LE TAPIS DE LA HONTE : VOILÀ COMMENT LE DRAPEAU DE LA RCA EST FOULÉ AUX PIEDS À LA CATHÉDRALE DE BANGUI
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
À l’occasion du sacre épiscopal de ce 14 juin, les autorités de Bangui et le clergé catholique ont écrasé sous leurs semelles le drapeau de la Centrafrique.
Dans un pays normal, l’art de gouverner exige une hauteur morale et un sens aigu de la dignité qui semblent faire cruellement défaut au sommet de l’État centrafricain. Dans les nations respectueuses de leur histoire, le moindre symbole républicain est entouré d’une déférence quasi sacrée, car il incarne l’âme collective, le sang versé et l’unité d’un peuple.

À Bangui, la gestion des affaires publiques s’apparente plutôt à un exercice permanent de profanation de ces mêmes valeurs fondamentales.
Ce dimanche 14 juin 2026, les pourtours de la cathédrale de la capitale sont devenus le lieu d’une démonstration d’amateurisme qui dépasse le simple cadre d’une erreur protocolaire. Ce pouvoir de bras cassés, incapable de reconnaître ses fautes ou de revenir en arrière pour corriger le tir, s’enfonce dans une légèreté destructrice. Alors qu’une cérémonie religieuse solennelle aurait dû élever les esprits, elle a servi de décor à un outrage public que le sens commun peine à concevoir.

Le scandale réside dans la conception même de l’accueil officiel. Le protocole présidentiel, sous l’autorité directe du dictateur de Bangui Faustin-Archange Touadera, a fait confectionner un tapis d’honneur d’un genre particulier : un tissu rouge encadré par des bandes reprenant très exactement la disposition et les couleurs du drapeau centrafricain. Le bleu, le blanc, le vert, le jaune et la bande rouge verticale s’étalent ainsi à même le sol, transformés en simple moquette de passage. Cette initiative aberrante transforme l’emblème sacré de la patrie en une vulgaire carpette destinée à recevoir la poussière et les semelles des invités. Les promesses et les déclarations officielles s’effondrent d’elles-mêmes devant une telle réalité.

Il y a peu, lors de sa toute première intervention devant les professionnels des médias, le Premier ministre insistait lourdement sur l’obligation absolue de respecter le drapeau national. Des instructions exigeaient que chaque lundi matin, dans chaque ministère de la République, les ministres et l’ensemble de leurs collaborateurs se réunissent au pied du mât pour assister solennellement à la levée des couleurs. Un discours de rigueur et de patriotisme de façade qui ne résiste pas à la pratique quotidienne des sommets de l’État.
Ce dimanche, la contradiction est devenue totale. Le couple présidentiel, Faustin-Archange Touadéra au côté de son épouse, a ouvert la marche en marchant directement, de tout son poids, sur ces couleurs nationales. À leur suite, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale ont reproduit le même geste sans la moindre hésitation. Les membres du gouvernement et les hauts dignitaires ont emboîté le pas, piétinant allègrement ce que la Constitution protège comme le symbole de l’unité et de la souveraineté du peuple. Cette attitude de la part des plus hautes autorités de l’État s’apparente à une véritable haute trahison morale, une démonstration publique de désinvolture que rien ne peut justifier.
La gravité de l’événement a franchi un nouveau seuil avec l’attitude du clergé catholique. Pour cette messe de sacre, de nombreux prêtres et évêques ont fait le déplacement, venus des diocèses de l’intérieur du pays comme de l’étranger pour entourer Monseigneur Joseph Samedi.
En procession sur le parvis de la cathédrale en briques rouges, ces hommes de Dieu, vêtus de leurs ornements liturgiques blancs et dorés, tenant pour certains la crosse épiscopale, ont suivi le même cheminement. Au lieu de manifester un sursaut de conscience civique, au lieu de s’écarter de ce tapis sacrilège pour marcher sur le sol normal de la cour, les prêtres ont choisi de marcher directement sur les bordures tricolores. Voir des serviteurs de l’Église, censés incarner la rectitude morale et le respect des institutions, participer à ce piétinement collectif constitue une honte nationale. Les religieux ont emboîté le pas à la dictature, acceptant de fouler le drapeau de la République centrafricaine sous les yeux d’une population médusée et de délégations extérieures.
La scène se répète et s’aggrave à chaque grande cérémonie officielle sans qu’aucune voix au sein du pouvoir ne s’élève pour ordonner le retrait de cet accessoire indigne. Les discours patriotiques du lundi matin dans les cours des ministères apparaissent désormais pour ce qu’ils sont : des exercices de communication vides de sens, imposés au peuple tandis que l’élite dirigeante s’en affranchit publiquement. Les ecclésiastiques, par leur soumission au protocole du régime, se rendent complices d’une dégradation de l’image du pays, transformant une célébration religieuse solennelle en un spectacle de profanation des couleurs nationales par ceux-là mêmes qui ont la charge de les défendre et de les honorer
Par Alain Nzilo
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