Journée internationale de la jeunesse : quelle jeunesse célébrons-nous en Centrafrique ?

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Journée internationale de la jeunesse : quelle jeunesse célébrons-nous en Centrafrique ?

 

Journée internationale de la jeunesse : quelle jeunesse célébrons-nous en Centrafrique ?
Association des Filles Sucrettes de la Jeunesse du parti MCU de Touadera

 

 

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Par : la rédaction de Corbeau News CentrafriqueCNC  

 Le 12 août, le monde célèbre la Journée internationale de la jeunesse. En République centrafricaine, cette date donne lieu à des cérémonies et à des discours sur le rôle des jeunes dans l’avenir du pays.

 

Mais une question demeure : à quoi sert réellement cette célébration pour la jeunesse centrafricaine ?

 

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La question ne porte pas sur la nécessité de reconnaître l’importance de la jeunesse. Elle consiste à regarder la réalité vécue par des milliers de jeunes centrafricains, loin des cérémonies et des discours officiels.

 

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En Centrafrique, une grande partie de la jeunesse grandit sans véritable perspective. Depuis les crises qui ont profondément affecté le pays, notamment entre 2013 et 2016, aucune politique publique durable n’a permis de répondre aux besoins essentiels des jeunes en matière d’éducation, de formation, d’emploi et d’entrepreneuriat.

 

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Le constat est particulièrement visible partout dans le pays

 

À Bouar, dans la préfecture de la Nana-Mambéré, les jeunes interrogés par la radio Ghira FM décrivent une réalité qui dépasse largement leur seule localité. Beaucoup ont été formés dans différents métiers, notamment avec l’appui de partenaires comme la MINUSCA. Mais ces formations ne débouchent pas nécessairement sur un emploi ou sur une activité génératrice de revenus.

 

Edgar Boukwessé résume cette difficulté : les jeunes disposent de compétences et de projets, mais manquent de financements et d’accompagnement pour les mettre en pratique.

 

Une question se pose alors : que vaut une formation lorsqu’elle ne permet ni de trouver un emploi ni de créer une activité ?

 

Le problème ne se limite pas au chômage. Il concerne également l’accès à l’éducation et à la formation.

 

La République centrafricaine ne dispose pas d’un système suffisamment développé pour absorber une jeunesse de plus en plus nombreuse. L’Université de Bangui, créée dans les années 1960, reste la principale université publique du pays. Ses capacités d’accueil demeurent limitées face aux besoins.

 

Dans plusieurs régions, les jeunes font aussi face au manque d’établissements scolaires, de centres de formation professionnelle, d’équipements et d’opportunités économiques.

 

Après les études, une autre difficulté apparaît : l’accès à l’emploi.

 

Pour un jeune diplômé centrafricain, obtenir un poste dans la fonction publique peut devenir un parcours marqué par les réseaux et les appartenances politiques. Le mérite et la qualification ne suffisent pas toujours. Le jeune qui cherche à intégrer l’administration peut être tenté de se rapprocher du pouvoir, de soutenir publiquement le régime ou de participer aux activités politiques afin d’augmenter ses chances d’être retenu.

 

Une jeunesse qui devrait construire son avenir se retrouve ainsi poussée vers la recherche de protection politique.

 

C’est là que la manipulation de la jeunesse prend toute son importance.

 

Depuis plusieurs années, les jeunes constituent une force politique facilement mobilisable. Ils peuvent être sollicités pour participer aux manifestations, défendre un camp politique, attaquer un adversaire ou applaudir les autorités. Leur énergie est utilisée dans les rapports de force politiques, alors que leurs préoccupations quotidiennes restent largement sans réponse.

 

La jeunesse devient ainsi un instrument politique au lieu d’être considérée comme une priorité nationale.

 

À cette précarité économique et sociale s’ajoutent désormais les problèmes liés à la consommation de substances dangereuses.

 

Wanawa, l’alcool qui gagne la jeunesse

 

La progression de certains alcools fortement dosés constitue l’un des aspects les plus préoccupants de cette situation. Le phénomène est particulièrement visible avec le Wanawa, une vodka produite en Centrafrique par une structure industrielle liée à Wagner et commercialisée dans de petits sachets à très bas prix. Cette production locale est documentée, tout comme celle d’Africa Ti L’Or, fabriquée dans la même zone industrielle située au PK26, à environ 26 kilomètres de Bangui.

 

Le Wanawa est vendu à environ 250 francs CFA le sachet et circule largement dans les quartiers et plusieurs localités du pays. Son prix le rend accessible à une population jeune qui dispose de faibles revenus. La consommation répétée de ces produits contribue à aggraver les problèmes liés à l’alcool dans un pays où la jeunesse manque déjà de perspectives.

 

Le paradoxe est particulièrement fort : pendant que les autorités combattent officiellement la circulation de certains produits alcoolisés frelatés, une industrie liée à Wagner fabrique elle-même des boissons alcoolisées fortement dosées destinées au marché centrafricain.

 

Le problème n’est donc plus seulement celui de l’alcoolisme. Il est aussi celui d’une jeunesse à laquelle les produits capables de l’abrutir deviennent plus accessibles que les formations, les emplois, les financements et les espaces d’épanouissement.

 

Le Tramadol, une autre dérive

 

Le Tramadol constitue une autre source de préoccupation. Ce médicament, destiné au traitement de certaines douleurs, fait l’objet d’un usage détourné dans plusieurs pays africains. En Centrafrique, son utilisation abusive par une partie de la jeunesse est devenue un problème de santé et de société.

 

La circulation de ce produit ne peut pas être considérée uniquement comme une question de maintien de l’ordre. Elle renvoie également aux conditions dans lesquelles une partie de la jeunesse évolue.

 

Lorsqu’un jeune n’a pas d’emploi, peu de perspectives professionnelles, un accès limité aux loisirs encadrés, des difficultés à poursuivre ses études et aucune possibilité réelle de financer un projet, les risques de voir se développer des comportements destructeurs augmentent.

 

La réponse ne peut donc pas être uniquement policière.

 

Elle doit aussi être éducative, économique et sociale.

 

Une jeunesse formée, mais sans débouchés

 

La jeunesse de la Mambéré, comme celle des autres régions du pays, demande surtout des possibilités concrètes. Les représentants de la jeunesse évoquent la nécessité de créer des mécanismes de financement permettant de développer des activités dans le commerce, l’entrepreneuriat, l’agriculture, l’élevage ou la couture.

 

Ces demandes ne sont pas nouvelles.

 

Elles sont formulées depuis des années.

 

Ce qui manque, c’est une politique publique cohérente capable de transformer ces demandes en programmes durables, avec des financements identifiables, des formations adaptées au marché du travail et un suivi réel des projets.

 

La question dépasse donc largement la célébration du 12 août.

 

Une cérémonie officielle, quelques discours et des slogans ne suffisent pas à changer la vie d’un jeune sans emploi, d’un diplômé sans débouché ou d’un apprenti qui ne dispose pas de moyens pour commencer son activité.

 

Peut-être faudrait-il alors changer la manière de penser cette journée en Centrafrique.

 

Au lieu de célébrer une jeunesse dont les difficultés restent entières, le 12 août pourrait devenir une véritable journée de réflexion sur la jeunesse centrafricaine. Une journée consacrée à l’éducation, à la formation professionnelle, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, à la santé, à la lutte contre les addictions et à la participation des jeunes à la vie publique.

 

Car la question essentielle n’est pas de savoir si la jeunesse centrafricaine mérite d’être célébrée.

 

Elle mérite évidemment de l’être.

 

La vraie question est de savoir quelle place la République centrafricaine lui donne réellement.

 

Une jeunesse sans formation suffisante, sans emploi, sans perspectives et facilement récupérée par les acteurs politiques ne peut pas construire durablement le pays.

 

Investir dans la jeunesse ne signifie donc pas seulement organiser une cérémonie chaque 12 août. Cela signifie construire des écoles, développer les universités, renforcer la formation professionnelle, financer les projets des jeunes, créer des emplois et permettre aux jeunes de participer à la vie publique sans devoir choisir un camp politique pour espérer réussir.

 

Le véritable bilan de la Journée internationale de la jeunesse devrait commencer par une question simple : qu’avons-nous concrètement fait pour les jeunes centrafricains depuis la dernière célébration ?

 

Et surtout, qu’allons-nous faire avant la prochaine ?

 

Par Gisèle MOLOMA

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