EXCLUSIVITÉ : Le dernier grand Baromètre du gouvernement Moloua II
Rédigé le 26 avril 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Formé en janvier 2024, le gouvernement Moloua II tire sa révérence. Après l’investiture du dictateur Faustin Archange Touadéra le 30 mars dernier et les législatives du 25 avril, la chute du Premier ministre n’est plus qu’une question de jours. Corbeau News Centrafrique publie en exclusivité le dernier grand Baromètre de ce gouvernement de plus de 30 membres, classés en trois groupes: ceux qui ont mouillé le maillot pour faire bouger les choses, ceux qui ont occupé un fauteuil en faisant du bruit sans rien produire, et les nuls absolus, des ministres fantômes qui ont traversé deux ans au sein de ce gouvernement sans laisser la moindre trace utile dans la vie des Centrafricains.
Aujourd’hui, place aux dix qui ont au moins essayé. Voici le classement :
1er Monsieur Hervé Ndoba : Ministre chargé des Finances et du Budget.
Note CNC : 16 / 20
Mention : Bien
L’étiquette CNC : L’argentier de la rigueur sélective.
Hervé Ndoba est l’exception technique d’un gouvernement à la dérive. En véritable « Monsieur Propre », il a transformé les régies financières en machines de guerre, réussissant la prouesse de lever 166 milliards de FCFA sur les marchés en 2025 malgré les sanctions. Sa capacité à transformer un désert budgétaire en oasis pour les projets du Palais est une performance de haut vol.
Toutefois, sa rigueur est à double tranchant : s’il traque les détournements, il finance prioritairement les ambitions politiques de la Présidence. Le paradoxe Ndoba est là : l’argent abonde pour les besoins du régime, tandis que la santé et l’éducation crient famine. Un ministre efficace, mais dont le talent sert davantage la survie du système que le panier de la ménagère centrafricaine.
2eme Madame Sylvie BAIPO-TEMON : Ministre Affaires Étrangères, Francophonie et Centrafricains de l’Étranger
Note CNC : 14,75 / 20
Mention : Bien
L’étiquette CNC : La diplomate de l’isolement et de la justification.
Sylvie Baïpo-Temon est la figure de proue d’une diplomatie centrafricaine sous haute tension. Véritable « bouclier » du régime, elle déploie une énergie guerrière pour polir l’image de la RCA sur la scène internationale, de l’ONU aux sommets régionaux. C’est une ministre de combat qui passe son temps à réparer les pots cassés par un Palais dont elle ne maîtrise pas les décisions.
Cependant, son dynamisme se heurte aux murs d’une diplomatie parallèle dictée par l’influence russe. Régulièrement fauchée en plein vol par des décisions brutales de la Présidence, elle se retrouve condamnée à justifier l’injustifiable à l’extérieur. Son pouvoir réel reste limité : malgré un titre prestigieux, elle demeure une exécutante aux mains liées, prisonnière du « domaine réservé » de la Renaissance.
3eme Monsieur Gervais MBATA : ministre chargé des Eaux, Forêts, Chasse et Pêche
Note CNC : 14 ,25/ 20.
Mention : Bien.
L’étiquette CNC : Le magistrat de la forêt au pays de la tronçonneuse.
Surprise de ce baromètre, Gervais Mbata a imposé la force de la loi là où régnait celle du plus fort. En véritable magistrat de la forêt, il a verrouillé un secteur autrefois livré au pillage par des textes inattaquables votés à l’Assemblée nationale, alignant la RCA sur les objectifs de développement durable. Malgré le manque de moyens, il a réussi le redéploiement de ses troupes, faisant chuter les abattages clandestins. Très à l’écoute de ses agents, il n’hésite pas à agir immédiatement en cas de corruption signalée. Il prouve qu’avec une volonté politique réelle et une intégrité de juge, on peut protéger le patrimoine national contre les prédateurs.
Cependant, ce tableau brillant comporte des zones d’ombre que le Baromètre CNC ne peut ignorer. Si Mbata est le « magistrat de la forêt », ses actions oublient la protection des produits forestiers non ligneux (comme les chenilles, champignons, les koko), pourtant vitaux pour les revenus et la survie de la population.
Plus inquiétant encore, le volet « Eaux » de son ministère semble abandonné aux prédateurs. Les exploitations aurifères des entreprises chinoises et des mercenaires russes de Wagner dégradent totalement les rivières. Le mercure et les produits toxiques utilisés rendent la faune nautique disparates et toxiques, empoisonnant un patrimoine naturel irremplaçable. Pour maintenir sa note, le ministre devra prouver que son intégrité de juge s’applique aussi aux alliés du régime qui polluent nos eaux.
Son défi sera d’obtenir les ressources nécessaires pour moderniser ce retour de l’autorité de l’État.
4eme Monsieur Ruffin BENAM-BELTOUNGOU: ministre chargé des Mines et de la Géologie
Note CNC : 14 / 20
Mention : Bien
L’étiquette CNC : Le technicien face aux appétits des prédateurs.
Ruffin Benam-Beltoungou s’est imposé comme le « briseur d’embargo », l’homme qui a rendu au diamant centrafricain son éclat mondial en obtenant la levée des sanctions du Processus de Kimberley. En réintégrant les collecteurs dans le circuit officiel et en favorisant les permis pour les nationaux, il tente de sauver ce qui reste de la souveraineté économique du pays.
Cependant, sa marge de manœuvre est étouffée par l’influence de la Russie et du Rwanda. Tandis qu’il octroie aux Centrafricains des zones souvent peu productives, les gisements les plus riches restent sous contrôle russe et rwandais. Si le diamant revient dans la légalité, l’exploitation de l’or demeure une zone d’ombre totale qui échappe à son autorité. Son bilan est celui d’un ministre volontaire, mais impuissant face à la redistribution inégale des richesses du sous-sol. En plus, son grand problème c’est qu’il est dépassé par les exploitants chinois qui martyrisent les centrafricains, et font venir les camerounais travailler à la places de ses concitoyens. Alerté à plusieurs reprises de ces nouvelles sans la réaction de sa part, ce ministre devrait, en principe, occuper la première place, s’il combat réellement les caprices des exploitants chinois qui détruisent tout.
5eme Monsieur Marcel DJIMASSÉ : Ministre chargé de la Fonction Publique et de la Réforme administrative
Note CNC : 13,50 / 20
Mention : Bien.
L’étiquette CNC : Le réformiste silencieux et la force tranquille.
Marcel Djimassé est l’homme de la réforme perpétuelle, agissant avec une efficacité calme dans un secteur miné par les habitudes anciennes. Loin de l’agitation médiatique, il a réussi là où beaucoup ont échoué : rajeunir la fonction publique centrafricaine. En faisant appliquer avec fermeté les départs à la retraite, il a brisé la résistance de ceux qui refusaient de quitter leurs postes, libérant ainsi de l’espace pour une nouvelle génération de serviteurs de l’État, même si la haute hiérarchie s’obstine parfois à ramener certains profils dans des fonctions politiques de complaisance.
C’est un ministre d’une grande compétence qui maîtrise parfaitement ses dossiers. Sa force tranquille a été mise à rude épreuve par le clanisme des réseaux du pouvoir, qui tentent régulièrement de freiner son élan en essayant d’intégrer des proches munis de faux diplômes. Face à ces tentatives de sabotage, Monsieur Djimassé a surpris tout le monde par sa ténacité : au lieu de céder, il a mis en place des mécanismes de vérification si rigoureux qu’il a contraint les fraudeurs à révéler eux-mêmes la fausseté de leurs titres.
Cependant, pour le Baromètre CNC, le simple contrôle ponctuel des effectifs ne saurait constituer une réforme pérenne. Marcel Djimassé doit désormais transformer l’essai en faisant adopter une loi imposant une identification biométrique obligatoire pour chaque agent de l’État tous les deux ans, à la date de son anniversaire. Passer d’une gestion archaïque basée sur la seule volonté ministérielle à un cadre légal et technologique est la condition sine qua non pour pérenniser l’assainissement de la fonction publique.
6eme Madame Marthe KIRIMAT : Ministre chargé de la Promotion du Genre, de la Protection de la Femme, de la Famille et de l’Enfant
Note CNC : 13,25 / 20
Mention : Bien
L’étiquette CNC : La sentinelle de la dignité et la force tranquille du Genre.
Marthe Kirimat est la grande surprise de ce gouvernement. Grande dame posée et réfléchie, elle présente un profil académique solide, couronné par un doctorat qui assoit une compétence théorique incontestable. Son calme et son comportement exemplaire méritent d’être salués dans un paysage politique souvent agité par des femmes indignes. Elle a su démontrer une réelle capacité à mobiliser les partenaires techniques et financiers, tels qu’ONU Femmes ou l’UNICEF, au profit des femmes et des enfants de Centrafrique.
Sa vision pour la protection des droits n’est plus à démontrer, notamment après sa prise de position courageuse pour condamner les insultes proférées contre les femmes centrafricaines par Lionel Ngouandjika, fils d’un influent conseiller présidentiel. En exigeant le respect, elle a prouvé qu’elle plaçait l’éthique au-dessus des pressions politiques.
Cependant, au-delà des intentions inscrites au sommet de la hiérarchie des normes, la réalité du terrain reste complexe. Si la parité peine à produire des effets visibles, le problème est avant tout systémique : la scolarisation des filles et l’absence de débouchés économiques restent des freins majeurs que le ministère ne peut résoudre seul. Promouvoir l’accès aux diplômes sans une économie capable d’absorber ces compétences crée une attente sans perspective qui dépasse le cadre du genre.
Pour autant, le Baromètre CNC s’interroge sur ses leviers d’action réels. Un ministère du Genre ne doit pas seulement exécuter, il doit impulser. Le défi de Madame Kirimat sera désormais de s’attaquer de front aux mariages forcés et aux grossesses précoces par des descentes régulières sur le terrain, en synergie avec les organisations féminines locales. Pour cela, elle devra imposer une stratégie claire et obtenir un budget à la hauteur de ses ambitions, prouvant qu’elle peut transformer son influence intellectuelle en bouclier concret pour la famille centrafricaine.
7eme Monsieur Éric REKOSSE-KAMOT : ministre chargé de l’Équipement et Travaux Publics
Note CNC : 12 / 20
Mention : Assez-bien
L’étiquette CNC : Le ministre du saupoudrage et des chantiers éphémères.
Éric Rekosse-Kamot se distingue par une hyperactivité visible : ses engins sont partout dans les rues de Bangui pour colmater les nids-de-poule et réfectionner les avenues. Pour la population, il incarne un État qui « essaie » d’agir, ce qui lui permet de sauver les meubles face à l’inaction de ses collègues.
Cependant, ce dynamisme masque une carence technique alarmante. Faute d’ingénieurs rigoureux et de contrôles sérieux, ses routes ne résistent pas à deux pluies tropicales. Ce bricolage transforme les travaux publics en un éternel recommencement, créant des infrastructures à la durée de vie d’un « feu de paille ». Tandis qu’il s’épuise en colmatages médiatiques dans la capitale, l’arrière-pays reste totalement enclavé, victime d’une politique sélective.
8eme Madame Nicole NKOUE : ministre chargé de l’Urbanisme, de la Réforme foncière, de la Ville et de l’Habitat
Note CNC : 11 / 20
Mention : Passable
L’étiquette CNC : La captive intellectuelle face à son « Joe l’Indien »
Nicole Nkoué est la figure tragique de ce baromètre. Elle parvient à se hisser à la 8ème place (ex-aequo par le mérite technique) grâce à une réelle maîtrise de certains dossiers qu’elle traite parfois « en sous-main » avec des cadres, tentant de court-circuiter son propre cabinet. Mais ces éclats de compétence s’éteignent brutalement dès que résonne la voix de son Directeur de Cabinet.
L’impression dégagée est troublante : Madame Nicole Nkoué semble agir comme si son Directeur de cabinet lui avait jeté un sort de peur. Dès qu’elle entend sa voix, elle perd l’usage de la parole et sent son sang se glacer, à l’image de Tom Sawyer et Huck tremblant devant le redoutable Joe l’Indien. Son Dircab, fort d’une impunité clanique et de la terreur qu’il inspire à sa patronne, dépèce le domaine foncier de l’État à la tronçonneuse administrative. Ce pillage se double d’une braderie d’autres domaines nationaux que la Présidence monnaye sur le Sangocoin.
Pour le Baromètre CNC, Nicole Nkoué reste, malgré son savoir, la caution légale et pétrifiée d’un système qu’elle n’ose plus contester. Sa note sanctionne cette volonté brisée : elle est le témoin impuissant d’un naufrage foncier qu’elle valide par son silence et sa soumission.
9eme Monsieur Gautron DJONO AHABA : ministre des Transports et de l’Aviation Civile
Note CNC : 10,50 / 20
Mention : Passable
L’étiquette CNC : Le gestionnaire du vide et du chaos routier.
Gautron Djono Ahaba est l’exemple type de l’usure ministérielle absolue. Deux décennies comme ministre, Gautron Djono Ahaba semble avoir totalement démissionné moralement et oubliant son expertise intellectuelle au vestiaire de son ancien département. A la tête de ce ministère, il se contente plutôt de gérer, sans aucune réforme, l’héritage désastreux de son prédécesseur Arnaud Djoubaye-Abazène.
Ce laxisme administratif se paie dans le sang dehors : l’absence totale de signalisation et de réglementation transforme Bangui en jungle. Le ministère a perdu tout contrôle sur la délivrance des permis de conduire et des titres de transport, alimentant une explosion d’accidents mortels.
Pendant que ses directeurs généraux, les Libanais d’Almadina et les chefs des services décentralisés gèrent le département comme leurs propres boutiques, dans une logique de « Yawakilo » au marché Gobongo – qui voit tout, vend tout – et que l’ASECNA brade les marchés aéroportuaires à ses proches, Djono Ahaba administre le néant, laissant les routes centrafricaines devenir des zones de non-droit.
L’absence totale de vision et de réforme de sa part s’apparente à une véritable démission, transformant son administration en un simple sanctuaire pour le commerce privé.
10eme Monsieur Félix MOLOUA : Premier Ministre, Chef du Gouvernement.
Note CNC : 10/ 20
Mention : Passable
L’étiquette CNC : Le chef d’orchestre en perdition.
Félix Moloua incarne une Primature réduite à un simple bureau d’enregistrement. Surnommé ironiquement « Tapa n’a pas de problème », il dissimule une faillite intellectuelle et une perte d’autorité derrière un rire permanent et une validation systématique de tous les dossiers. Ce Premier ministre par défaut a renoncé à piloter le pays pour ne gérer que sa propre présence physique dans l’immeuble Pétroca. Sous sa direction, l’équipe gouvernementale ressemble à une armée sans général : chaque ministre agit en électron libre, conscient que le chef n’a plus l’autorité, ni peut-être l’énergie intellectuelle due à son âge, pour sanctionner les échecs.
Son leadership a touché le fond lors de sa confrontation avec son ministre de la Jeunesse, où il a dû quémander le soutien d’organisations extérieures pour sauver son poste. Fragilisé et incapable d’imposer un cap, Moloua gère la forme pendant que le pays s’enlise dans l’inertie et les crimes commis par les Wagner. Il n’est plus le garant de l’action publique, mais le spectateur d’un système où les influences étrangères occupent le terrain laissé vacant par sa démission de fait.
Voilà donc les dix ministres qui, dans un gouvernement de 32 membres, ont au moins tenté de servir le pays. Certains avec talent, d’autres avec les moyens du bord, mais tous ont laissé une empreinte mesurable. Ce premier groupe referme le chapitre des meilleurs éléments du gouvernement Moloua II.
Les dix suivants seront publiés dans les prochaines heures. Et ils auront beaucoup moins de quoi se vanter.
Dorénavant, et tous les trois mois, Corbeau News Centrafrique reviendra avec un nouveau Baromètre pour évaluer le prochain gouvernement de la septième République — ce régime des bras cassés, des menteurs et des propagandistes qui s’apprêtent à changer de costume sans changer de méthode.
Par Gisèle MOLOMA
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