
Jules Njawe a présenté Faustin-Archange Touadéra comme un dirigeant doté d’un « génie conceptuel et imaginaire » pour avoir, selon lui, trouvé le « juste milieu » face à la hausse des prix des hydrocarbures. Cette déclaration intervient alors que les Centrafricains supportent une forte augmentation du prix du carburant après dix années de pouvoir de Touadéra.
Dans son intervention, Jules Njawe affirme également que le gouvernement travaille depuis dix ans à trouver une solution pour exploiter le pétrole présent dans le sous-sol centrafricain. Il présente cette perspective comme l’une des réponses permettant au pays de réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers.

Dix ans de pouvoir et le « génie » vanté par Jules Njawe
Le problème posé par cette déclaration n’est pas l’existence du pétrole dans le sous-sol centrafricain. Il porte sur le bilan concret que l’on peut associer à cette prétendue capacité exceptionnelle de gouvernance.
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Depuis l’arrivée de Faustin-Archange Touadéra au pouvoir, le pays a connu plusieurs annonces concernant le pétrole, les ressources naturelles, les infrastructures et le développement économique. Mais pour les Centrafricains, la question reste celle des résultats visibles dans leur quotidien.
Le carburant fournit aujourd’hui un exemple particulièrement parlant. Alors que Jules Njawe demande à la population de comprendre que la hausse serait essentiellement liée au marché international, les prix à la pompe ont fortement progressé au cours de la dernière décennie.
Le litre qui coûtait autour de 800 francs CFA en 2016 se retrouve aujourd’hui à un niveau largement supérieur. Pour une population dont les revenus restent faibles, cette évolution pèse directement sur le transport, les prix des marchandises et le coût de la vie.
Le pétrole du pays reste une promesse
Jules Njawe affirme que le gouvernement travaille depuis dix ans à l’exploitation du pétrole centrafricain. Cette déclaration mérite d’être confrontée au calendrier politique du pouvoir.
Dix années constituent une période suffisamment longue pour demander ce qui a réellement été accompli. Où en est concrètement l’exploitation ? Quelle production nationale est disponible ? Quelles recettes pétrolières sont déjà entrées dans les caisses de l’État ? Quel impact cette politique a-t-elle eu sur le prix du carburant payé par les Centrafricains ?
Ces questions ne relèvent pas d’un débat idéologique. Elles concernent directement la gestion des ressources nationales.
La présence de pétrole dans le sous-sol ne suffit pas. Un gouvernement doit être capable de transformer cette richesse potentielle en activité économique, en recettes publiques, en infrastructures et en amélioration des conditions de vie.
Un pays toujours dépendant des importations
La RCA continue de dépendre des importations pour son approvisionnement en carburant. Cette dépendance est précisément celle que Jules Njawe reconnaît lorsqu’il explique que le pays subit les variations du marché mondial.
Mais après dix ans de pouvoir, cette dépendance ne peut pas être présentée uniquement comme une fatalité internationale. Elle doit aussi être examinée à travers les choix effectués par les autorités centrafricaines.
Le mode d’approvisionnement du pays a également évolué. Le carburant destiné au marché centrafricain ne provient plus uniquement des circuits précédemment utilisés depuis la région de Brazzaville. L’approvisionnement passe désormais notamment par le Cameroun, avec des conséquences sur les coûts de transport et la chaîne logistique.
Dans ce contexte, la hausse du prix à la pompe mérite une explication complète. Elle ne peut pas être réduite à une formule générale sur les cours mondiaux du pétrole ou aux conséquences des guerres internationales.
Un pays qui attend encore des résultats
La question du carburant s’inscrit dans un problème plus large. Après dix ans de pouvoir, les difficultés concernant les routes, la sécurité, l’accès aux services essentiels, l’activité économique et les finances publiques restent au cœur des préoccupations des Centrafricains.
Le pays reste confronté à une dette importante et à de lourdes difficultés économiques. Une grande partie du territoire échappe encore au contrôle effectif de l’État, tandis que les infrastructures routières demeurent insuffisantes pour relier correctement les différentes régions du pays.
Dans ces conditions, parler du « génie » d’un dirigeant exige de regarder les résultats de sa gouvernance. Un génie politique ne se mesure pas seulement à la capacité de produire des discours ou de multiplier les annonces. Il se mesure aussi à la capacité de transformer les ressources du pays et les moyens de l’État en résultats concrets pour la population.
La hausse continue du prix du carburant pénalise l’économie centrafricaine, tandis que l’exploitation des ressources naturelles demeure une simple promesse après dix ans de gestion.
Le discours politique face à la réalité quotidienne
La déclaration de Jules Njawe intervient surtout au moment où les Centrafricains cherchent des explications à l’augmentation du carburant. Son discours consiste principalement à dédouaner le président Touadéra et son gouvernement en attribuant la hausse au marché international.
Cette lecture laisse de côté la responsabilité des autorités dans les décisions économiques et dans la gestion de l’approvisionnement national.
Les Centrafricains ne vivent pas dans les discours. Ils paient le transport, les denrées alimentaires, les services et le carburant avec leurs revenus. Lorsque le prix du carburant augmente, l’ensemble de l’économie ressent cette hausse.
Après dix ans de pouvoir, la question n’est donc pas de savoir si Faustin-Archange Touadéra peut être qualifié de « génie » par Jules Njawe. Elle est de savoir quels résultats concrets permettent de justifier cette qualification.
Entre les promesses d’exploitation du pétrole, la dépendance persistante aux importations, la hausse du prix du carburant, l’endettement et l’état des infrastructures, le bilan de dix années de gouvernance reste le véritable élément à examiner.
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