Jean-Pierre Marat : « Nos constitutions copiées ne parlent pas de notre société »

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Jean-Pierre Marat : « Nos constitutions copiées ne parlent pas de notre société »

Jean-Pierre Marat : « Nos constitutions copiées ne parlent pas de notre société »
L’ancien député Jean-Pierre Mara de Mala

 

Rédigé le 10 janvier 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Le 7 novembre 2025, invité de l’émission « Banco Ndotibico à Ocou », l’ancien député de Mala, Jean-Pierre Marat, a ciblé un point central de la crise culturelle centrafricaine : la manière dont les institutions et les lois ont été conçues. Selon lui, la République centrafricaine s’est dotée de constitutions et de textes juridiques largement copiés sur des modèles européens, sans lien organique avec la vie réelle des Centrafricains.

 

Pour Marat, cette imitation méthodique a des conséquences directes. Les constitutions successives ont été élaborées dans une logique de conformité internationale, avec des structures calquées sur celles d’autres États, mais sans partir des réalités sociales, économiques et culturelles du pays. Les notions d’organisation territoriale, de pouvoirs publics, de droits et devoirs sont souvent au-dessus de la tête de la majorité de la population, parce qu’elles ne décrivent pas son quotidien.

 

L’ancien député Jean-Pierre Mara rappelle que la construction de l’État centrafricain, déjà fragilisée par l’abandon du projet fédéral de Boganda, n’a jamais été pensée comme une construction culturelle. L’appareil politique s’est construit en empruntant le vocabulaire et les mécanismes juridiques d’ailleurs. Les élites ont adopté des textes qui fonctionnent dans des sociétés dotées d’une longue tradition institutionnelle écrite, mais sans faire l’effort de les adapter aux réalités d’un pays composé de Gbaya, Banda, Taley, Kaba, Yakoma, Manja, peuples de la forêt et communautés pygmées.

 

Dans cette configuration, les lois ne prennent pas en compte les rythmes de vie, les formes de solidarité, les modes d’organisation villageoise, ni les systèmes coutumiers qui structurent encore de larges pans du territoire. Les chefs de village, les chefs de quartier, les autorités traditionnelles, au cœur de la régulation locale, n’entrent pas dans le champ constitutionnel de manière claire. Ils ne sont ni reconnus ni protégés comme des acteurs centraux de la cohésion sociale.

 

Jean-Pierre Mara estime que cette absence d’ancrage est un frein majeur à la construction d’une identité collective. Une constitution qui ne parle pas des langues locales, des terroirs, des pratiques agricoles, des rites sociaux, des métiers culturels, reste un texte d’apparat. Elle peut organiser des élections et des institutions, mais elle ne fonde pas une nation dans sa profondeur.

 

Pour lui, la refonte de la culture passe par une refonte de la production juridique. Il ne s’agit pas de rejeter tout apport extérieur, mais de partir d’abord des réalités centrafricaines : la manière d’habiter, de produire, de parler, de transmettre, d’enseigner. Tant que les textes fondamentaux resteront détachés de cette base, la République centrafricaine fonctionnera avec un cadre légal importé, incapable de porter un projet culturel propre.

 

Au micro de « Banco Ndotibico à Ocou », Jean-Pierre Marat a longuement insisté sur la question de la langue. Pour lui, le Sangho, proclamé langue nationale, ne remplit toujours pas son rôle de colonne vertébrale de l’identité centrafricaine. La raison principale, selon lui, est simple : cette langue n’est ni pleinement normée, ni suffisamment enseignée, ni dotée d’outils permettant de porter un projet culturel ambitieux.

Par Anselme Mbata….

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