Zone de défense du nord-est : plus de 450 soldats désertent leurs postes pour retourner à Bangui
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Les forces armées centrafricaines connaissent depuis plus de 6 ans une crise de discipline majeure dans les différentes régions militaires du pays. Les effectifs fondent comme la neige dans plusieurs zones de déploiement, particulièrement dans le nord-est et le sud-Est du pays où les conditions de service ont atteint des niveaux de dégradation inquiétants.
La situation matérielle des militaires en province s’est détériorée au point de provoquer des abandons massifs de postes. Selon une investigation menée par la rédaction du CNC, environ 600 soldats sur les 900 déployés dans la zone de défense du nord-est ont quitté leurs postes, laissant à peine plus de 300 hommes pour couvrir un territoire immense incluant Birao, Kaga-Bandoro et des dizaines de villages.
Cette hémorragie d’effectifs trouve sa source dans l’absence totale de prime globale d’alimentation depuis plus de six ans. Les soldats déployés dans les villes de province ne reçoivent plus ce soutien pourtant indispensable à leur subsistance. Le système de rotation régulière des troupes, avec des déploiements d’environ un an, crée une illusion trompeuse : chaque nouvelle vague de soldats arrivant pense que le non paiement de la PGA ne concerne que eux, alors qu’il s’agit d’une situation généralisée au niveau national et ça concerne tous les soldats déployés en province.
Alors, pour survivre, l’État-major des forces armées centrafricaines distribue parfois des sommes dérisoires de 2 000 à 5 000 francs CFA par mois. Ces montants ne permettent aucune survie digne dans des zones où l’approvisionnement est difficile et coûteux. Les soldats se retrouvent dans une impasse financière aggravée par un système bancaire inexistant : leurs soldes sont versées directement sur des comptes bancaires situés à Bangui, inaccessibles depuis les villes de province dépourvues d’agences ou de distributeurs automatiques.
Cette situation pousse les militaires vers des pratiques de survie illégales. Les barrages routiers se transforment en points de racket. Les checkpoints deviennent des lieux de prélèvements forcés sur la population. Certains soldats, acculés, se livrent à des menaces, des vols ou des braquages pour se nourrir et subvenir à leurs besoins élémentaires.
Des comportements de détresse apparaissent chez plusieurs militaires. Certains simulent des maladies pour obtenir une évacuation vers la capitale. D’autres vont jusqu’à s’infliger volontairement des blessures aux jambes dans l’espoir d’être rapatriés. Plusieurs soldats développent de véritables pathologies psychiatriques sous l’effet du stress et de la privation. Ces cas de troubles mentaux nécessitent des retours en urgence à Bangui, vidant encore davantage les rangs déjà clairsemés.
Le commandement militaire et le pouvoir politique semblent incapables de mesurer l’ampleur de cette décomposition. Le chef d’état-major et la présidence continuent d’afficher une communication triomphaliste sur les réseaux sociaux, proclamant régulièrement que l’armée monte en puissance. Cette rhétorique, dictée par Wagner, ne souffre aucune contestation. Le groupe russe impose ses éléments de langage que le président, le ministre de la Défense, le chef d’état-major et leurs services de communication reproduisent intégralement, sans modification. Toute déviation de cette ligne officielle expose à des sanctions immédiates de la part des mercenaires russes.
Avec environ 300 soldats pour sécuriser l’ensemble de la zone de défense du nord-est, dispersés entre Ndele, Birao, Kaga-Bandoro et de nombreux villages, la capacité de résistance lors d’une offensive coordonnée d’un groupe armé apparaît extrêmement fragile. Le taux de désertion de plus de 50% dans cette région militaire stratégique pose une question de sécurité nationale que les autorités préfèrent ignorer publiquement.
Par Barthelemy, correspondant du CNC à Ndélé
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