Centrafrique : le racket fiscal de l’État derrière la chasse aux sorcières contre Orange Centrafrique
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Une nouvelle cabale se dessine dans les rues de la capitale, Bangui. Depuis les couloirs du pouvoir, des mots d’ordre sont soufflés à des groupuscules de jeunes manipulés afin d’orchestrer une marche hostile contre la société française Orange Centrafrique. Leur grief préfabriqué ? L’explosion des frais appliqués aux transactions Orange Money.
Pourtant, derrière cette rhétorique pseudo-patriotique et ce dénigrement anti-français de façade, se cache un mensonge d’État d’une ampleur considérable. Ce n’est pas l’opérateur qui étrangle le portefeuille des Centrafricains, mais bien le gouvernement lui-même, à travers une taxe spoliatrice de 1 % instaurée pour renflouer les caisses percées du Trésor public. Révélations CNC sur un hold-up financier doublé d’une vaste manipulation politique.
Des jeunes instrumentalisés comme boucliers humains d’un échec fiscal
À Bangui, la méthode est désormais bien rodée : dès que la colère sociale enfle face à la cherté de la vie et à l’incapacité chronique du gouvernement à redresser l’économie, le pouvoir active ses réseaux d’agitateurs afin de détourner l’attention populaire vers un bouc émissaire commode.
Aujourd’hui, c’est Orange Centrafrique qui se retrouve dans le viseur. Exploitant la fibre patriotique et capitalisant sur le sentiment anti-français, des manipulateurs agissant dans l’ombre poussent la jeunesse à descendre dans la rue. L’objectif est limpide : faire croire que l’augmentation suffocante des frais de transfert d’argent relève exclusivement du cynisme de l’opérateur.
Or, la réalité tarifaire est implacable. Ce que le gouvernement se garde bien de révéler à ces manifestants instrumentalisés, c’est qu’à chaque transaction, qu’il s’agisse d’envoyer de l’argent pour des soins médicaux, de soutenir un proche ou de financer une scolarité, l’État prélève une taxe directe qui alimente ses propres caisses, sans bénéfice visible pour la population.

La vérité des chiffres : quand la taxe d’État dépasse les frais d’Orange
Pour mesurer l’ampleur de cette ponction fiscale, il suffit d’examiner la grille officielle des « Nouveaux Tarifs 0 stress » en vigueur en République centrafricaine. Dans une logique de captation généralisée des flux financiers, et incapable de structurer efficacement d’autres sources de recettes, l’État a imposé une taxe systématique de 1 % sur l’ensemble des transactions numériques.
Le constat est édifiant : pour les transferts nationaux, alors que les frais propres à Orange Money s’élèvent à seulement 0,75 % TTC, la taxe gouvernementale atteint 1 %.
Autrement dit, l’État centrafricain prélève davantage sur chaque opération que l’entreprise qui fournit pourtant l’infrastructure, le réseau, la technologie et le service.
Sur un retrait national maximal de 250 000 F CFA, les frais globaux grimpent à 7 500 F, en grande partie sous l’effet de cette fiscalité prédatrice. Même schéma pour les transferts vers la zone CEMAC (Cameroun, Gabon, Congo, Guinée équatoriale, Tchad) via le réseau GIMAC, où cette taxe vient systématiquement alourdir des coûts déjà lourds pour des ménages souvent fragilisés.

Justin Gourna Zacko et la menace d’expulsion : la terreur administrative pour masquer la vérité
Cette affaire ne date pas d’hier, mais elle illustre la panique qui s’empare du sommet de l’État dès que ses mensonges risquent d’être exposés. Lors de l’introduction de cette taxe inique il y a un peu plus de deux ans, la colère populaire avait immédiatement éclaté. Face à l’indignation générale, la direction d’Orange Centrafrique s’était retrouvée contrainte d’apporter des éclaircissements techniques à ses abonnés pour expliquer l’origine exacte de cette hausse brutale.
La réaction du pouvoir fut d’une violence administrative inouïe. Justin Gourna Zacko, alors ministre des Postes et Télécommunications au moment des faits, avait publiquement et fermement brandi la menace d’une arrestation immédiate et d’une expulsion du Directeur Général d’Orange Centrafrique. Le crime reproché au DG ? Avoir voulu être transparent avec le peuple. Le ministre lui avait intimé l’ordre strict de se taire et de ne surtout pas divulguer que c’était l’État centrafricain qui avait provoqué cette hausse par sa boulimie fiscale. Une tentative d’extorsion doublée d’une censure mafieuse, une posture qui s’apparente moins à une gouvernance responsable qu’à une logique de coercition administrative destinée à préserver une stratégie de prédation.
Plus de deux ans de silence mortel : Où va l’argent des Centrafricains ?
Depuis la mise en place de cette taxe sur le Mobile Money, un silence de plomb entoure l’utilisation de cette manne financière collectée. Le gouvernement est incapable ou refuse catégoriquement de dire à la population combien de milliards de francs CFA cette taxe de 1 % a généré et injecté dans le Trésor public depuis plus de deux ans.
Où va cet argent ? Est-il utilisé pour construire des hôpitaux, réhabiliter les routes délabrées de l’arrière-pays, ou pour financer le train de vie fastueux de l’oligarchie de Bangui ?
Ce silence de mort prouve que le pouvoir traite le portefeuille de ses citoyens comme une ressource privée tout en refusant la moindre reddition de comptes.
Envoyer des jeunes manipulés manifester devant le siège d’Orange Centrafrique est non seulement un acte de lâcheté politique, mais aussi une insulte à l’intelligence des Centrafricains. Les pilleurs de la République ne portent pas des costumes de cadres de télécoms ; ils siègent dans les ministères à Bangui. Il est temps que la jeunesse ouvre les yeux et refuse de servir de marchepied à un gouvernement qui l’asphyxie financièrement tout en lui désignant de faux coupables.
Une diversion politique devenue insulte collective
Envoyer des jeunes manipulés manifester devant le siège d’Orange Centrafrique ne constitue pas seulement une manœuvre de diversion politique ; c’est aussi une insulte directe à l’intelligence collective.
Les véritables responsables de cette asphyxie financière ne se trouvent pas dans les bureaux d’une entreprise de télécommunications, mais bien dans les structures gouvernementales qui ont conçu, imposé et dissimulé cette politique fiscale.
Les prédateurs de la République ne portent pas nécessairement des costumes d’opérateurs privés. Ils siègent aussi dans les ministères.
Il appartient désormais à la jeunesse centrafricaine de refuser d’être instrumentalisée comme levier de propagande, et de diriger sa colère vers les véritables architectes de son étranglement économique.
Par Gisèle MOLOMA
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