Cent mille francs pour une évacuation : l’hôpital de Tiringoulou est-il devenu une clinique privée ?
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Les témoignages se multiplient contre le médecin chef de Tiringoulou. Entre détournements de fonds et matériel médical privatisé, la population locale s’interroge sur les pratiques du docteur.
La sous-préfecture de Ouandjia abrite un établissement sanitaire dont le fonctionnement quotidien provoque désormais de lourdes interrogations parmi les résidents.
L’hôpital secondaire de Tiringoulou, structure censée apporter des soins de base à une population qui souffre, se retrouve au centre des discussions intenses dans la ville. En effet, depuis plus d’un an, les conversations des habitants ne tournent plus autour de la qualité des soins, mais plutôt autour de la rupture de confiance complète entre les usagers et la direction de l’établissement. Les informations recueillies auprès des habitants dépeignent une situation où l’accès à la santé semble s’être transformé en un parcours purement financier.
Au cœur de cette crise se trouve le médecin chef, Jean Eude Mokpeme, arrivé en poste il y a un peu plus de douze mois. Les résidents de la localité décrivent de manière concordante l’instauration d’une gestion unilatérale et commerciale. Le premier point de discorde concerne la gestion des produits pharmaceutiques.

D’après eux, l’UNICEF fournit régulièrement des stocks de médicaments destinés à être distribués gratuitement aux populations cibles, notamment les plus vulnérables. En parallèle, un système de recouvrement des coûts est en place pour assurer l’autonomie de la pharmacie de l’hôpital. Selon les habitants interrogés par la rédaction du CNC, le médecin chef a choisi d’ignorer ces règles en s’appropriant ces deux stocks de médicaments pour les revendre directement à son propre profit. Les bénéfices de ces ventes illicites serviraient, d’après les témoignages, à financer sa consommation personnelle d’alcool ainsi que d’autres dépenses privées.
Pour mener à bien ces opérations sans interférence, le médecin chef a neutralisé les structures de contrôle interne. Le Comité de Gestion, appelé COGES, est un organe communautaire obligatoire conçu pour surveiller la distribution des stocks et la transparence financière de la pharmacie. Le docteur Mokpeme refuse catégoriquement de reconnaître ce bureau et exclut toute forme de collaboration avec ses membres. Ce blocage institutionnel a eu des répercussions directes sur les ressources humaines de l’hôpital. Constatant l’absence de transparence et le refus du médecin chef de verser les indemnités et les primes dues aux infirmiers secouristes, l’ensemble du personnel soignant qualifié a pris la décision de quitter le site. Ces agents de santé se sont repliés dans les quartiers environnants, laissant les bâtiments de l’hôpital totalement vides de personnel soignant compétent.
L’absence du personnel coïncide également avec des absences répétées du médecin chef lui-même. Les habitants de la sous-préfecture ont constaté que des voyages mensuels sont organisés par le docteur, soit en direction de la capitale Bangui, soit vers Birao. Les résidents lient directement la fréquence de ces déplacements à l’état des finances de l’établissement, affirmant que le médecin quitte sa fonction dès qu’il constate une disponibilité d’argent liquide dans la caisse de l’hôpital.
Le traitement réservé au matériel roulant aggrave la situation d’urgence dans laquelle se trouvent les malades. L’ambulance de l’hôpital secondaire de Tiringoulou, un outil logistique indispensable pour évacuer les cas critiques vers le district sanitaire de référence, a été détournée de sa fonction publique. Le médecin chef utilise ce véhicule pour ses déplacements personnels et ses va-et-vient quotidiens. Plus grave encore, lorsqu’une famille demande l’évacuation urgente d’un malade dont le pronostic vital peut être engagé, le docteur exige le versement préalable d’une somme forfaitaire de cent mille francs CFA. Sans le paiement de cette somme, le véhicule reste immobile, bloquant le transfert des patients.
Sur le plan strictement médical et chirurgical, le bilan suscite l’incompréhension générale. Bien que l’établissement dispose d’un bloc, aucune intervention chirurgicale n’a été pratiquée par ce médecin depuis son installation il y a près de deux ans. Les accusations d’incompétence technique formulées par les usagers se doublent d’un refus de coopérer avec les infirmiers locaux qui possèdent pourtant une longue expérience du terrain. En l’espace de moins de deux ans, les trous financiers dans la caisse des médicaments se sont accumulés de façon précise, les résidents pointant trois détournements distincts portant sur des montants successifs de neuf cent mille francs, trois cent mille francs et quatre cent cinquante mille francs CFA.
Nous avons tenté d’appeler le docteur en personne pour obtenir sa version des faits, mais apparemment son réseau téléphonique ne passe pas. La population locale accuse massivement ce responsable, et la confusion demeure totale sur la réalité interne de ce centre de soins. Nous allons réitérer nos appels dans les prochains jours afin de recueillir d’autres témoignages et de faire toute la lumière sur cette affaire
Par Ibrahim Moussa
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