Centrafrique : L’argent remplace le mérite dans les établissements scolaires face à l’inaction publique

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L’effondrement éthique qui frappe le système éducatif centrafricain prend une tournure d’autant plus cynique que les plus hautes autorités de l’État sont elles-mêmes issues du monde académique.

 

Le président de la République, le président de l’Assemblée nationale ainsi que le Premier ministre ont tous bâti leur carrière en tant qu’enseignants universitaires ou vacataires avant d’accéder aux affaires publiques. Pourtant, cette oligarchie d’anciens professeurs observe un silence complice face à la dégradation du secteur qui les a vus naître professionnellement. Sous leur gouvernance, les salles de classe se sont transformées en marchés financiers où les notes s’achètent au vu et au su de tous.

Centrafrique : L'argent remplace le mérite dans les établissements scolaires face à l'inaction publique

 

 

Les données empiriques et les réalités du terrain démontrent un basculement inédit dans la hiérarchie des institutions les plus corrompues du pays.

 

Alors que l’opinion publique pointe traditionnellement du doigt les forces de défense et de sécurité ou l’armée, c’est désormais le secteur de l’enseignement qui se détache comme le premier milieu le plus corrompu et corrupteur de la nation. Ce système de racket institutionnalisé dépasse de loin les dérives observées dans les casernes. Des bancs du lycée des Martyrs jusqu’aux provinces, l’accès aux classes supérieures ou l’obtention des diplômes ne dépendent plus des capacités intellectuelles des élèves, mais de la taille du portefeuille de leurs parents.

 

Cette situation est alimentée par une gestion désastreuse du personnel enseignant, où le gouvernement préfère multiplier les vacataires non qualifiés plutôt que de recruter des titulaires responsables. Privés de salaires décents et abandonnés à une précarité totale par un Premier ministre déconnecté des réalités, ces enseignants sans formation transforment leur position en rente de situation. Les fraudes massives et le chantage financier sont devenus les seuls outils de survie pour un corps enseignant clochardisé par l’État. En refusant d’assainir ce milieu et en tolérant que l’argent dicte sa loi, le pouvoir en place sabote méthodiquement la formation des futurs cadres et valide la médiocrité comme unique modèle de réussite.

 

Par Anselme Mbata

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