Centrafrique : La grande chasse aux taxis-motos est ouverte à Ndélé
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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
L’étau se resserre désormais sur les transporteurs en taxi-moto de Bamingui-Bangoran. L’ultimatum financier fixé au 10 juin provoque la colère des propriétaires et paralyse la circulation des taxis-motos à Ndele.
Dans la ville de Ndele, chef-lieu de la préfecture de Bamingui-Bangoran, le quotidien des conducteurs de taxis-motos est devenu un exercice de survie permanent. La République centrafricaine ne produit pas de pétrole. Le carburant, importé des pays voisins, arrive dans la localité à des prix exorbitants. Malgré cette cherté, les conducteurs se battent chaque jour pour ravitailler leurs engins, assurer le transport des citoyens, acheminer les denrées alimentaires essentielles à la vie de la cité et garantir la recette quotidienne due aux propriétaires des motos. Ce secteur, devenu l’un des rares pourvoyeurs d’emplois pour une population abandonnée par les politiques publiques de l’emploi depuis des décennies, subit pourtant des assauts répétés.
Les forces armées centrafricennes, les gendarmes et les policiers occupent l’espace public. Régulièrement, ces agents sortent dans les rues, bloquent les voies de circulation et procèdent à des saisies massives de motos. L’objectif de ces opérations est clair, obtenir de l’argent. Les conducteurs n’ont d’autre choix que de payer des rançons directes pour obtenir la libération de leurs outils de travail. Ce racket routier permanent ampute les maigres revenus des travailleurs, mais il ne constitue que le premier volet d’une pression plus globale.
La situation a pris une tournure encore plus critique au sein de l’administration locale des impôts. Le directeur titulaire du service, Issa, est actuellement absent de la région, transféré à Bangui pour des raisons de santé graves. Son adjoint, un agent nommé Moundjouvoko, assure l’intérim à la tête du bureau de Bamingui-Bangorane. Dans la ville, la rumeur locale attribue cette absence prolongée à des pratiques de charlatanisme et d’envoûtement que l’adjoint aurait utilisées contre son supérieur afin de prendre sa place. Au-delà des croyances locales, la gestion concrète de cet intérimaire se traduit par des décisions financières aux conséquences immédiates.
Moundjouvoko cherche à prouver son efficacité et son zèle auprès du gouvernement central à Bangui, dans l’espoir d’obtenir une confirmation officielle à ce poste de directeur. Pour y parvenir, il a décidé d’augmenter unilatéralement la pression fiscale sur le secteur des taxis-motos. Historiquement, le bureau syndical des taxis-motos de Ndele versait une somme forfaitaire annuelle de 100 000 francs CFA aux caisses de l’État. Pour l’année 2026, l’intérimaire exige désormais un versement de 650 000 francs CFA. Cette exigence administrative multiplie la taxe par plus de six, sans aucune justification économique logique pour la région.
Les calculs financiers de la corporation rendent cette somme impossible à réunir. Un conducteur de taxi-moto à Ndele réalise un versement quotidien à son patron qui varie entre 2 000, 2 500 et 3 000 francs CFA selon les jours et la disponibilité du carburant. Le revenu mensuel global généré pour le propriétaire tourne autour de 115 000 francs CFA, montant duquel il faut déduire l’entretien mécanique, les pièces de rechange et le prix du carburant très cher. La marge bénéficiaire est minime. En exigeant 650 000 francs CFA au bureau des taxis-motos, l’administration demande des ressources inexistantes. Moundjouvoko a fixé un ultimatum et insiste pour descendre lui-même sur le terrain afin de collecter cette somme, la date butoir étant fixée au 10 juin 2026.
La réaction des investisseurs locaux est immédiate. Contre l’insécurité routière causée par les forces de l’ordre et contre cette nouvelle exigence fiscale démesurée, de nombreux propriétaires de motos ont décidé de retirer leurs engins de la circulation. Ils récupèrent leurs véhicules des mains des conducteurs. À leurs yeux, confier une moto à un conducteur est devenu une activité à perte et un risque trop grand. Les motos restent garées, les conducteurs se retrouvent au chômage du jour au lendemain, et l’activité économique globale de la localité se fige par manque de moyens de transport.
Cette paralysie de la ville touche de plein fouet la population civile. Le commerce ralentit, le des marchandises devient difficile et les prix des produits de première nécessité augmentent à cause de la rareté des livraisons. L’autorité intérimaire des impôts ne semble pas mesurer l’effet domino de sa décision, qui détruit le tissu social local. Les habitants de Ndele n’ont pas accès à l’emploi public. Depuis vingt ans, l’intégration dans la fonction publique ou dans l’armée reste conditionnée par l’alignement politique derrière le régime en place ou par le militantisme actif. Pour ceux qui n’ont pas accès à ces réseaux, il ne reste que la vente à la sauvette ou la conduite d’un taxi-moto.
En bloquant ce dernier secteur, les serviteurs de l’État favorisent le développement de la criminalité et des braquages. Les institutions qui devraient protéger les citoyens et encourager le développement local deviennent les principaux agents de l’asphyxie économique. À Bangui, le gouvernement central conserve le silence et ferme les yeux sur les agissements de ses fonctionnaires en province, laissant les agents de sécurité et les impôts appliquer des méthodes de prédation sur les populations les plus démunies.
La population locale assiste impuissante à ce blocage de son avenir, où chaque tentative de s’en sortir par le travail est brisée par l’administration locale. À l’approche de la date fatidique du 10 juin, les motos disparaissent peu à peu des artères de Ndele, laissant les rues désertes et les conducteurs sans ressources économiques.
Par Barthelemy Kossi
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