ont accueilli la Russie dans un contexte de guerre et de désillusion », écrit-il. Selon lui, cette ouverture ne doit pas être interprétée comme une volonté de remplacer une dépendance par une autre.

 

L’auteur considère que la République centrafricaine doit pouvoir entretenir des relations avec Moscou sans abandonner le contrôle de ses ressources, de ses institutions et de son territoire.

 

« Nous n’avons pas demandé qu’une nouvelle dépendance s’installe à la place de l’ancienne », affirme-t-il.

 

Pour Faustin Zaméto, le débat sur Wagner doit donc dépasser les slogans favorables ou hostiles à la Russie. Il doit porter sur les conditions de la coopération, le contrôle des ressources nationales, la protection des populations et le renforcement des institutions centrafricaines.

 

« Nous sommes un peuple fier », écrit-il. « Nous avons accueilli les Russes parce que nous cherchions la souveraineté. Nous ne l’avons pas fait pour changer de maître. Nous l’avons fait pour ne plus avoir de maître. »

 

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Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com