C’est une scène qui prêterait à sourire si l’avenir économique du pays n’était pas en jeu. Devant les caméras, le Premier ministre Félix Moloua s’est fendu d’une déclaration ridicule pour justifier la paralysie du Plan National de Développement (PND), ce programme censé guider notre essor économique. Pointant du doigt les « acteurs de la chaîne de gestion », les partenaires financiers et les coordonnateurs internationaux, il a tenté d’expliquer pourquoi ce plan stratégique fait du surplace. À l’écouter, il serait un simple observateur, un spectateur impuissant découvrant subitement les blocages d’une machine qu’il est pourtant censé piloter.
Mais à qui croit-il faire avaler cette couleuvre ?
Amnésie sélective au sommet de l’État
Pour comprendre l’indécence de cette sortie, il faut rafraîchir la mémoire du chef du gouvernement. L’argument du « spectateur » ne tient pas face aux faits. L’homme n’est pas un novice parachuté par hasard pour constater les dégâts. C’est un pur produit de cette administration : ancien haut fonctionnaire au sein même du ministère du Plan et de l’Économie, il y a fait ses armes. Mieux encore, avant d’être nommé Premier ministre, il a dirigé ce super-ministère de l’Économie et du Plan pendant plus de cinq ans.

Le PND, c’est son bébé. Pendant une demi-décennie, c’est lui, et personne d’autre, qui tenait le stylo, qui négociait les financements avec les bailleurs de fonds et qui mettait en place cette fameuse « chaîne de gestion » qu’il critique aujourd’hui. S’il y a des défaillances, des blocages ou de l’incompétence dans l’exécution de ce plan national, ce sont les fruits directs de sa propre gestion. Se plaindre aujourd’hui de l’inefficacité du système, c’est signer l’aveu de son propre échec professionnel et politique.
Le « blabla » comme méthode de gouvernance
En brandissant l’arrivée d’un « nouveau ministre du Plan » comme la solution miracle et la nouvelle « porte d’entrée » pour sauver le PND, le Premier ministre tente une manœuvre politique grossière : se trouver un fusible. C’est la politique du bouc émissaire. Après cinq ans de promesses non tenues et de stagnation économique, la rhétorique du pouvoir se résume toujours à la même chose : du verbiage, du vent, du « blabla » permanent pour masquer un vide abyssal en matière de résultats concrets pour la population.
Comment un chef de gouvernement, dont le rôle constitutionnel est d’impulser et de coordonner l’action publique, peut-il se délester de sa responsabilité avec autant de légèreté ? Si le Premier ministre n’a aucun contrôle sur l’exécution du plan le plus important du pays après tant d’années au pouvoir, une question légitime se pose : à quoi sert-il ?
Un duo responsable du naufrage
La vérité que cette déclaration tente de masquer est pourtant évidente : le premier et unique responsable de la faillite du PND, c’est lui.
Mais il ne faudrait pas s’arrêter au Premier ministre. Ce théâtre d’ombres ne se joue pas à guichets fermés. Il s’articule directement sous la direction du chef de l’État, Faustin-Archange Touadéra. Ce système à double tête, caractérisé par un contrôle absolu des institutions et une dérive autocratique, ne laisse aucune place à l’imprévu. Rien ne se fait, rien ne se finance, et rien ne se bloque sans l’aval ou la passivité complice du sommet de l’État.
Le Premier ministre et son président forment les deux faces d’une même pièce : celle d’un régime qui préfère blâmer les cadres intermédiaires et les partenaires internationaux plutôt que d’assumer son incapacité chronique à développer le pays.
En voulant rejeter la faute de l’échec du PND sur les autres, le Premier ministre n’a réussi qu’une chose : démontrer sa propre inutilité et confirmer ce que les citoyens savent déjà. Le poisson pourrit par la tête, et il est temps que ceux qui confisquent le pouvoir assument enfin les conséquences de leur naufrage économique.
Par Alain Nzilo
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