
Le conseiller camerounais du dictateur centrafricain Faustin-Archange Touadéra, Jules Njawé, a qualifié de « mesquin » le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Kogri, lors d’une émission animée par Alain Foka le 19 octobre 2026. Il accuse également le Tchad de préparer, avec la complicité de la France, une offensive contre la République centrafricaine avec 103 pick-up lourdement armés et deux avions de combat français. Cette intervention survient neuf jours après l’attaque du 10 octobre dans le secteur de Nabagaye-Tissi, qui a fait seize militaires tchadiens blessés selon les informations recueillies par Corbeau News Centrafrique (CNC).
Les relations entre Bangui et N’Djamena prennent une tournure particulièrement inquiétante. Alors que le gouvernement tchadien attend des explications sur l’attaque menée le 10 octobre 2026 dans la zone frontalière de Nabagaye-Tissi, un conseiller du président centrafricain a choisi de s’en prendre publiquement au ministre tchadien des Affaires étrangères.

Jules Njawé, conseiller camerounais de Faustin-Archange Touadéra, a multiplié les accusations contre le Tchad et la France au cours d’un entretien accordé au journaliste propagandiste du groupe Wagner Alain Foka, qui était un ancien journaliste de Radio France internationale.
Pendant cette émission du 19 octobre, il a accusé les autorités tchadiennes de préparer une offensive militaire contre la République centrafricaine. Il a également affirmé que deux avions de combat français seraient stationnés au Tchad pour participer à cette opération.
Le conseiller présidentiel a tenu ces propos alors que N’Djamena venait de protester officiellement contre une incursion armée sur son territoire. L’incident a fait plusieurs victimes parmi les militaires tchadiens et les populations civiles, selon les informations recueillies par le CNC.
Jules Njawé traite le ministre tchadien de « mesquin »
Le conseiller de Touadéra n’a pas seulement accusé les autorités tchadiennes de soutenir des groupes armés. Il s’en est également pris personnellement au ministre d’État tchadien chargé des Affaires étrangères, Ahmat Kogri.
Ancien responsable des services de renseignement tchadiens, ce dernier avait convoqué l’ambassadeur centrafricain après les événements du 10 octobre.
Au cours de l’entretien, Jules Njawé a affirmé que le ministre connaissait parfaitement la présence de Noureddine Adam, dirigeant du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), à N’Djamena.
Il a déclaré que Noureddine Adam serait installé dans un quartier de la capitale tchadienne et que les autorités du pays seraient informées de ses activités.
Puis, évoquant le ministre des Affaires étrangères, il a lancé :
« Parce que le nom des mesquins, je ne garde pas les noms des mesquins dans ma tête. »
Une attaque personnelle particulièrement directe contre le chef de la diplomatie d’un pays voisin.
Jules Njawé a poursuivi en mettant en cause le courage du ministre tchadien.
« Être un homme, ce n’est pas seulement se cacher derrière une carapace de ministre et menacer », a-t-il déclaré.
Il lui a ensuite demandé d’assumer publiquement ce qu’il présente comme une complicité du gouvernement tchadien avec des groupes armés opposés au pouvoir de Bangui.
« Qu’il assume les complicités de son pays contre un pays frère », a-t-il insisté.
Ces propos interviennent alors que le ministre tchadien avait utilisé une procédure diplomatique ordinaire en convoquant l’ambassadeur centrafricain pour lui demander des explications sur une opération militaire ayant touché le territoire tchadien.
La convocation d’un ambassadeur constitue une démarche officielle entre deux États. Elle permet de transmettre une protestation, de demander des clarifications ou d’exiger des mesures après un incident.
Jules Njawé a transformé cette démarche diplomatique en sujet d’attaques personnelles contre le responsable tchadien.
Retour sur l’attaque du 10 octobre à Nabagaye-Tissi
Pour comprendre la portée de cette intervention, il faut revenir aux événements du samedi 10 octobre 2026, dans la préfecture centrafricaine de la Vakaga, près de la frontière avec le Tchad et le Soudan.
Selon les informations recueillies par Corbeau News Centrafrique, plus d’une cinquantaine de mercenaires russes du groupe Wagner, accompagnés de leurs supplétifs et de combattants rebelles tchadiens, ont lancé une offensive contre les positions du FPRC dans le secteur de Nabagaye-Tissi.
L’opération avait été préparée depuis Birao, chef-lieu de la Vakaga. Les combattants auraient quitté cette ville dans la nuit du vendredi 9 au samedi 10 octobre, avant de progresser vers Boromata puis vers les positions du FPRC.
L’objectif était de déloger les combattants de Noureddine Adam de cette zone frontalière.
Les affrontements ont été particulièrement violents. Selon l’enquête publiée par le CNC le 12 octobre, les éléments du FPRC ont réussi à détruire un drone utilisé par leurs adversaires. Quatre combattants du mouvement auraient été tués. Des pertes ont également été signalées parmi les mercenaires russes et leurs supplétifs.
Les bombardements ont touché des zones habitées, provoquant des morts parmi les populations civiles.
Mais l’opération ne s’est pas limitée au territoire centrafricain.
Du côté tchadien, des militaires chargés de surveiller la frontière ont été alertés par les détonations. Ils se sont avancés à bord d’un pick-up pour observer les combats.
Selon les informations recueillies par le CNC, ces militaires se trouvaient sur leur propre territoire lorsqu’un hélicoptère utilisé par les mercenaires russes a ouvert le feu sur leur véhicule.
Le premier bilan publié le 12 octobre faisait état de quatorze militaires tchadiens blessés. Les informations complémentaires publiées le 13 octobre ont porté ce chiffre à seize blessés graves.
L’incident a été localisé à Amnabaka, également désigné Abnabak dans la correspondance diplomatique, dans le secteur tchadien de Tissi.
Cette localisation est essentielle. Le différend entre Bangui et N’Djamena porte précisément sur le fait que les militaires tchadiens auraient été touchés à l’intérieur de leur propre pays.
Le ministère centrafricain de la Défense a présenté une version différente, affirmant que ses forces avaient conduit une opération préventive sur le territoire national contre des groupes armés.
Les informations recueillies par le CNC situent les tirs ayant blessé les militaires tchadiens de l’autre côté de la frontière.
Le Tchad convoque l’ambassadeur centrafricain le 11 octobre
Dès le lendemain des affrontements, dimanche 11 octobre 2026, le gouvernement tchadien a convoqué l’ambassadeur centrafricain à N’Djamena.
Le ministre d’État chargé des Affaires étrangères, Ahmat Kogri, lui a transmis la protestation officielle de son gouvernement concernant l’incursion armée dans la zone d’Amnabaka-Tissi.
Une note diplomatique datée du 11 octobre, adressée à la ministre centrafricaine des Affaires étrangères par l’ambassadeur Jean Bertrand Léopold Biamba, confirme l’existence de cette protestation.
Le document fait état de deux versions contradictoires concernant le lieu des opérations.
D’un côté, les communiqués du ministère centrafricain de la Défense, datés des 9 et 10 octobre, présentent les événements comme s’étant déroulés en territoire centrafricain.
De l’autre, les autorités tchadiennes affirment que les faits dénoncés se sont produits à Abnabak, dans la zone de Tissi, sur le territoire tchadien.
L’ambassadeur centrafricain a lui-même recommandé une mission de vérification conjointe, avec des échanges à N’Djamena suivis d’un déplacement sur les lieux.
Cette proposition visait à établir les circonstances exactes de l’opération et à éviter une détérioration des relations entre les deux pays.
C’est dans ce contexte que Jules Njawé intervient, huit jours après la convocation diplomatique, pour accuser le Tchad de préparer une attaque contre la République centrafricaine.
Jules Njawé annonce 103 pick-up armés destinés à attaquer Bangui
Au cours de son entretien avec Alain Foka, Jules Njawé a affirmé que les autorités tchadiennes participeraient à la préparation d’une nouvelle offensive contre la République centrafricaine.
Selon lui, des combattants soudanais seraient arrivés à N’Djamena le 16 octobre avant d’être transférés le lendemain vers Am Timan, dans l’est du Tchad.
Ces combattants prépareraient une opération contre des positions centrafricaines situées près de la frontière.
Il a également affirmé que des combattants auraient été formés dans une localité tchadienne avant d’être acheminés vers la zone des opérations.
Le conseiller présidentiel a ensuite évoqué la mobilisation de 103 pick-up lourdement équipés, auxquels s’ajouteraient cinq autres véhicules transportant des mitrailleuses et des munitions.
Il a cité des armements désignés dans la transcription comme des BG-70 et BG-80.
« Je suis dans la précision du chiffre. Je ne parle pas d’à peu près », a-t-il déclaré.
Le conseiller affirme que les services de renseignement centrafricains connaissent les déplacements de ces combattants et les moyens militaires mobilisés.
Pour expliquer l’origine de ces renseignements, il a évoqué l’exploitation de téléphones portables récupérés après de récents affrontements.
Selon lui, ces appareils auraient permis d’identifier les personnes impliquées et de suivre les préparatifs d’une offensive contre Bangui.
Les chiffres avancés par Jules Njawé sont particulièrement élevés. Plus d’une centaine de véhicules armés représenteraient un dispositif militaire important, dont la mobilisation et les déplacements nécessiteraient une logistique considérable.
Le conseiller n’a pas détaillé publiquement l’identité des unités qui utiliseraient ces véhicules ni les modalités de leur déploiement.
La France de nouveau accusée de préparer une intervention militaire
Après les accusations contre N’Djamena, Jules Njawé s’est tourné vers la France.
Il affirme que deux avions de combat français seraient stationnés sur une base militaire située au Tchad, en attente d’une opération contre la République centrafricaine.
Selon ses déclarations, ces appareils seraient liés aux préparatifs militaires qu’il attribue aux autorités tchadiennes.
Il a également affirmé qu’un avion militaire français aurait pénétré dans l’espace aérien centrafricain après l’échec d’une précédente attaque des combattants de Noureddine Adam.
Le conseiller a présenté ces informations comme des renseignements connus du ministre tchadien des Affaires étrangères.
Tout au long de l’entretien, il a répété que le responsable tchadien savait parfaitement ce qui se préparait contre Bangui.
Cette manière de présenter les événements correspond à un discours déjà utilisé dans les communications favorables aux forces russes présentes en République centrafricaine.
Depuis plusieurs années, la France est régulièrement accusée par certains relais médiatiques proches de Moscou de soutenir les groupes armés centrafricains ou de préparer des opérations contre le pouvoir de Faustin-Archange Touadéra.
Dans cette nouvelle intervention, Jules Njawé associe directement le Tchad à ces accusations.
Le pays qui vient de protester contre une attaque sur son territoire est désormais présenté comme un partenaire de la France dans une opération destinée à déstabiliser la République centrafricaine.
Alain Foka donne la parole au conseiller camerounais de Touadéra
L’entretien a été conduit par Alain Foka, ancien journaliste de RFI, qui anime désormais ses propres émissions.
Au cours de l’échange, il a interrogé Jules Njawé sur la présence présumée de Noureddine Adam à N’Djamena et sur les modalités de l’offensive annoncée.
Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Kogri, a exigé des explications officielles après l’incident frontalier, tandis que le conseiller présidentiel Jules Njawé multiplie les accusations contre N’Djamena.
« Avez-vous plus de détails, ou du moins des détails précis autour de l’opération en question ? », lui a-t-il demandé.
Cette question a permis au conseiller de développer longuement ses accusations contre les autorités tchadiennes et la France.
Alain Foka lui a également demandé si ses informations provenaient des services de renseignement centrafricains.
Jules Njawé a répondu qu’il s’agissait de recoupements et d’éléments récupérés après les opérations militaires.
L’entretien a ainsi donné une large place à la version du conseiller présidentiel.
Les accusations diffusées pendant l’émission reprennent plusieurs thèmes déjà présents dans les communications favorables à Wagner : la responsabilité attribuée à la France dans les crises centrafricaines, les prétendues complicités de pays voisins avec les groupes armés et la présentation du pouvoir de Bangui comme cible d’une opération étrangère.
Le CNC avait déjà consacré, le 13 octobre, un article critique aux déclarations d’Alain Foka et de Jules Njawé concernant la politique économique centrafricaine et les prix du carburant.
Cette fois, les propos portent directement sur les relations entre deux États et sur des accusations de préparatifs militaires impliquant une puissance étrangère.
La proximité entre ces déclarations et les discours de communication favorables à Wagner est perceptible dans les thèmes employés. Elle ne permet pas, à elle seule, d’établir les conditions de préparation de l’émission ni l’existence d’un financement russe de ses intervenants.
Le Tchad avait pourtant participé aux négociations de paix en Centrafrique
Les attaques verbales de Jules Njawé interviennent alors que le Tchad a participé à plusieurs initiatives diplomatiques destinées à favoriser la paix en République centrafricaine.
N’Djamena a notamment accueilli des discussions impliquant des représentants du gouvernement centrafricain et des responsables de mouvements armés.
Parmi les personnalités concernées figurait Ali Darassa, chef de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), ainsi que d’autres dirigeants de groupes armés engagés dans les négociations.
Ces démarches avaient pour objectif de réduire les affrontements et de favoriser des accords entre Bangui et les mouvements rebelles.
Le Tchad occupe également une place importante dans les échanges commerciaux et les relations sécuritaires de la République centrafricaine.
Les deux pays partagent une longue frontière et doivent gérer des problèmes communs liés à la circulation des groupes armés, aux déplacements des populations et à la sécurité des zones frontalières.
Cette coopération rend les déclarations de Jules Njawé particulièrement sensibles.
Alors que N’Djamena a participé à des efforts de médiation pour contribuer à la stabilisation de la Centrafrique, le conseiller du président Touadéra accuse désormais les autorités tchadiennes de préparer une offensive contre Bangui.
Il ne s’agit plus seulement d’un désaccord sur les événements du 10 octobre. Les accusations portent directement sur les intentions militaires et politiques du gouvernement tchadien.
Jules Njawé appelle les jeunes Tchadiens à contester leurs dirigeants
Vers la fin de son intervention, le conseiller de Touadéra s’est adressé directement à la population tchadienne.
Il a accusé les dirigeants du pays de servir les intérêts français au détriment de la paix entre les peuples centrafricain et tchadien.
Il a notamment déclaré :
« Nous appelons la jeunesse tchadienne à se révolter contre un tel comportement. »
Il a ensuite invité les jeunes Tchadiens à contester les décisions de leurs dirigeants et à refuser toute participation à une guerre contre la République centrafricaine.
Jules Njawé a présenté cet appel comme une démarche panafricaniste.
Il a également affirmé que les déstabilisations de la République centrafricaine provenaient depuis longtemps du Tchad.
Ces déclarations généralisent la responsabilité des crises centrafricaines à un pays voisin, alors que les conflits successifs en République centrafricaine ont impliqué de nombreux acteurs nationaux et étrangers.
L’appel lancé à la jeunesse tchadienne dépasse également le cadre des relations diplomatiques. Un conseiller d’un chef d’État étranger intervient publiquement dans le débat politique intérieur d’un pays dont le gouvernement vient de protester contre une opération armée sur son territoire.
Cette prise de parole intervient sans qu’une rupture officielle des relations diplomatiques ait été annoncée entre Bangui et N’Djamena.
Bangui et N’Djamena face à deux versions opposées des événements
Depuis le 10 octobre, les autorités centrafricaines et tchadiennes donnent des versions différentes des opérations militaires dans le secteur de Nabagaye-Tissi.
Le gouvernement centrafricain affirme que ses forces et leurs alliés russes ont mené une opération préventive contre des groupes armés menaçant la sécurité du pays.
Le gouvernement tchadien dénonce une incursion sur son territoire, dans la localité d’Abnabak, et des tirs ayant blessé plusieurs de ses militaires.
Les enquêtes publiées par le CNC les 12 et 13 octobre attribuent les tirs contre les soldats tchadiens à un hélicoptère utilisé par les mercenaires russes du groupe Wagner.
La note diplomatique du 11 octobre confirme que le différend sur la localisation des faits avait été officiellement porté à la connaissance de Bangui.
L’ambassadeur centrafricain avait recommandé une démarche conjointe pour clarifier les circonstances des affrontements.
Huit jours plus tard, Jules Njawé a choisi une autre forme d’intervention publique. Il a insulté le chef de la diplomatie tchadienne, accusé N’Djamena de complicité avec les groupes armés et affirmé que la France préparait une offensive contre la République centrafricaine.
Au 19 octobre, les deux gouvernements restent opposés sur les circonstances de l’attaque du 10 octobre. Les seize militaires tchadiens blessés, les victimes civiles signalées dans la zone frontalière et la demande d’explications formulée par N’Djamena demeurent au centre du différend.
Les déclarations de Jules Njawé ajoutent désormais à cette crise militaire une confrontation verbale visant directement le ministre tchadien des Affaires étrangères, alors que la proposition de vérification conjointe formulée par l’ambassadeur centrafricain reste une voie possible pour établir les faits.
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