Ça chauffe! Bossemptélé est désormais livré à lui-même face au retour de la terreur armée
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Qui sont les assaillants responsables du blocage de l’axe routier Bangui-Bouar la semaine dernière ? Impossible de le savoir, la situation devenant confuse après plusieurs jours de paralysie totale, pendant que l’armée manifeste sa peur de sortir et que les mercenaires russes du groupe Wagner abandonnent le terrain.
En effet, le blocus du corridor a débuté lorsque ces éléments armés non identifiés ont pris position aux abords immédiats de Bossemptélé, paralysant instantanément les deux axes routiers stratégiques. Pendant plusieurs journées consécutives, les assaillants ont imposé leur loi, bloquant les camions de marchandises et les autocars de passagers arrivant de Bangui ou de la frontière camerounaise vers Bouar. Pour asseoir leur autorité sur la localité, ils ont procédé à de multiples tirs en l’air, plongeant les habitants dans l’effroi. Les chauffeurs et les commerçants sont restés bloqués de part et d’autre du carrefour, observant avec détresse ces hommes circuler librement et maintenir leur dispositif de blocage durant des jours, avant de se retirer tranquillement sans avoir été inquiétés par la moindre autorité.
Sur le terrain, le comportement des forces de sécurité locales a mis en lumière une faillite totale de l’appareil défensif. Les policiers, gendarmes et militaires affectés à la zone sont restés totalement passifs dans leurs bases, refusant de se déployer pour évaluer la menace ou protéger les civils.
Selon les informations des services de sécurité de la ville de Bossemptélé et les témoignages des habitants, les soupçons se portent massivement sur les ex-combattants du mouvement 3R qui avait signé l’accord du 19 avril 2025 avec le pouvoir de Bangui. Cet accord de cessation des hostilités devait amener le désarmement complet de ces rebelles, mais dans les faits, seule une partie s’est soumise au processus. Une forte proportion de ces éléments a conservé des armes de guerre par-devers elle, et ce sont ces mêmes signataires officiels de la paix qui dictent aujourd’hui leur loi sur les routes.
Au-delà des forces nationales, l’attitude des mercenaires russes du groupe Wagner provoque l’incompréhension et la colère de la population. Disposant de moyens lourds, de véhicules tout-terrain et de motos rapides, ces mercenaires russes étaient parfaitement informés de la coupure des axes routiers et des tirs à l’arme automatique. Pourtant, ils ont fait le choix délibéré de rester immobiles dans leur base. Les forces de défense et de sécurité intérieure refusant de bouger sans obtenir le feu vert et l’appui logistique de ces partenaires russes, l’attente mutuelle a débouché sur un néant sécuritaire.
Les résidents de Bossemptélé soupçonnent désormais une complicité passive, car le groupe Wagner utilise fréquemment certains de ces anciens éléments armés rebelles comme supplétifs locaux pour mener des opérations opaques sur le terrain, expliquant ainsi le refus de les combattre.
Cette crise routière expose également un mensonge d’État concernant les capacités matérielles de l’armée. Depuis l’annonce triomphale de la levée définitive de l’embargo sur les armes, le pouvoir central affirmait que la fin de ces restrictions permettrait d’équiper les troupes pour sécuriser le territoire. La réalité constatée à Bossemptélé est aux antipodes de cette propagande, l’ensemble des forces de l’ordre de ce grand carrefour ne disposant en tout et pour tout que d’une unique camionnette P4 appartenant à la police locale. Pour comble de malheur, ce véhicule est actuellement hors d’usage à cause d’une panne sévère de la boîte de vitesses et du système de freinage. C’est dans cette unique voiture délabrée que devaient s’entasser les policiers, les gendarmes et les militaires pour effectuer la moindre mission, et sa mise hors service condamne désormais l’ensemble du détachement à un immobilisme total.
Pendant que l’économie du pays subissait ce coup d’arrêt en province, une atmosphère de panique s’est emparée de la capitale. À Bangui, la nervosité du régime est devenue visible avec le placement immédiat de l’ensemble des casernes en état de consigne stricte. Cette mesure d’urgence exceptionnelle touche de plein fouet toutes les unités, y compris la garde présidentielle, dont les soldats ont interdiction de quitter les casernements. Les états-majors sont traversés par des rumeurs incessantes de coup d’État et de menaces directes contre les institutions, fondées sur des rapports signalant la progression de rebelles non loin des accès de la capitale. Les autorités militaires semblent perdues dans leurs propres analyses, incapables de définir si le péril provient d’une trahison de leurs récents partenaires politiques, d’une réorganisation offensive de la coalition des patriotes pour le changement, ou d’une résurgence des combattants du front populaire pour la renaissance.
ParFrancis Simba
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