
Dans le débat politique Patara de Radio Ndekeluka, le chercheur a révélé, rapport du FMI à l’appui, que les sommes que la société Neptune Oil aurait dû verser au Trésor public représentent l’équivalent du budget alloué à la santé pour soigner tous les Centrafricains.
Invité sur le plateau du débat politique Patara, Paul Crescent Beninga, porte-parole du groupe de travail de la société civile et ancien chercheur à l’Université de Bangui, a mis sur la table un chiffre qui, à lui seul, résume l’ampleur du préjudice subi par l’État centrafricain. Là où le débat s’épuisait à comparer les prix à la pompe entre pays de la CEMAC, le chercheur a déplacé la discussion sur le terrain des recettes fiscales perdues. Et le constat qu’il dresse est vertigineux.

Un rapport du FMI que personne ne semble vouloir lire
Pour Paul Crescent Beninga, la vérité est disponible, mais elle est ignorée. « Les gens ne veulent pas lire dans ce pays. Le FMI a fait un rapport qui est intéressant. » Ce rapport, insiste-t-il, n’est pas un document confidentiel réservé aux initiés. Il est accessible, publié, et contient des données qui devraient alerter l’ensemble de la classe politique et de la société civile centrafricaines. Encore faut-il prendre la peine de s’y plonger.
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Et ce que ce rapport révèle, selon le chercheur, dépasse largement la question des prix à la pompe. Il met en lumière un manque à gagner fiscal dont l’ordre de grandeur donne le vertige. Un chiffre qui, s’il était connu du grand public, changerait probablement la nature du débat.
L’équivalent du budget de la Santé
La révélation de Paul Crescent Beninga est d’une clarté brutale. « Dans ce rapport, le manque à gagner de l’État centrafricain équivaut au budget du ministère de la Santé de 2025. Le rapport existe. Allez lire. Ce que Neptune, en s’établissant en République centrafricaine, devait verser à l’État centrafricain, si la société versait ça, ça équivaut à ce qui est inscrit dans le budget pour le ministère de la Santé. C’est-à-dire pour soigner tous les Centrafricains. Allez-y comprendre. »
La comparaison n’est pas anodine. Le budget du ministère de la Santé, c’est ce qui permet de financer les hôpitaux, les centres de santé, les médicaments, les campagnes de vaccination, la formation du personnel soignant. C’est, en somme, ce qui permet à un pays de soigner sa population. Or, selon le chercheur, c’est exactement cette somme qui aurait échappé au Trésor public du fait de l’installation de Neptune Oil dans des conditions fiscales qui ne respecteraient pas les obligations légales.
Une entreprise qui ne verse pas ses impôts comme elle le devrait
Le chercheur ne s’arrête pas à la seule question du manque à gagner. Il souligne également que les obligations fiscales de Neptune Oil envers l’État centrafricain posent problème. « Neptune ne verse pas les impôts comme ça devrait être lorsqu’il s’agit d’une société qui est établie en République centrafricaine. » Une affirmation qui, si elle était confirmée, constituerait une faute grave. Car une entreprise qui opère sur le territoire centrafricain, qui y réalise des bénéfices et qui y exerce une activité économique, doit en principe contribuer à l’effort fiscal national.
Cette question fiscale est d’autant plus sensible que, comme le rappelle Paul Crescent Beninga, la loi de 2007 prévoyait des conditions claires pour les sociétés étrangères souhaitant exercer dans le secteur pétrolier en Centrafrique. « La loi de 2007 est claire. Pour exercer cette activité, il faut au moins, si vous êtes une société qui n’est pas de droit centrafricain, créer une succursale. » Une obligation qui, selon le chercheur, n’a pas été respectée. « Tout cela est dédié. Oui, une filiale ici. Tout cela est dédié. »
« Vous avez fait tellement de mal aux Centrafricains »
La question du manque à gagner fiscal prend, dans la bouche de Paul Crescent Beninga, une dimension politique. Car ce n’est pas seulement une entreprise qui est mise en cause, c’est le gouvernement qui a rendu possible cette situation. « Je parle du gouvernement. Vous représentez la ministre, votre responsable de tutelle, donc vous allez assumer. » L’interpellation, adressée à Olivier Malibangar, chargé de mission au ministère de l’Énergie, est directe. Elle vise à établir la responsabilité de l’exécutif dans ce que le chercheur considère comme un préjudice porté à la nation tout entière.
Et pour mesurer ce préjudice, le chercheur invite chacun à faire l’exercice de comparaison le plus simple qui soit. D’un côté, une entreprise qui, selon lui, n’aurait pas versé à l’État ce qu’elle devait. De l’autre, un ministère de la Santé dont le budget, déjà insuffisant pour répondre aux besoins sanitaires du pays, aurait pu être doublé si les recettes fiscales avaient été perçues. « Allez-y comprendre », lance-t-il, comme pour inviter ses interlocuteurs à tirer eux-mêmes les conclusions.
Un débat faussé par l’ignorance des chiffres
Ce que dénonce Paul Crescent Beninga, au-delà des chiffres eux-mêmes, c’est la manière dont le débat public est conduit. Les Centrafricains discutent des prix à la pompe, comparent les tarifs avec ceux des pays voisins, s’indignent de l’augmentation. Mais ils ignorent, selon lui, l’essentiel : le manque à gagner fiscal qui prive l’État des ressources nécessaires pour financer les services publics les plus élémentaires.
Le manque à gagner fiscal provoqué par Neptune dans le secteur pétrolier équivaut au budget de la santé, privant ainsi l’État centrafricain de ressources indispensables.
Car la question n’est pas seulement de savoir combien coûte un litre d’essence. Elle est de savoir combien rapporte, ou devrait rapporter, le secteur pétrolier à l’État centrafricain. Et si les calculs du chercheur sont exacts, la réponse est édifiante : le montant du manque à gagner équivaut à ce qui serait nécessaire pour soigner l’ensemble de la population. Un enjeu de santé publique, donc, qui se joue dans les arcanes fiscales du secteur pétrolier.
« Pourquoi ne pas regarder dans ce secteur-là ? »
La révélation de Paul Crescent Beninga ouvre une question que le gouvernement, selon lui, refuse de se poser. Si le manque à gagner fiscal est aussi important que le rapport du FMI l’indique, pourquoi ne pas commencer par récupérer ces sommes avant de faire peser sur les Centrafricains une nouvelle hausse des prix ? Pourquoi ne pas exiger des entreprises opérant dans le secteur pétrolier qu’elles respectent leurs obligations fiscales et légales ? Pourquoi, en somme, faire payer aux plus modestes ce que d’autres ne versent pas ?
Cette question, le chercheur ne la formule pas directement dans cette séquence. Mais elle découle logiquement de sa démonstration. Et elle rejoint les interrogations exprimées par d’autres intervenants du débat, qui appellent à explorer d’autres sources de recettes avant de taxer davantage les citoyens. Le rapport existe. Les chiffres sont là. Reste à savoir qui osera les regarder en face.
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