
Rédigé le 07 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le porte-parole d’Anicet-Georges Dologuélé tire à boulets rouges sur l’Autorité nationale des élections. Yves Sangami détaille, preuves à l’appui, comment les responsables des bureaux de vote ont privé les candidats de leur droit de vérifier les résultats.
L’équipe de campagne avait pourtant tendu la main. Yves Sangami raconte que les partisans de Dologuélé ont multiplié les rencontres avec la direction de l’ANE avant le scrutin. Ils ont écrit, ils ont été reçus par le président de l’institution en personne, accompagné de Zitongue. L’objectif était simple : aider à corriger les dysfonctionnements avant qu’il ne soit trop tard. Le pays organisait quatre scrutins en même temps pour la première fois. Chacun devait contribuer à la réussite de l’opération. Mais leurs alertes sont restées lettre morte.
Premier accroc majeur : les listes définitives des électeurs.
La loi impose à l’ANE de les afficher publiquement. Cela n’a jamais été fait nulle part dans le pays. L’institution s’est contentée de dire que ces listes étaient disponibles sur internet. Or, à peine sept pour cent des Centrafricains ont accès à la toile. Comment un citoyen peut-il vérifier son inscription s’il ne peut pas consulter la liste ? L’ANE a ensuite prétendu que les listes étaient disponibles dans ses bureaux locaux. À Bozoum, cela signifiait qu’un villageois devait parcourir 80 kilomètres à pied pour vérifier son nom. La loi exige un affichage par centre de vote, pas un stockage dans des bureaux administratifs lointains. Le jour du scrutin, de nombreuses personnes se sont présentées et n’ont pas trouvé leur nom. Elles ont été privées de vote.
Mais le scandale principal concerne les procès-verbaux de dépouillement. La loi est claire et ne laisse aucune place à l’interprétation : chaque représentant de candidat doit recevoir un exemplaire du procès-verbal immédiatement après le dépouillement. C’est obligatoire, automatique. Dans neuf bureaux de vote sur dix à travers le pays, cela n’a pas été respecté. Les présidents des bureaux ont gardé tous les exemplaires. Sans ce document, impossible de vérifier quoi que ce soit. Pas de contrôle démocratique. Les candidats ont été dépouillés de leur seul moyen de contester d’éventuelles irrégularités.
D’autres violations parsèment le dossier. Les forces de défense et de sécurité se sont installées à l’intérieur des centres de vote alors que la loi les cantonne à l’extérieur.
La proclamation des résultats devait suivre un ordre géographique strict, circonscription par circonscription, centre par centre, bureau par bureau. L’ANE a publié les chiffres dans un désordre complet. Un village de la Sangha-Mbaéré, puis un autre dans une préfecture à l’autre bout du pays.
Dans le quatrième arrondissement de Bangui, Yves Sangami a assisté à une scène qui défie l’entendement. Le président local de l’ANE à Gobongo a fait signer des procès-verbaux vierges aux mandataires des candidats. Dès leur arrivée pour le dépouillement, avant même que les enveloppes ne soient ouvertes, on leur demandait leur signature. Prétexte invoqué : matérialiser leur présence. Ensuite, le responsable conservait ces feuilles signées. Sangami a pris des photos, les a publiées sur internet. Il a appelé le commissaire électoral, maître Soleil, ainsi que le président de la commission des opérations électorales. Il leur a passé le responsable au téléphone. Ordre lui a été donné de remettre les documents. L’homme a dit oui, puis n’a rien fait. Quand le commissaire a proposé de se déplacer sur place, le responsable a fui avec son équipe.
Ces pratiques se sont répétées partout dans le pays. La preuve ? Le président de l’ANE lui-même a publié un communiqué le 29 décembre, 24 heures après le scrutin. Il demandait aux présidents des bureaux de vote de remettre les procès-verbaux aux mandataires. Mais comment retrouver ces responsables le lendemain ? Le mal était fait. Si les cas avaient été isolés, un simple coup de fil aurait suffi. Un communiqué national, c’est un aveu. L’institution reconnaît que le problème touche l’ensemble du territoire.
Yves Sangami a martelé son incompréhension face aux déclarations du rapporteur général de l’ANE.
Quand on dirige du personnel, on le forme correctement, on le déploie, on contrôle son travail sur le terrain. Les présidents des bureaux ont tous refusé de remettre les procès-verbaux. Ce n’est pas un accident, c’est une consigne. L’administration électorale a confisqué le seul outil permettant aux candidats de vérifier l’honnêteté du scrutin. L’ANE avait promis d’organiser les élections cinq ou six fois avant de trouver une date. Le code électoral a dû être modifié à plusieurs reprises pour s’adapter à son incapacité à respecter les délais.
Le porte-parole de l’URCA estime que l’institution a raté une occasion historique. Elle se félicite d’avoir conduit des élections réussies alors que la liste des manquements s’étire sur des pages entières. L’ANE n’a jamais voulu écouter les partenaires qui lui tendaient la main. Elle a préféré avancer seule, en violation de ses propres règles.
Par Anselme Mbata
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