Création de la Caisse nationale d’assurance maladie : Touadera, comment peut-on créer une assurance maladie sans d’abord évaluer l’état du système de santé ?

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Création de la Caisse nationale d’assurance maladie : Touadera, comment peut-on créer une assurance maladie sans d’abord évaluer l’état du système de santé ?

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Dr. Pierre Somsé, ministre de la santé

 

Rédigé le 19 janvier 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Le Conseil des ministres du 2 octobre 2025 a validé la note relative à la mise en place de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Présentée comme une étape vers la couverture sanitaire universelle, cette réforme ne couvre pourtant, dans sa première phase, qu’une minorité privilégiée : les fonctionnaires et salariés du secteur formel. Le reste de la population, soit plus de 98% des Centrafricains, devra attendre une hypothétique seconde phase. Autrement dit, la couverture dite “universelle” commencera par tout sauf l’universel.

 

La ministre du Travail, parlant au nom de son homologue de la Santé, a rappelé que la mortalité et la morbidité restent élevées dans le pays, avec la persistance des maladies transmissibles et la montée des pathologies chroniques. L’accès aux soins demeure hors de portée pour la majorité, faute de programmes publics solides.

 

Mais plutôt que de répondre à cette urgence, le gouvernement se félicite d’un plan limité à ceux qui touchent un salaire régulier. Les travailleurs du secteur informel, les agriculteurs, les vendeuses de marché, les déplacés et les sans-emplois n’entrent dans aucun des calculs financiers présentés. Ces Centrafricains qui représentent plus de 80% de la population et qui ont le plus besoin d’une assurance maladie sont exclus dès le départ.

 

Entre 2016 et 2024, le ministère du Travail affirme avoir réalisé plusieurs études de faisabilité. Les chiffres avancés sont précis : 40 463 cotisants, plus de deux millions d’ayants droit estimés, un taux de croissance annuel de 2%, des recettes projetées sur cinq ans à plus de 48 milliards de francs CFA pour 38 milliards de dépenses.

 

Ces prévisions, rigoureuses sur le papier, ne s’appuient sur aucune évaluation réelle de l’offre de soins existante. Le Conseil reconnaît lui-même que ni la demande globale ni la capacité des hôpitaux n’ont été étudiées. Il n’existe pas non plus d’analyse des écarts entre besoins et services disponibles. Autrement dit, le gouvernement veut assurer la population sans même savoir si le système de santé peut soigner.

 

Comment peut-on créer une assurance maladie sans d’abord évaluer l’état du système de santé ? Comment peut-on promettre des soins quand on ne sait même pas si les hôpitaux ont les moyens de les fournir ? Cette approche met la charrue avant les bœufs et condamne la CNAM à l’échec avant même son lancement.

 

Les orientations fixées pour 2025 prévoient un déploiement en deux étapes : d’abord les salariés, ensuite les “vulnérables”. Mais l’histoire des politiques publiques en Centrafrique a déjà montré que la seconde étape ne vient jamais. Les écoles publiques, les routes, les projets agricoles et les réformes sociales suivent la même logique : on commence par les privilégiés, et on oublie les autres. Rien n’indique que la CNAM fera exception.

 

Cette stratégie en deux phases est une escroquerie. Le gouvernement sait parfaitement que la deuxième phase, celle qui devrait couvrir les plus pauvres, ne verra jamais le jour. Mais en annonçant cette phase hypothétique, il peut prétendre œuvrer pour la “couverture universelle” tout en ne couvrant qu’une minorité.

 

Les fonctionnaires et les salariés du secteur formel qui bénéficieront de cette première phase ont déjà accès à des soins. Ils ont des revenus réguliers qui leur permettent de payer les consultations et les médicaments. Ce ne sont pas eux qui meurent faute d’accès aux soins.

 

Ceux qui meurent, ce sont les paysans dans les villages, les vendeuses de marché qui n’ont pas d’épargne, les déplacés dans les camps, les chômeurs qui n’ont aucun revenu. Ces Centrafricains vulnérables qui ont désespérément besoin d’une assurance maladie resteront exclus pendant des années, peut-être pour toujours.

 

Le plan prévoit un comité de pilotage, un fonds de financement, une série d’études à “actualiser” et un suivi de la mise en œuvre. En réalité, ces comités et fonds ne font qu’ajouter des structures administratives supplémentaires, souvent dirigées par les mêmes responsables qui bloquent depuis des années toute réforme efficace du système de santé.

 

Ces structures bureaucratiques vont absorber une partie importante des ressources destinées à la santé. Les membres des comités toucheront des indemnités, les consultants seront payés pour leurs études, les administrateurs du fonds recevront leurs salaires. Au final, moins d’argent ira aux soins et plus d’argent alimentera la machine administrative.

 

La CNAM risque donc de devenir un nouveau guichet à financement, où circuleront davantage de primes et d’indemnités que de soins réels. Ce sera une structure de plus qui enrichit quelques privilégiés sans améliorer l’accès aux soins pour la majorité.

 

Le Conseil des ministres a validé la note sans débat de fond sur le financement à long terme ni sur la qualité des soins. Les chiffres présentés ne disent rien des hôpitaux en ruine, des centres de santé sans médicaments ni personnel, ni de la fuite des cadres médicaux.

 

Cette validation rapide sans débat sérieux montre que la CNAM est plus un projet politique qu’une réforme sanitaire. Le gouvernement veut pouvoir annoncer aux bailleurs de fonds et à la communauté internationale qu’il a créé une assurance maladie nationale. Peu importe que cette assurance n’assure presque personne et que le système de santé reste en ruine.

 

La “couverture sanitaire universelle” restera donc un slogan destiné à rassurer les bailleurs de fonds, pendant que les Centrafricains continueront de payer leurs soins de leur poche ou de mourir faute d’argent. Le gouvernement promet la santé pour tous, mais commence par soigner ceux qui en ont le moins besoin.

 

Cette CNAM est emblématique de la gouvernance Touadéra : des annonces ronflantes, des structures bureaucratiques coûteuses, et aucun impact réel sur la vie des Centrafricains les plus vulnérables. On crée une assurance maladie qui exclut les malades, on parle de couverture universelle en ne couvrant qu’une minorité, on promet l’accès aux soins sans vérifier que les hôpitaux peuvent soigner.

 

Pendant que le gouvernement dépense 10 milliards par mois pour Wagner, il crée une assurance maladie qui ne couvrira que 20% de la population. Pendant que les mercenaires russes protègent le pouvoir, les Centrafricains continuent de mourir faute d’accès aux soins. Les priorités du régime sont claires : sa survie d’abord, la santé de la population ensuite, si jamais.

 

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