Bangui : l’interminable combat des déplacés musulmans  de Bégoua pour leurs propriétés confisquées de force lors des événements des Séléka et anti-balaka de 2013 – 2014

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Les combats entre Séléka et anti-balaka ont déchiré la Centrafrique de 2013 à 2016. Le bilan est catastrophique : des milliers de victimes et un exode massif de plus de deux millions des centrafricains. À Bégoua, au nord de Bangui, des centaines de familles musulmanes ont tout abandonné dans la précipitation pour sauver leur peau. Et la suite, on connait.

 

Ces quartiers, situés aux abords des PK13, PK14 et PK15 le long de la route de Boali, abritait une communauté multiethnique. Le marché à bétail, situé auparavant  au PK14, attirait des centaines des commerçants et éleveurs peuls venus de tout le pays. Les transactions y étaient quotidiennes, les familles y vivaient depuis des générations. Lorsque la coalition Séléka a renversé le président François Bozizé en mars 2013, personne n’imaginait l’ampleur du désastre à venir. Les représailles ont été immédiates et sanglantes. Les miliciens anti-balaka se sont organisés pour répondre aux exactions de la Séléka, déclenchant un cycle de violence incontrôlable.

 

maisons detruite à bria par banafio maisons-detruite-à-bria-par-banafio Bria, le MLCJ contrôle 60% de la ville, des dizaines des habitations incendiées.
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À Bégoua, la situation est devenue invivable, voir difficile  en quelques semaines, pour ne pas dire quelques jours. Les habitants musulmans ont compris qu’ils devaient partir ou mourir. L’Organisation internationale pour les migrations a également organisé l’évacuation en urgence. Des dizaines de camions ont transporté les familles vers l’intérieur du pays ou vers les frontières. Direction le Tchad pour certains, le Cameroun pour d’autres. Quelques-uns ont traversé jusqu’en République démocratique du Congo ou au Congo-Brazzaville. Le départ s’est fait dans la panique, sans préparation, sans pouvoir emporter grand-chose.

 

Les maisons sont restées là, intactes pour la plupart. Des centaines de constructions abandonnées du jour au lendemain. Rapidement, d’autres centrafricains ont compris l’opportunité de faire de l’argent vite fait. Des chefs de quartier se sont proclamés gestionnaires des biens vacants. Des combattants anti-balaka ont revendiqué certaines parcelles comme butin de guerre. De simples opportunistes ont saisi l’occasion. Les ventes illégales ont commencé presque immédiatement. Des terrains qui ne leur appartenaient pas ont changé de mains contre quelques billets. D’autres occupants ont simplement investi les lieux sans payer quoi que ce soit, construisant leurs propres habitations sur les fondations des anciennes.

 

Quand la paix est revenue progressivement, à partir de 2016, une partie des déplacés a tenté de rentrer au pays, y compris dans la capitale. Mais vue la tension qui règne encore, beaucoup se sont installés au quartier KM5, dans le troisième arrondissement de Bangui, où la communauté musulmane s’est regroupée. D’ailleurs c’est le dernier bastion des musulmans dans la capitale durant cette crise.  C’était plus sûr, plus facile de recommencer leur vie là-bas. Quelques courageux ont essayé de regagner Bégoua, timidement, testant l’accueil de leurs anciens voisins. Mais pour la majorité des victimes des PK12, PK13 et PK14, le retour reste un rêve inaccessible. Leurs propriétés sont occupées par de nouveaux habitants qui refusent de partir.

 

Les plaintes se sont multipliées devant les juridictions. Les dossiers s’empilent dans les tribunaux de Bangui. Le dictateur Faustin-Archange Touadéra alias Baba Kongoboro a promis de faire quelque chose aux victimes à plusieurs reprises. À chaque fois, le même discours : il faut patienter, le gouvernement va trouver une solution. Avant l’élection présidentielle de 2020, on leur avait assuré qu’après le scrutin, les choses allaient se débloquer. Le vote a eu lieu, Touadéra a été frauduleusement réélu, mais rien n’a bougé pour les déplacés de Bégoua.

 

Aujourd’hui, à quelques mois de l’élection de 2025, on leur répète à nouveau d’attendre encore. Après le scrutin, promet-on, une commission spéciale sera créée pour examiner chaque cas. Les victimes ont entendu ces mots tellement de fois qu’elles ne savent plus si elles doivent y croire.

 

Pendant ce temps, la vie continue tant bien que mal. Les familles musulmanes de Bégoua louent des logements au PK5, payant des loyers qui grèvent leurs budgets. Certains occupent des chambres exiguës à plusieurs, faute de moyens. Les anciens propriétaires qui possédaient de vastes concessions à Bégoua se retrouvent entassés dans des espaces minuscules. L’injustice est quotidienne, visible, palpable.

 

Par Anselme Mbata….

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