Gouvernement Moloua 3 : Quand le ridicule remplace l’efficacité républicaine
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Décidément, le ridicule ne tue plus au sommet de l’État centrafricain. Alors que les défis socio-économiques et sécuritaires exigent des réformes structurelles profondes, le Premier ministre Félix Moloua, fraîchement reconduit à son poste, a trouvé sa “deuxième mesure phare” : imposer la levée des couleurs hebdomadaire et s’assurer, telle une direction d’école primaire, que les ministres et fonctionnaires soient au bureau dès 7h ou 8h du matin.
Ce lundi premier juin dans la matinée, l’un de nos journalistes, travaillant pour la rédaction du CNC, de passage au kiosque de GEPIC, a pu constater de ses propres yeux le spectacle à la fois grotesque et humiliant qui s’est joué dans la concession commune qui abrite le ministère de l’Environnement et celui de l’Économie forestière. Situé en plein centre-ville, au milieu de deux institutions bancaires stratégiques où circule une foule continue, le site s’est transformé en véritable théâtre de rue sous les yeux ébahis du public.
Des ministres “rois” face à des fonctionnaires rabaissés
Les images partagées par les services de communication du gouvernement, et manifestement publiées sans la moindre réflexion parlent d’elles-mêmes. On y découvre le summum de l’indécence : le Professeur Silla Semballa et Gervais Mbata, engoncés dans leurs costumes, trônent majestueusement sur des fauteuils dorés de style “Louis XIV”, ostensiblement achetés pour la circonstance chez les commerçants libanais de la place et installés sur un tapis rouge de fortune en plein air.
Derrière eux, la réalité de l’administration centrafricaine saute aux yeux. Même les hauts cadres, à l’instar des deux directeurs de cabinet de ces ministères, sont contraints de rester plantés debout, soumis au même traitement que le reste du personnel. Quant aux techniciens et agents d’exécution, ils restent alignés sous le soleil, traités comme de simples écoliers de l’école Kina. Cette mise en scène, censée incarner la “discipline”, ne met en valeur que l’arrogance d’une élite qui s’offre un confort monarchique de pacotille là où le peuple subit la misère.
Un boycott silencieux : plus de 50 % d’absentéisme constaté
Si le pouvoir espérait démontrer une ferveur patriotique et une adhésion totale, c’est un échec cuisant. En analysant les rassemblements dans la cour, le constat de notre reporter est implacable : les rangs de la fonction publique sont particulièrement clairsemés. L’effectif visible témoigne d’une absence flagrante de plus de la moitié des agents des deux ministères.
Ce désamour visuel prouve que les fonctionnaires boudent massivement ces mesures infantilisantes. “On nous demande de venir chanter à 7 heures du matin alors que nous n’avons pas de quoi payer les transports, que nos bureaux manquent d’électricité et que nos outils de travail sont inexistants”, confie un agent sous couvert d’anonymat. Sur les clichés, on observe les agents des Eaux et Forêts alignés en uniforme, exécutant la sentence républicaine la bouche entrouverte, feignant le patriotisme pour s’éviter les sanctions d’un régime aux abois.
Le regard moqueur des passants et des clients des banques
En raison de l’emplacement de cette concession, idéalement nichée entre deux banques de la place, la scène n’a échappé à personne. Autour de ce cirque administratif, les badauds, les clients venus effectuer leurs opérations financières et les passants ne se sont pas privés de commenter la scène.
Pour de nombreux Centrafricains qui commençaient leur journée de débrouille, voir des pères de famille, des cadres émérites et des directeurs d’administration alignés en rang d’oignons suscite plus de pitié que de respect. « Ils n’ont donc rien à faire de leurs journées ? », s’interrogeait un client de la banque, amusé et dépité par le spectacle.
Sous le gouvernement Moloua, la compétence ne se mesure plus aux résultats économiques ou environnementaux, mais à la capacité de se lever tôt pour regarder un drapeau monter, tout en admirant deux ministres confortablement installés sur leurs trônes d’emprunt. Une véritable humiliation pour la République centrafricaine, qui mérite des gestionnaires, et non des directeurs d’école autoritaire.
Par Gisèle MOLOMA
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