Le commerce de l’or en Centrafrique : la face cachée d’un secteur mafieux protégé par des hommes en costume
Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Le commerce de l’or en Centrafrique n’est pas contrôlé par l’État, mais par une mafia bien organisée où le groupe Wagner impose sa loi, suivi des Chinois et de quelques intermédiaires d’Afrique de l’Ouest. Derrière des contrats officiels et des discours rassurants, une mafia minière bien organisée exploite les mines et dicte ses règles. Pendant que l’or quitte le pays en toute discrétion vers Moscou et Pékin, les ouvriers mineurs centrafricains travaillent sous la menace d’hommes blanc armés cagoulés, privés de toute liberté. Des hommes en costume signent les accords et entretiennent l’illusion d’un secteur régulé, alors que le pays est pillé en règle.
Un pillage sous contrôle de Wagner et des Chinois
Depuis 2016, le groupe Wagner a progressivement pris le contrôle des principaux sites aurifères du pays. Présenté au départ comme une force de sécurité privée chargée de protéger le pouvoir en place, le groupe russe est rapidement devenu un acteur incontournable du trafic d’or en Centrafrique. En imposant sa présence sur les mines stratégiques, Wagner dicte les conditions d’exploitation, contrôle les exportations et fixe les prix. Les autorités centrafricaines n’ont aucun pouvoir sur ces opérations.
En deuxième position viennent les entreprises et coopératives chinoises, installées sur plusieurs concessions minières avec des contrats opaques. Contrairement à Wagner, qui exploite par la force et la terreur, les Chinois imposent leur propre système en s’appuyant sur des partenariats officiels avec l’administration centrafricaine. Ils exploitent l’or Centrafrique sans rendre de comptes, utilisant des ouvriers sous-payés et des équipements qui détruisent l’environnement sans aucun contrôle.
Derrière ces deux géants du pillage d’or en Centrafrique, d’autres groupes plus discrets récupèrent les miettes laissées par Wagner et les Chinois. Des exploitants maliens, burkinabés, nigérians et camerounais jouent le rôle d’intermédiaires, rachetant de l’or à bas prix auprès des orpailleurs centrafricains avant de l’exporter illégalement vers les marchés voisins. Ces réseaux complètent la chaîne du trafic d’or en Centrafrique, alimentant un marché noir structuré, où les Centrafricains sont les seuls à ne rien gagner.

Le secteur verrouillé d’or en Centrafrique, aucune issue pour les mineurs
Sur le terrain, les travailleurs des mines d’or en Centrafrique sont devenus des prisonniers d’un système sans issue. Sous le contrôle de Wagner, les creuseurs sont surveillés par des mercenaires armés qui imposent des quotas de production et des règles strictes. Aucune liberté de vendre leur or à un prix libre, aucune négociation possible : tout passe par Wagner, qui rachète les grammes d’or à des tarifs dérisoires, avant de les exporter vers la Russie via des circuits opaques. C’est le cas des chantiers miniers dans l’Ouham, Mambéré-Kadéi, Ouham-Pendé et ailleurs, où les Wagner contrôle tout en dehors des chantiers d’Ydéré, de Ndassima et de Boda, où les grosses machines de Wagner tournent en plein régime.
Les Chinois, de leur côté, emploient des travailleurs centrafricains comme de la main-d’œuvre bon marché, sous des contrats flous. Les accidents sont nombreux, les protections minimales, et les salaires insignifiants comparés aux tonnes d’or qui sortent des mines chaque année. Aucun syndicat, aucun droit, les travailleurs n’ont d’autre choix que d’accepter ces conditions ou de quitter les sites miniers.
Quant aux orpailleurs centrafricains, ils n’ont quasiment plus d’espace pour travailler. Les zones qui leur restent sont soit déjà épuisées, soit contrôlées par des groupes mafieux africains qui imposent leurs propres tarif. Pendant ce temps, un mineur qui tente de vendre son or hors du circuit de Wagner s’expose à des représailles immédiates. Certains ont été menacés, battus, voire exécutés pour avoir voulu contourner le monopole imposé.
L’or en Centrafrique : Un marché noir protégé par des complicités bien placées
L’exploitation de l’or en Centrafrique ne pourrait pas fonctionner de cette manière sans une protection bien installée au sommet de l’État. Wagner n’a pas eu besoin de prendre le pouvoir politiquement : il contrôle les ressources stratégiques, ce qui lui permet de financer ses opérations militaires tout en renforçant son emprise sur l’économie centrafricaine. Les permis d’exploitation accordés aux entreprises chinoises suivent la même logique : des contrats signés discrètement, sans aucune transparence, où les véritables chiffres des exportations ne sont jamais révélés publiquement.
Certains officiers de l’armée et membres du gouvernement sont impliqués dans ce commerce, bénéficiant d’un pourcentage sur chaque transaction. Ceux qui devraient défendre l’intérêt national préfèrent protéger ces réseaux, assurant leur propre enrichissement au détriment du pays.
Les services douaniers, censés contrôler les exportations d’or, se contentent de valider les documents présentés par Wagner et les Chinois, sans poser de questions. En contrepartie, des pots-de-vin circulent, garantissant que personne ne vienne perturber ce trafic d’or en Centrafrique. Les milliards générés par ce commerce n’apparaissent jamais dans le budget de l’État.
Un État devenu simple spectateur de son propre pillage
Pendant que les cargaisons d’or partent chaque semaine vers Moscou et Pékin, la population centrafricaine s’enfonce dans la pauvreté. L’argent du secteur aurifère pourrait financer les hôpitaux, les écoles, les infrastructures, mais il disparaît entre les mains des réseaux criminels.
Le gouvernement, au lieu de reprendre le contrôle de ses ressources, se contente d’entretenir une illusion de souveraineté. Quelques permis accordés ici et là, des annonces de réglementation, des promesses de taxation plus stricte… Mais en réalité, rien ne change. L’or continue de sortir, et les Centrafricains continuent d’être les grands oubliés de cette industrie.
Un système qui ne tombera pas sans un changement radical
Ce pillage d’or en Centrafrique ne s’arrêtera pas tant que les mêmes réseaux resteront en place. Wagner ne quittera pas le secteur de lui-même, car il finance une partie de ses opérations militaires avec cet or. Les entreprises chinoises continueront d’exploiter sans limites, tant qu’elles auront les autorisations nécessaires. Les exploitants maliens, camerounais et nigérians continueront de faire circuler l’or illégalement, tant qu’ils trouveront des acheteurs prêts à payer.
Les Centrafricains, eux, n’auront rien tant que ce système restera intact. L’or qui pourrait servir au développement du pays est confisqué par des groupes étrangers, avec la complicité de ceux qui dirigent. Tant que ces réseaux criminels bénéficieront d’un accès libre aux ressources du pays, la RCA restera un pays riche en sous-sol, mais condamné à la pauvreté à la surface.
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![Danse des vampires ou protection réelle ? Le ministre du Commerce parle de labo et de normes pendant que les jeunes tombent sur les routes avec les sachets d’alcool frelaté Danse des vampires ou protection réelle ? Le ministre du Commerce parle de labo et de normes pendant que les jeunes tombent sur les routes avec les sachets d’alcool frelaté* Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC Pendant que le monde entier marque la Journée mondiale des droits des consommateurs ce 15 mars sous le thème « Des produits sûrs, des consommateurs confiants », la Centrafrique a vécu une célébration presque invisible. Aucune activité officielle n’a été organisée sur le terrain. Seul le ministre du Commerce et de l’Industrie, Maître Thierry Patrick Akoloza, a sorti un discours pour rappeler que l’État veut protéger les citoyens contre les produits de mauvaise qualité. Le ministre a listé une série de bonnes intentions : renforcer les textes de loi, améliorer le contrôle des marchandises qui arrivent sur le marché, trouver de l’argent pour construire enfin un laboratoire de référence, créer le Bureau centrafricain de normes, lutter contre les pratiques commerciales déloyales, promouvoir la métrologie légale pour que les balances et les mesures soient justes, et garder le contact avec les associations de consommateurs. Il a aussi demandé aux Centrafricains de rester vigilants, de connaître leurs droits et de porter plainte quand quelque chose ne va pas. Jusque-là, on pourrait applaudir. Sauf que sur le terrain, le quotidien raconte une autre histoire. Chez nous, on produit très peu de choses transformées. La plupart des biens de consommation courante viennent de l’extérieur, et personne ne peut vraiment vérifier leur qualité. Pas de laboratoire fiable, pas de contrôles systématiques aux frontières, pas de résultats publics. On nous parle de « normes » et de « réglementation », mais les étals et les boutiques regorgent de produits dont on ignore tout : date de péremption douteuse, composition cachée, emballages abîmés. Et le cas le plus criant reste celui de l’alcool frelaté produit sur place par Wagner. Au PK 26, sur la route de Boali, une usine tourne à plein régime. Elle appartient au groupe Wagner et fabrique localement la marque Africa Ti L’Or. Officiellement présentée comme une bière, cette boisson est en réalité un mélange de vodka, d’eau et de citron, souvent coupé avec des substances douteuses. La même structure produit aussi des petits sachets d’alcool frelaté, vendus à 100, 150 ou 200 francs CFA – avec des degrés qui montent parfois à 40, 80, voire 120 %. Ces pochettes plastiques inondent les rues, les marchés et les bars de Bangui et de l’intérieur du pays. Le gouvernement a pourtant pris un arrêté qui interdit formellement la production, l’importation et la vente de ces alcools en sachet, jugés dangereux pour la santé. Mais dans les faits, les services de l’État préfèrent s’attaquer aux cargaisons venues du Cameroun ou du Nigeria, pendant que la production locale de Wagner continue sans aucun contrôle indépendant. Personne ne peut entrer dans cette usine pour vérifier la qualité, les ingrédients ou le degré réel d’alcool. Résultat : les jeunes consomment massivement ces mixtures, les accidents de la route se multiplient, les cas d’empoisonnement et de dépendance explosent, et les autorités ferment les yeux. Ce n’est pas tout. Dans les magasins tenus par certains commerçants libanais, on trouve régulièrement du poisson avarié, de la viande pourrie ou du poulet impropre à la consommation. Ces produits sont récupérés, reconditionnés et remis en vente. Les agents censés faire les contrôles passent souvent leur chemin : les bakchichs font leur effet. L’État dit manquer de moyens pour vérifier quoi que ce soit, mais il semble en trouver quand il s’agit de protéger certains intérêts. Les consommateurs centrafricains ne demandent pas des promesses supplémentaires. Ils veulent du concret : des contrôles réels aux points d’entrée et dans les usines installées sur le territoire, un laboratoire qui fonctionne vraiment, des sanctions contre ceux qui inondent le pays avec des produits dangereux, et surtout la fin de cette tolérance à sens unique sur les sachets d’alcool frelaté produits localement. Tant que ces petites pochettes continueront à circuler librement, que les étals resteront remplis de marchandises pourries ou non vérifiées, et que certaines usines resteront intouchables, les beaux discours du 15 mars ressembleront plus à une danse rituelle qu’à une vraie volonté de protéger le sang des Centrafricains. Le gouvernement doit passer des mots aux gestes. Sinon, cette « protection des consommateurs » restera une belle déclaration que personne ne sent dans sa vie quotidienne. Les jeunes qui tombent sur les routes après avoir bu ces mixtures, les familles qui achètent des produits douteux sans pouvoir les contrôler, méritent mieux que des listes d’intentions. Ils méritent des actes. Par Gisèle MOLOMA Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC CNC Groupe 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2024/04/Thierry-Patrick-Akoloza-en-Pleine-Emission-a-la-Radio-Ndeke-Luka-218x150.jpg)

