Centrafrique : regardez comment le district sanitaire de Birao est pris en flagrant délit d’envoi de médicaments expirés aux formations sanitaires de la Vakaga

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Centrafrique : pourquoi le district sanitaire de Birao est pris en flagrant délit d’envoi de médicaments expirés aux formations sanitaires de la Vakaga

 

Centrafrique : pourquoi le district sanitaire de Birao est pris en flagrant délit d’envoi de médicaments expirés aux formations sanitaires de la Vakaga
pancarte-hôpitalde-birao-dans-le-vakaga-au-nord-est-de-la-République-centrafricaine.-par-cnc – RCA : combats en cours entre deux groupes armés dans la localité de Birao.

 

Rédigé le 14 janvier 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Mardi 13 janvier 2025, au centre de santé de Gordile, dans la préfecture de la Vakaga, des chefs de quartier et des agents de santé ont ouvert un lot de médicaments officiellement envoyé par le district sanitaire de Birao. La surprise ? Pas vraiment. Tous les produits sont expirés. L’ensemble du lot est impropre à l’usage. La scène se déroule en public, selon la procédure habituelle de réception, devant des témoins civils et sanitaires.

 

Ce qui s’est passé ce jour-là n’a rien d’exceptionnel. Depuis plusieurs mois, les mêmes scènes se répètent dans différentes formations sanitaires de la Vakaga, notamment  à Ndifa, Sikikédé, Mélé  et dans d’autres centres de la préfecture. À chaque rotation bimestrielle, les médicaments annoncés sur les documents officiels ne correspondent pas à ceux réellement livrés, ou arrivent déjà périmés.

 

Le circuit officiel est pourtant clair. Tous les deux ou trois mois, le ministère de la Santé à Bangui envoie des lots de médicaments aux différents districts  sanitaires du pays, y compris à Birao, chargés de les répartir dans les différentes FOSA des préfectures. Les centres de santé reçoivent théoriquement des antipaludiques, antibiotiques, antalgiques, consommables et intrants essentiels. Mais dans la Vakaga, la réalité est autre. Les colis livrés par le district sanitaire de Birao présentent un contenu radicalement différent de celui mentionné sur les bordereaux.

 

Prenant l’exemple de la ville de Gordile, la réception des médicaments suit un protocole précis. Les colis sont ouverts en présence des autorités locales et du personnel soignant. Les listes de produits sont lues et comparées au contenu réel. Justement, c’est au cours de cette vérification collective que la surprise est de taille : les dates inscrites sur chaque boîte de médicaments montraient toutes un dépassement. Aucun produit du lot ne pouvait être administré aux malades sans risque grave. Yoro ni a foun koué na ya ti boîte ni.

 

Et ce n’est pas qu’à Gordile. Dans d’autres formations sanitaires de la Vakaga, le problème est aussi réel, mais prend des formes différentes. Certains colis envoyés par le district de la Vakaga arrivent remplis de gants en quantité excessive, sans les médicaments essentiels attendus. D’autres contiennent du matériel sans rapport avec les besoins immédiats des centres de santé.

 

Quand des médicaments sont effectivement présents dans le colis, ils ont souvent dépassé leur durée de validité. Cette régularité dans les anomalies alimente les soupçons chez ceux qui travaillent sur le terrain. Les soignants se demandent où passent les produits conformes qui devraient leur parvenir.

 

Comme vous le savez, les conséquences sanitaires de telle pratique sont lourdes. Dans une région enclavée comme la Vakaga, les centres de santé périphériques constituent souvent le seul point d’accès aux soins. Les pathologies courantes :  paludisme, infections respiratoires, diarrhées, complications liées à la grossesse, infections chez l’enfant,  nécessitent des traitements rapides et efficaces. L’administration de médicaments expirés entraîne une perte d’efficacité thérapeutique, une aggravation des maladies et, dans certains cas, des effets indésirables. Les patients repartent sans amélioration, parfois avec une fausse impression de prise en charge.

 

Alors, pour des nombreux observateurs, les médicaments quittent probablement Bangui en bon état. Le problème se situerait au niveau intermédiaire, entre la capitale et les destinations finales. Le district de Birao joue un rôle central dans cette chaîne puisqu’il réceptionne tout avant de redistribuer.

 

Des informations recueillies localement par la rédaction du CNC évoquent des pratiques de détournement. Les médicaments valides disparaîtraient du circuit pour être revendus ailleurs. Les formations sanitaires les plus isolées recevraient ensuite ce qui reste : des produits périmés ou inutiles pour combler les cartons.

 

Ce mécanisme expliquerait pourquoi les mêmes dysfonctionnements se reproduisent à chaque rotation d’approvisionnement. Les centres éloignés comme Gordile serviraient de déversoirs pour des produits que personne ne peut utiliser. Les populations de ces zones se retrouvent ainsi privées de soins efficaces.

 

Pour les malades qui viennent consulter, ces centres représentent le seul accès possible aux traitements. Le paludisme, les infections respiratoires, les diarrhées, les complications obstétricales demandent une prise en charge rapide. Administrer un médicament expiré revient à ne donner aucun traitement.

 

Les patients repartent avec l’impression d’avoir été soignés. Leur état ne s’améliore pas, parfois il empire. Certains meurent quelques jours après être rentrés chez eux. Ces décès sont attribués officiellement à la gravité de la maladie.

 

Pourtant, l’absence de traitement actif joue un rôle déterminant dans ces morts. Avec des médicaments efficaces, beaucoup de ces vies auraient pu être sauvées. Mais aucun décompte précis n’est fait de cette mortalité évitable.

 

Les agents de santé se trouvent placés devant un choix impossible. Refuser les médicaments périmés signifie laisser les patients sans rien. Les accepter revient à prendre le risque de leur administrer des produits inefficaces, voire dangereux.

 

Entre ces deux options, aucune n’est satisfaisante. Les centres fonctionnent dans une impasse permanente, coincés entre leur devoir de soigner et l’impossibilité de le faire correctement. Cette situation mine la confiance que les populations accordent au système de santé.

 

La réglementation interdit formellement la distribution de médicaments expirés. Aucun texte n’autorise leur stockage ni leur administration aux malades. Le district sanitaire a la responsabilité de vérifier la conformité de ce qu’il redistribue.

 

Quand des produits périmés sont envoyés une fois, on peut parler d’erreur humaine. Quand cela se répète pendant des mois dans plusieurs localités différentes, la nature du problème change. La répétition indique un fonctionnement organisé plutôt qu’une simple négligence.

 

Les chefs des quartiers de Gordile ont exprimé leur colère après la découverte du 13 janvier. Ils dénoncent une situation qu’ils connaissent depuis longtemps sans voir de changement. Les soignants confirment que chaque rotation d’approvisionnement apporte son lot de problèmes.

 

Par Assan Biyé

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