Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, vous voulez aller au FMI, vous convainquez d’abord la France de vous appuyer

0
3

L’ancien Premier ministre centrafricain Martin Ziguélé estime que les États africains francophones restent fortement dépendants de partenaires extérieurs lorsqu’ils sollicitent un soutien financier international. Invité de l’émission L’Arbre à Palabre sur la DW, il décrit les mécanismes qui, selon lui, limitent encore l’autonomie financière des gouvernements.

 

Plus de 60 ans après les indépendances, les États africains disposent officiellement de leurs propres institutions, budgets et administrations. Ils peuvent également solliciter directement les grandes institutions financières internationales. Pour Martin Ziguélé, la réalité est plus complexe lorsqu’un pays rencontre une crise budgétaire, un déficit extérieur ou un besoin urgent de financement.

 

Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, vous voulez aller au FMI, vous convainquez d’abord la France de vous appuyer
martin-ziguele

Selon lui, l’accès aux programmes du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque mondiale ne dépend pas uniquement des indicateurs économiques présentés par les gouvernements. Les rapports de force diplomatiques et les relations entre États jouent également un rôle important dans les négociations internationales.

 

Le FMI au cœur des politiques économiques

 

Le FMI intervient principalement lorsqu’un État rencontre de graves difficultés de balance des paiements, de réserves de change ou de financement extérieur. Les programmes négociés avec l’institution sont généralement accompagnés de mesures destinées à rétablir les équilibres budgétaires et financiers.

 

Pour les gouvernements concernés, obtenir un programme du FMI peut permettre de mobiliser des ressources financières, mais aussi de restaurer la confiance de certains partenaires et investisseurs.

 

Martin Ziguélé estime que cette situation crée une forme de dépendance pour les États africains qui ne disposent pas de ressources financières suffisantes pour financer seuls leurs politiques publiques.

 

Lorsqu’un pays doit payer ses fonctionnaires, financer ses infrastructures, assurer ses importations essentielles ou stabiliser ses finances publiques, il peut rapidement se retrouver contraint de rechercher des financements auprès des institutions internationales.

 

Le rôle de la France dans les relations avec les institutions financières

 

C’est dans ce contexte que Martin Ziguélé évoque le rôle de la France.

 

Selon lui, les relations historiques entre Paris et les pays d’Afrique francophone donnent à la France une capacité d’influence particulière dans les institutions financières internationales. Cette influence est liée notamment à son poids au sein du FMI et de la Banque mondiale, ainsi qu’à ses relations diplomatiques avec les gouvernements africains.

 

Pour l’ancien Premier ministre, un État francophone qui souhaite obtenir un soutien financier international doit donc tenir compte de la position de Paris.

 

Il ne s’agit pas juridiquement d’une procédure selon laquelle un pays africain devrait obtenir une autorisation française avant de saisir le FMI. Les États membres du FMI peuvent solliciter directement l’institution. Les programmes sont négociés sur la base de critères économiques, financiers et budgétaires.

 

L’analyse de Martin Ziguélé porte plutôt sur le poids politique et diplomatique que peuvent exercer les États disposant d’une influence importante au sein de ces institutions.

 

Une influence liée aux mécanismes de gouvernance

 

Le FMI et la Banque mondiale ne fonctionnent pas comme des institutions totalement indépendantes des États qui les composent. Leur gouvernance repose sur des représentants des pays membres, dont le poids dans les décisions dépend notamment de leurs quotes-parts et de leurs droits de vote.

 

La France fait partie des principaux actionnaires du FMI et de la Banque mondiale. Elle participe donc aux mécanismes de décision et dispose d’une influence institutionnelle importante.

 

Pour Martin Ziguélé, cette réalité est particulièrement importante pour les pays africains francophones qui entretiennent depuis plusieurs décennies des relations politiques, économiques et monétaires étroites avec Paris.

 

Dans les négociations financières internationales, cette proximité peut donc constituer un facteur politique supplémentaire, même si les décisions des institutions financières reposent sur leurs propres procédures et critères.

 

Quand les difficultés financières réduisent la marge de manœuvre

 

La dépendance financière devient particulièrement visible lorsque les finances publiques d’un pays sont fragiles.

 

Un État qui ne parvient plus à financer son déficit sur ses propres ressources doit rechercher des financements extérieurs. Il peut alors être amené à négocier avec le FMI, la Banque mondiale, les banques régionales de développement ou d’autres partenaires.

 

Ces financements peuvent être accompagnés de réformes : réduction du déficit budgétaire, amélioration de la collecte fiscale, réforme des entreprises publiques, maîtrise de la masse salariale ou restructuration de certaines dépenses.

 

Pour Martin Ziguélé, ces contraintes peuvent réduire la liberté de décision des gouvernements.

 

Le débat porte alors sur une question centrale : jusqu’où un État peut-il définir seul sa politique économique lorsqu’une partie importante de son financement dépend de partenaires extérieurs ?

 

Le cas particulier des pays francophones

 

Les pays d’Afrique francophone présentent des situations économiques très différentes. Certains disposent de ressources pétrolières ou minières importantes. D’autres dépendent davantage de l’agriculture, des transferts de fonds de la diaspora, de l’aide extérieure ou des investissements étrangers.

 

Tous ne sont donc pas soumis au même degré de dépendance financière.

 

Pour autant, Martin Ziguélé estime que le modèle historique des relations entre la France et ses anciennes colonies continue de peser sur les choix économiques de plusieurs gouvernements.

 

Cette influence dépasse la seule question du financement. Elle concerne également la monnaie, le commerce, les investissements, la dette et les relations avec les institutions internationales.

 

L’enjeu de la souveraineté financière

 

Pour Martin Ziguélé, une indépendance politique réelle doit également reposer sur une capacité financière nationale suffisante.

 

Un gouvernement qui dispose de recettes fiscales solides, d’une économie productive et d’un secteur privé capable de créer des emplois bénéficie d’une marge de manœuvre plus importante.

La souveraineté financière des États africains est souvent compromise par leur dépendance aux financements extérieurs, ce qui limite leur capacité à définir des politiques économiques autonomes.

 

À l’inverse, lorsque les recettes publiques sont faibles et que les dépenses essentielles dépendent de financements extérieurs, les choix politiques sont nécessairement plus contraints.

 

Cette question se pose avec une acuité particulière dans les pays où les ressources publiques sont insuffisantes pour financer les besoins fondamentaux : santé, éducation, infrastructures, sécurité et fonctionnement de l’administration.

 

Repenser les finances publiques

 

L’analyse de Martin Ziguélé ne conduit pas uniquement à remettre en cause les institutions internationales. Elle renvoie également à la responsabilité des gouvernements africains dans la gestion de leurs propres économies.

 

Renforcer la souveraineté financière suppose notamment d’améliorer la collecte des impôts, de lutter contre les déperditions de recettes, de développer la production locale et de créer des conditions favorables à l’investissement privé.

 

La transformation des matières premières constitue également un enjeu majeur. Exporter des ressources brutes rapporte moins que développer localement les chaînes de transformation et les activités industrielles associées.

 

Une économie plus productive permettrait d’élargir l’assiette fiscale et de réduire progressivement la dépendance aux financements extérieurs.

 

Une indépendance encore inachevée

 

Plus de six décennies après les indépendances, Martin Ziguélé considère donc que la souveraineté africaine doit être évaluée à partir des capacités financières réelles des États.

 

Le recours au FMI ou à la Banque mondiale n’est pas en lui-même une preuve de dépendance. De nombreux pays développés ont également recours aux marchés financiers internationaux ou aux institutions multilatérales.

 

Pour l’ancien Premier ministre, la question essentielle est plutôt celle de la capacité d’un État à choisir ses partenaires, à négocier ses financements et à définir ses politiques économiques sans subir une pression excessive liée à sa fragilité financière.

 

Dans cette perspective, renforcer les ressources nationales, développer la production, améliorer la gouvernance budgétaire et construire des institutions financières africaines plus solides apparaissent comme des leviers essentiels pour élargir la marge de décision des gouvernements.

 

Pour Martin Ziguélé, tant que les États africains resteront contraints de rechercher à l’extérieur les ressources indispensables à leur fonctionnement et à leur développement, leur indépendance politique restera difficile à traduire en véritable autonomie économique et financière.

 

Par Alain Nzilo

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC 

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4 

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube 

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org