Cardinal Nzapalaïnga : “Les gens qui sont là sont les plus oubliés au bout du monde”

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Cardinal Nzapalaïnga : “Les gens qui sont là sont les plus oubliés au bout du monde”

Cardinal Nzapalaïnga : “Les gens qui sont là sont les plus oubliés au bout du monde”
Le cardinal Nzapalainga Dieudonné lors de sa conférence de presse le 4 décembre 2019 à Bangui

 

Rédigé le 21 janvier 2026 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Le Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga, archevêque métropolitain de Bangui, a effectué du 29 au 31 août dernier une mission pastorale dans plusieurs villages de la préfecture de l’Ombella-Mpoko : Bokassi, Manduli et Nzimba. De retour de cette visite, il a livré un témoignage accablant sur les conditions de vie des populations riveraines du fleuve Oubangui.

 

“Les gens qui sont là sont les plus oubliés au bout du monde”, déclare d’emblée le Cardinal. Cette phrase résume à elle seule la situation de ces villages situés pourtant à seulement 40-45 kilomètres de Bangui, mais qui semblent abandonnés par l’État.

 

Le prélat décrit des conditions de vie qu’il qualifie lui-même de “dégradantes, inhumaines, à la limite de l’abandon”. Trouver des enseignants est difficile dans ces zones. Les postes de santé existent mais manquent de médicaments. Les populations sont contraintes de s’approvisionner auprès de vendeurs ambulants dont personne ne connaît l’origine des produits.

 

Sur l’accès à l’eau potable, le Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga dresse un tableau particulièrement inquiétant : “On a des patients qui tirent de l’eau du fleuve. Les gens vont au fleuve pour chercher de l’eau, boire. Avec l’eau on lave les habits, avec l’eau on se baigne, tout se passe là”.

 

Cette absence de forages d’eau potable provoque des maladies diarrhéiques, des infections, des problèmes oculaires. “On s’attend que les gens puissent avoir la diarrhée, que les gens puissent tomber malades, qu’ils aient des problèmes aux yeux et autres, parce qu’il n’y a pas d’autres alternatives”, constate-t-il.

 

Le Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga a également découvert une pratique de racket particulièrement choquante. De nombreux jeunes de ces villages viennent étudier à Bangui ou Bimbo. Pendant les vacances, ils retournent dans leurs villages pour couper du bois qu’ils vendent ensuite pour payer leur scolarité et leur logement.

 

“J’étais vraiment surpris d’apprendre que ces jeunes qui font des efforts énormes sur les pirogues pour venir, eh bien, vous avez les militaires le long du fleuve qui imposent ce qu’ils appellent la formalité. Il faut donner à chaque fois soit 500 francs et 6 branches de bois”, explique Nzapalaïnga.

 

Selon ses calculs, un jeune qui part de Manduli doit se préparer à dépenser 35 000 francs CFA en “formalités” diverses avant d’arriver à Bangui. “Finalement, quand il arrive, la moitié de l’argent est parti déjà à payer ces gens qui sont normalement payés par l’État et qui devaient faciliter et aider les gens à circuler.”

 

Cette dénonciation du racket pratiqué par des militaires sur des jeunes qui tentent simplement de financer leurs études constitue un témoignage rare de la part d’une autorité religieuse de si haut rang.

 

Sur l’état des routes, le Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga n’est pas plus rassurant : “Si vous arrivez à Botembi, il y a un tronçon très dangereux et nous-mêmes, à l’aller comme au retour, notre véhicule est resté dedans. On a traversé des difficultés pour sortir de ce tronçon-là”.

 

Interrogé sur l’attitude des autorités face à cette situation, Dieudonné Nzapalaïnga reste diplomatique mais ferme : “J’attire l’attention de ceux qui sont à la tête de ce pays en disant, si nous avons des moyens, pensons à orienter aussi vers ces gens-là au niveau de santé, au niveau scolaire”.

 

Le prélat refuse de dire que les autorités ont “oublié” ces populations, préférant formuler un appel : “Si hier les autorités n’ont pas entendu, aujourd’hui les autorités viennent d’entendre qu’il y a des villages qui existent le long du fleuve”.

 

Cette formulation diplomatique cache mal la réalité : ces villages sont bel et bien abandonnés par un État qui concentre ses maigres ressources sur Bangui et quelques autres centres urbains.

 

La principale préoccupation de ces populations, selon le Cardinal, reste l’éducation : “Ils ont envie que leurs enfants, même si beaucoup n’ont pas été à l’école, puissent étudier et sortir de ces situations”.

 

Ce témoignage du Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga sur les conditions de vie dans des villages situés à moins d’une heure de route de la capitale devrait provoquer une réaction des autorités. Absence d’eau potable, manque de médicaments, écoles sans enseignants, racket des militaires sur des jeunes qui tentent de s’en sortir,  la liste des dysfonctionnements est longue.

 

Ces villages du secteur fleuve appartiennent administrativement à l’archidiocèse de Bangui. Géographiquement, ils sont proches de la capitale. Mais dans les faits, ils vivent comme s’ils se trouvaient à l’autre bout du pays comme dans le Haut-Mbomou ou la Vakaga, coupés de tout, abandonnés à leur sort.

 

Le Cardinal Dieudonné Nzapalaïnga conclut son appel par ces mots : “Je voudrais bien qu’ils puissent vivre dignement”. Cette aspiration minimale – vivre dignement – semble hors de portée pour ces Centrafricains qui tirent leur eau du fleuve, achètent des médicaments de provenance douteuse à des vendeurs ambulants, et voient leurs enfants rackettés par des militaires censés les protéger.​​​​​​​​​​​​​​​​

 

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