Suite à l’assassinat d’un policier de l’OCRB par les Wagner, la tension monte au sein de la police nationale.  Interview exclusive avec un gardien de la paix qui confirme que “nos institutions sont à la botte de Wagner”

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Suite à l’assassinat d’un policier de l’OCRB par les Wagner, la tension monte au sein de la police nationale.  Interview exclusive avec un gardien de la paix qui confirme que “nos institutions sont à la botte de Wagner”

 

Centrafrique.org/wp-content/uploads/2020/02/les-militaires-russes-dans-un-pick-up-de-la-Gendarmerie-Nationale-IMG_7mai2018005155.jpg” data-wpel-link=”internal”>Suite à l’assassinat d’un policier de l’OCRB par les Wagner, la tension monte au sein de la police nationale.  Interview exclusive avec un gardien de la paix qui confirme que “nos institutions sont à la botte de Wagner”
Image d’illustration d’un mercenaire russe de la milice Wagner dans un véhicule de la gendarmerie à Bangui sur l’avenue Barthelemy Bogandales-militaires-russes-dans-un-pick-up-de-la-Gendarmerie-Nationale-IMG_7mai2018005155 – RCA : La manipulation, une longue tradition russe !

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Centrafrique” data-wpel-link=”external” rel=”external noopener noreferrer”>Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

 

Un policier centrafricain témoigne sous couvert d’anonymat de l’assassinat d’un collègue par les mercenaires russes de la milice Wagner. Entre enlèvements, tortures et silence complice des autorités, il dénonce l’impunité totale dont jouissent ces rebelles russes déployés en Centrafrique. Interview exclusive du CNC à suivre.

 

CNC – Corbeau News Centrafrique : Bonjour Éric.

Éric Pia, policier : Bonjour.

 

CNC : Depuis quelques jours, on constate une tension palpable au sein de la Police nationale centrafricaine. Que s’est-il passé ?

Éric Pia : Actuellement, les policiers sont en colère, tellement en colère en ce moment à cause de l’assassinat sans raison de l’un d’entre nous par les forces russes du Groupe Wagner. Pour rappel, le 15 décembre dernier, des policiers détachés à l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB) ont été kidnappés par les mercenaires russes. Durant un mois et quelques jours, les parents de ces policiers n’ont eu aucune nouvelle.

 

CNC : Comment les familles ont-elles été informées du sort de ces policiers ?

Éric Pia : Brusquement, le vendredi 30 janvier dernier, le directeur général de la police nationale, le général Bienvenu Zokoué a appelé la famille de l’un des policiers, c’est-à-dire le chef de poste de l’OCRB, pour venir prendre de l’argent pour aller faire la place mortuaire de ce policier. Ceci dit, le policier est mort. Mais la famille demande : s’il est mort, il faut juste ramener d’abord le corps à la famille, ramener le corps et peut-être expliquer d’où on l’a amené, pourquoi il est mort. Est-ce qu’il est malade ou pas ? Mais justement, on les appelle, on donne l’argent, un million, on dit qu’on va faire la place mortuaire. Et c’est quand ils font pour payer le transport. C’est quelle gifle, quelle gifle faite à la famille.

 

CNC : Quelle est la réaction au sein de la police face à cette situation ?

Éric Pia : Nous au sein de la police, avec ce cas du policier tué lâchement par les russes, nous sommes très très très très en colère à travers cela. Je tiens à rappeler que ça s’est passé avec les russes depuis les villes de province, : les militaires sont tabassés, tués, on ne dit rien. Et c’est arrivé maintenant dans la capitale. Ici, Dans la capitale, on prend les gens, on les amène dans un endroit réservé uniquement aux russes, on les tue. Les civils, on les tue.

 

CNC : Vous parlez de torture et d’assassinats. Pouvez-vous nous donner des exemples concrets ?

Éric Pia : Souvenez-vous, au quartier KM5, dans le 3ème arrondissement, ils ont tué presque 12 militaires. Ce sont des anciens miliciens d’autodéfense de PK5, qui ont été intégrés dans l’armée nationale. Ils ont tué presque 12. Non seulement ça, souvent, les russes viennent ici à l’OCRB, ils récupèrent les gens, ils vont là-bas dans leur coin, ils les tuent. Et ça arrive maintenant sur nous, nous les policiers.

 

CNC : Comment expliquez-vous le silence des institutions face à ces exactions ?

Éric Pia : Nos institutions sont toutes à la botte de Wagner, des Russes. C’est quoi cette histoire ? Toutes les institutions là, toutes nos institutions sont à la botte de Wagner. Aucune institution n’est indépendante dans ce pays. Aucune institution n’est indépendante. Imaginez, on enlève un policier par les russes, les familles sont parties, elles sont venues demander à la direction générale : le policier est où ? Il est où ? Il est où ? On l’a amené où ? Silence. On ne donne même pas de raison. Et la seule réponse, quelques jours plus tard, on parle de la mort. On donne l’argent pour aller faire la place mortuaire. C’est quelle gifle ?

 

CNC : Quel est le rôle du ministère de la Sécurité publique dans tout ça ?

Éric Pia : L’institution, c’est-à-dire le ministère de la Sécurité publique, est le garant de la protection des policiers. Si quelque chose ne va pas, on doit demander des informations, on doit protéger les policiers dans l’exercice de leur fonction. On n’est pas soumis dans une république bananière ici, on est dans un État de droits. Mais ici chez nous, dans la capitale, il y a des rebelles qui circulent librement, qui kidnappent les gens. Les Russes sont des rebelles. Ce ne sont pas des forces réglementaires, ce sont des rebelles Comme ce sont les autorités du pays qui les ont amenés ici, ils les autorisent à faire tout ce qu’ils veulent.

 

CNC : Que craignez-vous pour l’avenir si cette situation continue ?

Éric Pia : Non, mais ça ne va pas. Si ça continue là, si ça continue comme ça, le pays là ne va pas être bien. Franchement, Touadéra doit prendre sa responsabilité. Le président Touadéra doit prendre sa responsabilité, puisque c’est lui qui les a fait venir ici, et qu’il leur a donné toute autorisation de crime. On le dit, et c’est notre dernier mot : Touadéra doit prendre sa responsabilité. Parce que c’est lui qui a amené ce Wagner. Et ça commence à devenir insupportable.

 

CNC : Merci Éric pour ce témoignage courageux.

Éric Pia : C’est à moi de vous remercier de nous donner la parole. Il faut que les Centrafricains sachent ce qui se passe réellement dans ce pays.​​​​​​​​​​​​​​​​

 

Propos recueillis par Gisèle MOLOMA

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