
Il y a des larmes qui ne trompent personne. Celles de Faustin Archange Touadéra devant l’Assemblée générale des Nations unies, ce jour-là, n’étaient pas des larmes de compassion. C’étaient des larmes de comédie, des larmes de circonstance, des larmes soigneusement calibrées pour une audience internationale qu’il croit encore assez naïve pour gober sa fable. Car celui qui ose pleurer sur les civils centrafricains est exactement l’homme qui les a livrés, pieds et poings liés, à des mercenaires sans foi ni loi, venus piller, tuer et violer en toute impunité.
Rappelons les faits, puisque Touadéra semble les avoir oubliés. Depuis 2018, son régime a fait appel à la société paramilitaire russe Wagner, devenue depuis Africa Corps, pour assurer sa protection et combattre les groupes armés qui menacent son pouvoir. Sur le papier, l’objectif affiché était louable : restaurer l’autorité de l’État, sécuriser les territoires, protéger les populations. Dans la réalité, cette alliance a transformé la Centrafrique en un champ de ruines. Les mercenaires ne protègent pas les civils. Ils les terrorisent. Ils ne sécurisent pas les villages. Ils les pillent. Ils ne défendent pas l’État. Ils le remplacent.

Les rapports des Nations unies, des organisations de défense des droits humains et des journalistes d’investigation sont accablants. Exécutions extrajudiciaires. Viols collectifs. Détentions arbitraires. Tortures. Disparitions forcées. Travail forcé dans les mines. Pillage des ressources naturelles, or, diamants, bois, bétail. Les mercenaires de Wagner ont instauré un système de prédation à grande échelle, avec la bénédiction, la complicité et parfois la participation directe des autorités de Bangui. Et pendant que ces hommes sèment la terreur dans les provinces, Touadéra, lui, se prélasse dans les salons dorés de New York.
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Le discours onusien du président centrafricain est un monument d’hypocrisie. Il parle des civils qui « paient le prix » des conflits. Mais qui a fait venir les mercenaires ? Qui les paie ? Qui les protège des enquêtes internationales ? Qui bloque les sanctions ? Qui refuse toute enquête indépendante sur les exactions commises dans son propre pays ? Touadéra. Toujours Touadéra. Il pleure sur les victimes, mais il est l’un de ceux qui fabriquent les victimes. Il dénonce les groupes armés, mais il s’allie à des groupes armés étrangers. Il invoque le droit international, mais il en refuse l’application dès qu’elle le menace.
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Il y a une indécence particulière à voir un homme parler de protection des civils quand son propre régime a fait de la Centrafrique un marché. Un marché de la violence, un marché de la peur, un marché de la mort. Les mercenaires ne sont pas venus pour sauver la Centrafrique. Ils sont venus pour la consommer. Et Touadéra, loin de les en empêcher, leur a ouvert grand les portes, leur a livré les clés, leur a donné carte blanche. En échange, il a obtenu quoi ? La survie politique. La protection de son fauteuil. La possibilité de se maintenir au pouvoir sans rendre de comptes. Le prix, lui, a été payé par le peuple centrafricain.
Ce peuple, justement, Touadéra prétend le représenter à cette tribune. Mais quel peuple représente-t-il ? Pas celui des villages brûlés par Wagner. Pas celui des femmes violées par les mercenaires. Pas celui des enfants enrôlés ou tués. Pas celui des familles déplacées qui errent depuis des années sans espoir de retour. Pas celui des prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles de Bangui. Pas celui des journalistes réduits au silence. Pas celui des opposants exilés. Touadéra ne représente personne d’autre que lui-même, son clan, et les intérêts étrangers qui le maintiennent en place.
À l’ONU, il a parlé de « restaurer la confiance » et de « gérer la transformation ». Mais la confiance ne se restaure pas avec des discours. Elle se restaure avec des actes. Et les actes de Touadéra, depuis huit ans, sont ceux d’un homme qui a choisi la soumission aux puissances étrangères plutôt que la souveraineté de son peuple. Il a choisi les mercenaires plutôt que l’armée nationale. Il a choisi la répression plutôt que le dialogue. Il a choisi l’impunité plutôt que la justice. Il a choisi le pillage plutôt que le développement. Il a choisi la guerre plutôt que la paix.
Alors non, monsieur le Président, vos larmes ne nous émeuvent pas. Elles nous écœurent. Parce que nous savons d’où elles viennent. Elles viennent d’un homme qui a du sang sur les mains et qui essaie de le laver avec de l’eau bénite onusienne. Elles viennent d’un homme qui a livré son pays aux mercenaires et qui vient maintenant pleurer sur les dégâts. Elles viennent d’un homme qui a trahi son peuple et qui ose se présenter comme son défenseur. Ces larmes-là ne trompent personne. Elles ne lavent rien. Elles ne rachètent rien. Elles ne ressuscitent personne.
La Centrafrique n’a pas besoin des larmes de Touadéra. Elle a besoin de justice. Elle a besoin de vérité. Elle a besoin que les mercenaires partent. Elle a besoin que les responsables des exactions rendent des comptes. Elle a besoin d’un État qui protège ses citoyens au lieu de les vendre. Elle a besoin d’un président qui serve son peuple au lieu de se servir de son peuple. Tant que Touadéra sera au pouvoir, la Centrafrique continuera de saigner. Et aucune larme versée à New York ne changera cela. Le sang des victimes crie plus fort que les discours des bourreaux.
Depuis l’arrivée des mercenaires russes de Wagner, la Centrafrique subit des exactions massives documentées par l’ONU et les organisations de défense des droits humains.
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