Vers une nouvelle crise en Centrafrique : Touadéra ouvre la guerre des origines des centrafricains  

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Vers une nouvelle crise en Centrafrique : Touadéra ouvre la guerre des origines des centrafricains  

Vers une nouvelle crise en Centrafrique : Touadéra ouvre la guerre des origines des centrafricains  
Le Président Baba Kongoboro fait la prière pour ses moments difficiles

 

Rédigé le 10 janvier 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Alors que la Centrafrique peine encore à refermer les blessures de ses nombreuses crises interethniques et interreligieuses, Faustin-Archange Touadéra vient d’ouvrir un nouveau front de division : celui des origines. En inscrivant dans sa constitution une distinction entre “Centrafricains d’origine” et autres citoyens, Touadéra ravive les démons identitaires et porte un coup supplémentaire à une unité nationale déjà vacillante.

 

Derrière cette dérive se profile le risque d’une nouvelle crise, plus insidieuse encore : celle de l’appartenance et de la citoyenneté. Des appels à la dénonciation de compatriotes binationaux se multiplient. Un citoyen, soi-disant Watene Guy Roger, a saisi le Conseil constitutionnel avec une liste de compatriotes binationaux. D’autres, proches du pouvoir, comme le ministre Fidèle Gouandjika, exigent que le sort réservé à Anicet Dologuélé soit étendu à tous les autres binationaux.

 

En marge, la chasse aux “intrus” s’accentue également, visant notamment l’exclusion de mercenaires étrangers des institutions du pays.

 

En effet, la Constitution du 30 août 2023 promulguée par Touadéra contient des dispositions qui créent une hiérarchie entre les citoyens. L’article 10 stipule que “la nationalité centrafricaine est une et exclusive”. L’article 183 réserve aux seuls “Centrafricains d’origine” le droit de se présenter aux élections présidentielles, législatives et municipales.

 

Cette distinction entre “Centrafricains d’origine” et les autres crée une catégorie de citoyens de seconde zone. Ceux qui ont acquis la nationalité centrafricaine par naturalisation. Ceux qui ont eu la double nationalité à un moment de leur vie. Ceux dont les parents ou grands-parents sont nés à l’étranger.

 

Tous ces gens sont désormais suspects. Ils doivent prouver qu’ils sont de “vrais” Centrafricains. Et s’ils ne peuvent pas le prouver, ils perdent leurs droits politiques. Ils ne peuvent plus se présenter aux élections. Ils deviennent des citoyens diminués.

 

Cette logique est dangereuse. Elle ouvre la porte à toutes les manipulations. À toutes les dénonciations. À toutes les vengeances politiques.

 

Depuis que le Président Faustin-Archange Touadera à travers ses bras droits a tenté d’invalider la candidature d’Anicet-Georges Dologuélé au motif qu’il aurait perdu sa nationalité centrafricaine en acquérant la nationalité française, une chasse aux binationaux s’est ouverte.

 

Des listes circulent. Des noms sont cités. Des gens dénoncent leurs voisins, leurs collègues, leurs adversaires politiques en affirmant qu’ils ont la double nationalité et qu’ils doivent être exclus de la vie politique.

 

Watene Guy Roger, un citoyen, a saisi le Conseil constitutionnel avec une liste de compatriotes qu’il accuse d’avoir la double nationalité. Il demande que leurs candidatures soient invalidées ou que leurs fonctions publiques soient annulées.

 

Le ministre Fidèle Gouandjika, proche de Touadéra, est né d’une mère congolaise de la RDC. Il a acquis la nationalité roumaine. Ceci dit, lui aussi il perd sa nationalité centrafricaine. Donc ce que ce compatriote a dit est claire. Il faut donc que le sort réservé à Dologuélé soit étendu à tous les autres binationaux. Autrement dit : si Dologuélé a été disqualifié, alors tous ceux qui ont eu ou qui ont la double nationalité doivent également être disqualifiés et démis de leur fonction.

 

Cette logique est absurde et dangereuse. Beaucoup de Centrafricains ont eu la double nationalité à un moment de leur vie. Beaucoup ont vécu à l’étranger. Beaucoup ont des parents ou des grands-parents nés à l’étranger. Est-ce que tous ces gens doivent être exclus de la vie politique ?

 

En parallèle, une autre chasse est lancée : celle contre les mercenaires étrangers qui occupent des fonctions dans les institutions centrafricaines.

 

Hassan Bouba, ancien chef rebelle de l’UPC, également agent de renseignement tchadien, a été nommé dans plusieurs commissions et structures du régime Touadéra. Il apparaît même dans la liste des membres de la direction de campagne du candidat Touadéra pour la présidentielle.

 

Comment un mercenaire étranger, un agent de renseignement d’un pays voisin, peut-il occuper des fonctions officielles dans les institutions centrafricaines ? Comment peut-il participer à une campagne électorale ?

 

D’autres mercenaires étrangers occupent également des postes dans l’armée, dans l’administration, dans les structures du parti au pouvoir. Certains sont rwandais. D’autres sont tchadiens. D’autres sont soudanais.

 

Mais curieusement, la chasse aux “intrus” ne vise pas ces gens-là. Elle vise les opposants politiques. Les gens comme Dologuélé qui ont osé défier Touadéra. Les gens qui ont la double nationalité mais qui ne sont pas du côté du pouvoir.

 

En créant la catégorie des “Centrafricains d’origine”, Touadéra peut disqualifier n’importe quel opposant en prétendant qu’il n’est pas un “vrai” Centrafricain. Il suffit de trouver un ancêtre étranger. Ou de prouver qu’il a eu la double nationalité à un moment. Ou de montrer qu’il a vécu longtemps à l’étranger.

 

Cette logique permet d’écarter les adversaires politiques sans avoir à affronter leurs idées. Au lieu de débattre sur les programmes, sur les visions pour le pays, on débat sur les origines. Sur qui est un “vrai” Centrafricain et qui ne l’est pas.

 

C’est une stratégie dangereuse qui peut mener le pays vers une nouvelle crise. Une crise identitaire. Une crise de l’appartenance. Une crise qui divisera les Centrafricains entre “vrais” et “faux”, entre “d’origine” et “de pacotille”.

 

L’histoire a montré que ce genre de discours sur les origines et l’appartenance peut très rapidement dégénérer en violence. En Côte d’Ivoire, le concept d’“ivoirité” a mené à une guerre civile. Au Rwanda, la distinction entre Hutus et Tutsis a mené au génocide.

 

En Centrafrique, on a déjà connu des violences interethniques et interreligieuses. Est-ce qu’on veut maintenant ajouter des violences basées sur les origines et la nationalité ?

 

Quand on commence à dresser des listes de “binationaux” à exclure, quand on appelle à dénoncer ceux qui ont des ancêtres étrangers, quand on crée des catégories de citoyens de première et de seconde zone, on ouvre la boîte de Pandore.

 

Demain, ce seront les voisins qui se dénonceront mutuellement. Les collègues qui se soupçonneront. Les familles qui se diviseront sur la question de savoir qui est un “vrai” Centrafricain et qui ne l’est pas.

 

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