De la France à la Russie : Ziguélé explique le double virage à 180° de Faustin-Archange Touadéra

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De la France à la Russie : Ziguélé explique le double virage à 180° de Faustin-Archange Touadéra

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Poutine et Touadera à Moscou, le 15 janvier 2025

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Dans l’émission Beuf Politique en Visio sur JMTV+, Martin Ziguélé, ancien Premier ministre centrafricain, a analysé les changements successifs dans la politique étrangère du président Faustin-Archange Touadéra.

 

Au début de son mandat, Touadéra avait orienté le pays vers un renforcement des relations avec la Russie. Cet ajustement s’est traduit par l’arrivée du groupe Wagner après un accord de défense signé avec Moscou. Ziguélé, qui avait voté cet accord en tant que député, a souligné que l’intention initiale portait sur une coopération d’État à État avec des conseillers militaires russes. À la place, le pays a accueilli des mercenaires privés du groupe Wagner, une structure décrite comme commerciale, économique et d’influence.

 

Ziguélé a expliqué que les Russes ont saisi l’occasion d’un pays en difficulté après la période de crise et le départ de la force française Sangaris. Après avoir repoussé l’offensive de la coalition des Patriotes pour le changement en décembre 2020, Wagner a étendu son rôle bien au-delà du domaine militaire. Selon lui, le groupe a influencé plusieurs décisions importantes, dont la réforme constitutionnelle et l’organisation des élections.

 

Aujourd’hui, le président Touadéra opère un nouveau changement. Après plusieurs années de rapprochement marqué avec la Russie, il a effectué une visite à Paris en avril 2024 pour rencontrer Emmanuel Macron. Ce geste marque un réchauffement des relations avec la France et un retour progressif vers les institutions financières internationales comme le FMI et la Banque mondiale.

 

Pour Martin Ziguélé, ce double mouvement s’explique par la nécessité de trouver des ressources pour le développement du pays. La Centrafrique, classée parmi les nations les plus pauvres au monde selon l’indice de développement humain des Nations unies, a besoin d’argent pour financer les routes, les écoles, les centres de santé et les infrastructures. Or, cet argent passe en grande partie par le système financier international, dans lequel la France occupe une place importante au sein des instances de décision.

 

Ziguélé considère que cette évolution reflète une prise de conscience : la sécurité seule ne suffit pas. Il faut aussi assurer le pain quotidien, l’éducation et la santé. Il a rappelé que la maturité d’une politique étrangère se mesure à la diversité des relations et à la recherche permanente de l’équilibre au service des intérêts nationaux. Un pays ne doit pas s’aligner sur un seul bloc, mais défendre d’abord ses propres besoins.

 

L’ancien Premier ministre a ajouté que l’expérience montre parfois plus clairement la voie que les conseils. Le régime a constaté par lui-même les limites d’une orientation trop exclusive et les avantages d’un retour vers des partenaires traditionnels capables d’apporter un soutien financier concret.

 

Ziguélé, qui termine actuellement son deuxième mandat de député et se prépare à se consacrer pleinement à son parti, le MLPC, a insisté sur le fait que la Centrafrique doit construire une souveraineté réelle. Cela passe par une armée nationale solide, une économie capable de nourrir sa population et des moyens financiers indépendants. Pour l’instant, le pays reste encore loin de ces objectifs.

 

Cette analyse intervient alors que l’investiture présidentielle doit se tenir le 30 mars au stade Barthélemy Boganda, dans un contexte où la présence de Wagner ou de ses successeurs reste discutée, même si elle apparaît moins visible dans les rues de Bangui.

 

Martin Ziguélé conclut que les choix de politique étrangère doivent toujours prioriser les besoins concrets du pays et de ses citoyens plutôt que des alliances de circonstance.

 

Par Gisèle MOLOMA

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