Sylvie Jacqueline Panika, ancienne directrice de la radio Ndèkè-Luka, vient d’être limogée brutalement par la Fondation Hirondelle

Rédigé le 12 janvier 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
La Fondation suisse Hirondelle, propriétaire de la radio Ndèkè-Luka, vient de mettre fin au contrat de Sylvie Jacqueline Panika. Cette centrafricaine, qui dirigeait la radio Ndèkè-Luka entre 2012 – 2020 avant d’être nommée à un poste fictif de chargée de mission à la fondation Hirondelle, , vient d’apprendre son licenciement en plein congé.
L’information a surpris plus d’un observateur. Sylvie Jacqueline Panika découvre son renvoi alors qu’elle profitait de ses vacances. Une manière d’annoncer la nouvelle qui laisse perplexe.
Pourtant, cette femme avait écrit une page importante de l’histoire de la radio Ndèkè-Luka. En 2012, elle devient la première Centrafricaine à prendre les commandes de cette station. Avant elle, aucun ressortissant du pays n’avait accédé à ce niveau de responsabilité.
La radio appartient à la Fondation suisse Hirondelle, une ONG internationale. Comme Médecins Sans Frontières ou d’autres structures humanitaires, elle fonctionne selon des règles établies ailleurs. Les Centrafricains n’ont jamais vraiment géré cette institution qui porte pourtant le nom de “radio de tous les Centrafricains”.
Sylvie Jacqueline Panika avait rejoint l’équipe de la radio Ndèkè-Luka dès l’année 2000, deux mois après le lancement des émissions. Elle y occupe le poste de rédactrice en chef pendant cinq années consécutives. Son parcours au sein de la maison témoigne d’une longue expérience du terrain.
En novembre 2011, la Fondation Hirondelle examine plusieurs candidatures pour le poste de directeur. Sylvie Panika sort du lot et décroche la nomination. Le 20 janvier 2012, une cérémonie officielle marque sa prise de fonction.
Martin Faye, un Sénégalais, assurait jusque-là la direction tout en cumulant les fonctions de chef de projet. Avec l’arrivée de Sylvie Jacqueline Panika, une nouvelle ère s’ouvre pour la station. Du moins en apparence.
La Fondation lui confie des missions précises. Elle doit améliorer le contenu des programmes diffusés à l’antenne. Le renforcement du professionnalisme figure également parmi ses priorités. L’installation complète du réseau de correspondants et le suivi hebdomadaire de l’administration viennent compléter la liste.
Ses collègues saluent alors son expérience et sa formation. José Richard Pouambi, alors représentant du personnel, la décrit comme une femme aguerrie. Elle a bénéficié de l’encadrement de la Fondation Hirondelle pendant de longues années.
De 2012 à 2019, Sylvie Jacqueline Panika pilote la radio Ndèkè-Luka. Sept années durant lesquelles elle tente d’appliquer la feuille de route qui lui a été confiée. Puis tout bascule.
En 2020, la Fondation Hirondelle lui propose un nouveau poste. Elle devient chargée de mission de la fondation à Bangui. Un titre qui sonne bien mais dont les contours restent flous.
Cette nomination ressemble à une mise à l’écart déguisée. On crée une fonction sur mesure pour l’éloigner de la direction. La stratégie paraît limpide : faire partir quelqu’un sans l’annoncer franchement.
Le temps passe et Sylvie Panika occupe ce poste de chargée de mission. Un emploi qui semble avoir été taillé uniquement pour elle. Les observateurs y voient une manœuvre pour la pousser doucement vers la sortie.
Aujourd’hui, la rupture est consommée. La Fondation Hirondelle la remercie pendant qu’elle est partie en congé. Une méthode expéditive pour tourner une page qui aura duré plus d’une décennie.
Et ce n’est pas tout! Les conditions de travail à la radio Ndèkè-Luka méritent qu’on s’y attarde. D’ailleurs, on y reviendra sur cette radio en profondeur dans nos prochains reportages sur CNC. Prenons par exemple le travail des correspondants de cette station. Ils touchent entre 2 500 et 5 000 francs par reportage produit. Ils assument eux-mêmes leurs frais de déplacement et leurs dépenses quotidiennes.
Ces journalistes courent après les informations sur le terrain. Ils paient leur transport de leur poche. Ils se débrouillent avec les moyens du bord. La pige qu’ils reçoivent couvre rarement leurs investissements.
Pendant ce temps, les journalistes recrutés à Bangui gagnent entre 150 000 et 200 000 francs par mois. Mais leur salaire officiel ne constitue qu’une partie de leurs revenus. Ils comptent surtout sur les à-côtés pour joindre les deux bouts.
Quand ils organisent une émission ou un reportage populaire comme Patara, ou autres, le régime y jette toutes ses forces. C’est de là que les journalistes peuvent recevoir des enveloppes supplémentaires pour les corrompre. Et ce n’est pas une mince somme qu’ils reçoivent. Ces sommes dépassent largement ce qu’ils gagnent officiellement chaque mois.
Par ailleurs, à la tête de la fondation qui dirige la station Ndèkè-Luka, un Congolais de la RDC qui assure depuis 4 ans la direction. Il supervise les opérations avec un rédacteur en chef centrafricain à ses côtés.
Pourtant, ils ne cessent de dire aux centrafricains que cette radio est la voix de tous les Centrafricains. Pourtant, ce sont des étrangers qui tiennent le gouvernail. Une contradiction qui ne semble gêner personne au sommet de la hiérarchie de la fondation Hirondelle.
Le fonctionnement interne de la radio Ndèkè-Luka cache bien des secrets. Cette ONG internationale applique des pratiques discutables. Les journalistes centrafricains y travaillent dans la précarité tandis que les décisions importantes se prennent ailleurs.
Le départ de Sylvie Panika referme un chapitre. Celui d’une Centrafricaine qui avait réussi à accéder au sommet d’une structure internationale. Son éviction rappelle que certaines portes, même ouvertes un temps, peuvent se refermer aussi vite qu’elles s’étaient entrouvertes.
Par Alain Nzilo
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