Le grand pillage : Comment la RCA est dépouillée de ses richesses sous le regard complice de ses dirigeants, analyse Elie Ouéifio

Chronique d’un pays qui meurt sur des montagnes d’or…
Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Un gramme d’or extrait, dix centimes pour l’État, mille francs pour les trafiquants.” Cette équation révoltante, rapportée par Élie OUEIFIO dans son ouvrage *La RCA doit-elle toujours dépendre des autres ?* (août 2024), résume le drame d’un pays qui regarde impuissant ses richesses disparaître dans des réseaux mafieux internationaux. Diamants, or, bois précieux, uranium – la liste des trésors centrafricains est aussi longue que celle des prédateurs qui se les approprient.
La République centrafricaine (RCA) est un pays béni par la nature, un territoire dont le sous-sol regorge d’une abondance presque irréelle de ressources. Pourtant, cette richesse ne se traduit pas par une prospérité pour ses habitants. Au contraire, elle semble être une malédiction qui attire des convoitises étrangères et nationale, organisé dans un système de pillage savamment organisé. Le constat est accablant : alors que le pays pourrait être un géant économique sur le continent africain, il végète dans une pauvreté abyssale, ses citoyens abandonnés à leur sort pendant que des fortunes colossales s’évanouissent dans les poches de réseaux criminels.
Le potentiel de la RCA est vertigineux. Les réserves diamantifères du pays comptent parmi les plus importantes d’Afrique, avec des gisements qui, s’ils étaient correctement exploités, pourraient transformer l’économie nationale. L’or, présent en quantités impressionnantes, dort encore dans des gisements inexploités, attendant une gestion rationnelle qui ne vient jamais. Les forêts tropicales, d’une valeur inestimable grâce à leurs bois précieux, s’étendent sur des milliers d’hectares, offrant une ressource renouvelable si elle était protégée. À cela s’ajoutent l’uranium de haute qualité, le coltan – un minerai stratégique dans l’industrie électronique mondiale – et une biodiversité exceptionnelle qui pourrait faire de la RCA un modèle de développement durable. “Notre sous-sol contient presque tout le tableau périodique des éléments”, ironise un géologue cité par OUEIFIO, avant d’ajouter avec amertume : “Nous sommes assis sur une fortune qui enrichit tout le monde sauf nous.” Cette phrase résonne comme un cri de désespoir face à une réalité brutale.
Mais comment un pays aussi riche peut-il être aussi pauvre ? La réponse réside dans une mécanique de prédation implacable. Les trafiquants internationaux, souvent protégés par des complicités du régime, opèrent avec une efficacité redoutable. Des réseaux mafieux transfrontaliers s’étendent bien au-delà des frontières centrafricaines, reliant des intermédiaires véreux à des sociétés-écrans aux ramifications multiples. Ces organisations bénéficient de protections au plus haut niveau de l’État, où des fonctionnaires et des responsables politiques ferment les yeux en échange de pots-de-vin substantiels. OUEIFIO rapporte une anecdote édifiante : dans certaines zones minières, un sous-préfet lui a confessé recevoir chaque mois des trafiquants une somme dépassant largement son salaire annuel officiel. Cette corruption institutionnalisée est le ciment d’un système qui prive la RCA de ses propres ressources.
Le pillage ne se limite pas à des pratiques illégales ; il s’inscrit aussi dans une forme de vol légalisé à travers des contrats miniers désavantageux. Ces accords, souvent signés dans l’opacité, accordent des privilèges exorbitants à des entreprises étrangères tout en laissant des miettes à l’État centrafricain. La sous-évaluation systématique des exportations est une autre technique bien connue : les volumes déclarés sont minimisés, permettant aux exploitants de détourner des quantités massives de minerais sans payer les taxes correspondantes. La fraude documentaire, quant à elle, complète ce tableau en falsifiant les registres pour masquer l’ampleur réelle des exportations. Dans certains cas, des activités illégales se déroulent sous couvert de permis légaux, brouillant encore davantage les pistes.
Le secteur du diamant explique tragiquement cet effondrement. Autrefois fleuron de l’économie centrafricaine, il est aujourd’hui en ruine. En 1965, la RCA se classait au cinquième rang mondial des producteurs de diamants, un statut qui témoignait de son potentiel exceptionnel. Mais aujourd’hui, comme le souligne un ancien directeur des mines cité par OUEIFIO, environ 80 % de la production échappe aux circuits officiels pour nourrir un marché parallèle florissant. Les artisans miniers, qui travaillent dans des conditions inhumaines, sont exploités sans merci par des intermédiaires qui revendent leurs trouvailles à des prix dérisoires. Dans les zones diamantifères, la militarisation croissante ajoute une couche de violence à cette exploitation, transformant des régions entières en zones de non-droit où règnent la peur et l’insécurité.
Derrière les chiffres se cache un coût humain insupportable. Dans les mines, le travail des enfants est une réalité quotidienne, avec des milliers de jeunes exposés à des dangers mortels pour un salaire de misère. Les creuseurs, souvent des adultes démunis, s’épuisent dans des conditions inhumaines, risquant leur vie dans des galeries instables où les accidents sont fréquents. Les maladies professionnelles, comme les affections respiratoires dues à la poussière ou les intoxications liées aux produits chimiques, sont ignorées par un système de santé défaillant. Ces drames humains sont la face cachée d’une exploitation qui ne profite qu’à une poignée d’individus.
Le massacre écologique est tout aussi alarmant. Les forêts tropicales, qui devraient être un patrimoine préservé pour les générations futures, sont dévastées par des coupes illégales systématiques. Les quotas, lorsqu’ils existent, sont rarement respectés, et le reboisement reste une chimère dans un pays où les priorités semblent ailleurs. Cette destruction massive entraîne des conséquences environnementales désastreuses : le climat local se dérègle, les espèces endémiques disparaissent à un rythme effréné, les sols s’érodent sous l’effet des pluies, et les cours d’eau s’assèchent, privant les communautés de ressources vitales. Ce désastre écologique est un prix que la RCA paie pour une exploitation sans scrupule.
L’or, souvent qualifié de nouvelle malédiction, n’échappe pas à cette spirale destructrice. La ruée vers ce métal précieux a transformé des régions entières en zones de chaos. Les sites d’orpaillage artisanal prolifèrent dans une anarchie totale, attirant des milliers de personnes en quête d’un hypothétique eldorado. Mais cette ruée s’accompagne d’une pollution massive au mercure, un produit chimique utilisé pour extraire l’or et qui contamine les rivières, les sols et les nappes phréatiques. Les conséquences sanitaires sont dramatiques : les populations vivant à proximité de ces sites souffrent d’empoisonnements chroniques, de maladies graves et même de malformations congénitales chez les nouveau-nés. La violence endémique et les trafics tous azimuts complètent ce tableau sombre, faisant de l’or un symbole de désespoir plutôt que de richesse.
Les acteurs internationaux jouent un rôle trouble dans cette tragédie. Des entreprises étrangères, aux pratiques souvent douteuses, s’associent à des investisseurs peu scrupuleux pour exploiter les ressources centrafricaines sans égard pour les lois ou les populations locales. Des intermédiaires véreux facilitent ces opérations, tandis que des réseaux mafieux internationaux organisent le transfert des richesses hors du pays. Mais cette prédation ne serait pas possible sans une complicité locale bien ancrée. Des fonctionnaires corrompus, des autorités complaisantes et des forces de sécurité impliquées forment un écosystème où l’intérêt personnel prime sur le bien commun. Les élites politiques, elles-mêmes compromises, ferment les yeux ou participent activement à ce système, sacrifiant l’avenir de leur nation sur l’autel de l’enrichissement personnel.
Face à cette machine infernale, les mécanismes de contrôle sont dramatiquement défaillants. Les services des mines, sous-équipés et mal formés, sont incapables de superviser efficacement les activités extractives. Les contrôles, lorsqu’ils ont lieu, sont rares et facilement contournés par des pots-de-vin. Les statistiques officielles, souvent falsifiées, ne reflètent en rien la réalité de l’exploitation. Cette faillite institutionnelle est aggravée par un cadre légal obsolète, une corruption endémique et une absence criante de volonté politique. Avec des moyens dérisoires, l’État centrafricain est tout simplement dépassé par l’ampleur du problème.
Pourtant, des solutions existent, et Élie OUEIFIO les détaille avec précision dans son ouvrage. Parmi les réformes urgentes, il propose un moratoire sur l’octroi de nouvelles licences minières afin de reprendre le contrôle d’un secteur livré à lui-même. Un audit international des contrats existants permettrait de faire la lumière sur les accords léonins et de renégocier ceux qui désavantagent le pays. Le renforcement des contrôles, avec des agents mieux formés et équipés, est une étape indispensable pour limiter les fuites. À plus long terme, une nouvelle politique minière, axée sur la transformation locale des ressources et la participation des communautés, pourrait redonner à la RCA la maîtrise de son destin. La transparence totale dans la gestion des revenus est également cruciale pour que les richesses profitent enfin à la population.
La dimension sociale ne doit pas être oubliée. Protéger les populations passe par un encadrement strict de l’artisanat minier, avec des conditions de travail sécurisées et des programmes de santé pour les travailleurs. Le développement local, lui, exige une redistribution équitable des revenus, la construction d’infrastructures et la création d’alternatives économiques pour sortir les communautés de la dépendance aux mines. Ces mesures, bien que ambitieuses, sont à la portée d’un pays décidé à changer de cap.
Reprendre le contrôle des ressources naturelles de la RCA est une nécessité vitale. Cela demande une volonté politique forte, capable de s’attaquer aux réseaux de corruption et de privilégier l’intérêt national sur les gains personnels. Une réforme profonde du secteur minier, combinée à une lutte implacable contre les trafics et à une gestion transparente, pourrait transformer les richesses du pays en moteur de développement. Comme le conclut OUEIFIO avec une lucidité poignante : “Nos richesses naturelles doivent devenir une bénédiction pour notre peuple, pas une malédiction qui l’enfonce dans la misère. C’est possible, mais cela demande un courage politique que nous n’avons pas encore vu.” Le défi est immense, mais l’espoir, bien que ténu, reste permis si la RCA trouve en son sein la force de briser les chaînes de ce grand pillage.
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