Participation des femmes aux élections : Jean-Pierre Mara pointe les blocages culturels et l’hypocrisie du MCU

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Participation des femmes aux élections : Jean-Pierre Mara pointe les blocages culturels et l’hypocrisie du MCU

Participation des femmes aux élections : Jean-Pierre Mara pointe les blocages culturels et l’hypocrisie du MCU
Madame Béatrice Épaye, députée de Markounda, membre du bureau des femmes parlementaires de Centrafrique

Rédigé le 16 décembre 2025 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-CentrafriqueCorbeaunews-Centrafrique (CNCCNC).

La participation des femmes aux élections de décembre 2025 est en chute libre. À la présidentielle, aucune femme ne figure parmi les 10 candidatures enregistrées par l’ANE. Aux législatives, à peine 80 femmes ont déposé leur dossier sur plus de 700 candidatures. Interrogé sur cette situation lors de l’émission “Baron de Tibico” ce vendredi 17 octobre 2025, l’ancien député de Mala Jean-Pierre Mara a livré une analyse sans concession, pointant à la fois les blocages culturels profonds et l’hypocrisie du parti au pouvoir.

 

Contrairement au discours convenu qui parle de “démotivation” des femmes, Mara va directement au cœur du problème : les obstacles culturels et la formulation même de la loi sur la parité rendent son application quasi impossible.

“C’est une loi qui est difficile à appliquer. D’abord, culturellement. Je dis bien culturellement et non traditionnellement”, commence l’ancien député en insistant sur la distinction. “Culturellement parce que la femme centrafricaine, il y a certes une minorité qui est active en politique, mais est-ce que la majorité des femmes, la majorité est prête pour briguer des postes électifs ou des postes de responsabilité en République centrafricaine ? C’est bien la majorité».

Mara reconnaît qu’il existe des femmes centrafricaines exceptionnelles en politique : “Il y a bien une minorité de femmes. Il y a les madame Domitien, madame Ruth Rolland, il y a eu madame Zaniféi. Aujourd’hui, il y a d’autres femmes. La directrice générale, par exemple, de Télécel, c’est une femme. C’est vrai».

Mais ces exemples restent minoritaires. Et l’ancien député met le doigt sur un obstacle culturel majeur : “Parce que pour aller briguer un poste électif, la femme va d’abord demander l’avis de son mari».

Cette réalité culturelle, que beaucoup préfèrent ignorer, constitue un frein considérable à la participation politique des femmes. Dans la société centrafricaine, une femme mariée ne peut pas prendre une décision aussi importante que se présenter à des élections sans consulter et obtenir l’accord de son mari. Et beaucoup de maris, par conservatisme ou par peur de perdre le contrôle sur leur épouse, refusent que celle-ci entre en politique.

Au-delà de ces blocages culturels, Mara critique également la formulation même de la loi sur la parité, adoptée le 24 novembre 2016. Selon lui, ce texte a été mal rédigé, sans prendre en compte les réalités centrafricaines.

L’article 4 de la loi stipule : “Pour les mandats électoraux et les fonctions électives, les candidatures doivent être présentées en nombre égal des candidats hommes et femmes». Mara trouve cette formulation “vague”. En nombre égal signifie-t-il 50-50 ? Comment cette égalité doit-elle être mesurée ? Au niveau de chaque parti ? Au niveau national ? La loi ne le précise pas clairement.

Mais c’est surtout l’article 7 qui pose problème selon l’ancien député. Cet article dit : “Un quota minimum de 35% de femmes est requis sur la base de compétences dans les instances de prise de décision à caractère nominatif et électif».

“Attendez, si c’est électif, on ne peut pas imposer de quotas puisque c’est le vote qui va déterminer le quota”, s’exclame Mara. Et il a raison. Comment peut-on imposer qu’au moins 35% des députés élus soient des femmes si ce sont les électeurs qui décident qui est élu ? Si les électeurs votent majoritairement pour des hommes, on ne peut pas annuler leur choix au nom d’un quota.

La confusion vient du fait que la loi mélange deux types de postes : les postes nominatifs (où on peut effectivement imposer des quotas puisque c’est une nomination) et les postes électifs (où on ne peut pas imposer de quotas puisque c’est le vote qui décide). Appliquer un quota de 35% aux postes électifs reviendrait à truquer les résultats des élections pour garantir qu’au moins 35% de femmes soient élues, même si les électeurs ont voté différemment.

“Donc, la loi de la parité en elle-même est déjà difficile d’application”, conclut Mara sur ce point. La loi a été mal rédigée, probablement par des experts internationaux qui ne comprenaient pas bien le contexte centrafricain et qui ont simplement copié-collé des textes venus d’ailleurs.

Mais l’ancien député ne s’arrête pas là. Il met le doigt sur l’hypocrisie du parti au pouvoir, le MCU, qui se plaint de la faible participation des femmes mais ne fait rien pour la favoriser.

“Nous sommes dans un pays où les partis d’opposition rencontrent toutes les difficultés que nous vivons aujourd’hui. Donc, vous voulez que beaucoup de femmes aillent candidats, tous pour le MCU”, lance Mara.

L’opposition est harcelée, ses leaders sont arrêtés ou déclarés apatrides, ses candidats sont intimidés. Dans ces conditions, comment peut-on espérer que des femmes de l’opposition se présentent massivement aux élections ? Les femmes, comme les hommes d’ailleurs, ont peur de se présenter pour l’opposition parce qu’elles savent qu’elles risquent des menaces.

Donc si on veut vraiment augmenter la participation des femmes, c’est le MCU, qui contrôle le pouvoir et n’a aucun obstacle à présenter des candidats, qui devrait montrer l’exemple.

“Mais si c’est ça, le MCU a le pouvoir, donc c’est au MCU de présenter 35% du nombre de candidats au minimum”, affirme l’ancien député.

Et c’est là que l’hypocrisie du régime devient évidente. La loi impose un minimum de 35% de candidates femmes. Le MCU, qui a voté cette loi, qui prétend la défendre, qui critique la faible participation des femmes, devrait être le premier à respecter ce quota dans ses propres candidatures.

Mais ce n’est pas le cas. “Bon, là, il y a 11% de femmes”, constate Mara.

Sur les 80 femmes candidates aux législatives sur plus de 700 candidatures au total, cela fait environ 11%. Le MCU, qui présente la majorité des candidatures puisqu’il contrôle le pouvoir et a les moyens financiers, n’atteint même pas un tiers du quota légal de 35%.

Comment le parti au pouvoir peut-il exiger que la loi sur la parité soit respectée quand lui-même ne la respecte pas dans ses propres candidatures ? Comment peut-il se plaindre de la faible participation des femmes quand il ne fait aucun effort pour présenter des candidates femmes ?

Cette hypocrisie du MCU montre la vérité : la loi sur la parité n’a jamais été votée par conviction. Elle a été votée sous pression internationale pour obtenir des financements, comme Mara l’a expliqué dans la première partie de son intervention. Mais personne n’a jamais eu l’intention de l’appliquer réellement.

Le régime se sert maintenant de la faible participation des femmes pour critiquer l’opposition et se présenter comme progressiste. Mais quand on regarde les chiffres, le MCU lui-même ne présente que 11% de candidates femmes, très loin des 35% exigés par la loi.

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