Bangui : une fraude électorale massive découverte à Pétévo, des centaines d’urnes et procès-verbaux découverts par la population
Rédigé le 30 décembre 2025 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le lundi 29 décembre 2025 à 19 heures, les habitants du sixième arrondissement de Bangui ont fait une découverte inquiétante au carrefour Pétévo. Dans les locaux des sapeurs-pompiers, des centaines d’urnes électorales du scrutin de la veille gisaient abandonnées, accompagnées de procès-verbaux déchirés et de matériel dispersé.
La scène qui s’offrait aux yeux des riverains était d’un désordre total. Des urnes encore scellées par les agents de l’autorité nationales des élections côtoyaient d’autres complètement éventrées. Les procès-verbaux, ces documents officiels censés garantir la transparence du scrutin, traînaient en lambeaux sur la véranda et jonchaient le sol. Du matériel électoral de toutes sortes se trouvait éparpillé sans aucune logique : des bulletins de vote froissés, des registres d’émargement déchirés, des tampons officiels abandonnés, des encres indélébiles renversées. Tout ce qui compose normalement un bureau de vote se retrouvait là, jeté pêle-mêle dans un lieu qui n’avait rien à voir avec le processus électoral.
Les habitants du sixième arrondissement avaient pris une décision importante dès le jour du scrutin. Ils ne voulaient plus se contenter d’accomplir leur devoir civique et de rentrer sagement chez eux. Cette fois, ils avaient choisi de surveiller ce qui se passerait après la fermeture des bureaux de vote. Leur méfiance n’était pas sans fondement. Depuis plusieurs jours, des rumeurs circulaient sur d’éventuelles manipulations. Certains parlaient de résultats déjà écrits avant même le début du vote. D’autres évoquaient des urnes qui disparaissaient mystérieusement entre les bureaux de vote et les centres de dépouillement.
C’est cette vigilance qui a permis la découverte du 29 décembre. Un groupe de citoyens s’était rendu au carrefour Pétévo en fin d’après-midi pour vérifier où se trouvait le matériel électoral de leur quartier. Personne ne s’attendait à le retrouver dans les locaux des sapeurs-pompiers, et encore moins dans un tel état. À 19h43 précises, heure de Bangui, les premières images ont commencé à circuler. Des vidéos prises avec des téléphones portables montraient l’ampleur du gâchis. On y voyait distinctement les logos de l’Autorité Nationale des Élections sur les urnes abandonnées.
Pourtant, quelques heures plus tôt, cette même Autorité Nationale des Élections avait publié un communiqué rassurant. Selon ses services, le scrutin s’était déroulé dans les meilleures conditions possibles. Le dépouillement avançait normalement. Les premiers résultats partiels seraient bientôt annoncés. Aucune mention n’était faite de problèmes particuliers, encore moins d’urnes abandonnées ou de procès-verbaux détruits. Le décalage entre ce discours officiel et ce que découvraient les habitants de Pétévo était vertigineux.
Les questions se bousculaient dans l’esprit de ceux qui contemplaient ce spectacle désolant. Comment ces urnes avaient-elles atterri ici ? Pourquoi n’étaient-elles pas dans un lieu sécurisé, sous la surveillance de représentants des candidats et d’observateurs ? Qui avait décidé de les entreposer dans les locaux des pompiers ? Et surtout, leur contenu avait-il été compté avant qu’elles ne soient jetées de cette manière ? Les procès-verbaux déchirés laissaient supposer que quelque chose s’était mal passé. Soit ces documents avaient été remplis puis détruits volontairement, soit ils n’avaient jamais été complétés correctement.
La présence d’urnes encore scellées ajoutait une dimension supplémentaire au mystère. Une urne scellée signifie qu’elle n’a jamais été ouverte. Les bulletins qu’elle contient n’ont donc jamais été dépouillés. Les votes des citoyens qui s’étaient déplacés pour glisser leur bulletin dans ces urnes n’avaient tout simplement pas été comptés. Ces électeurs avaient fait la queue, parfois pendant des heures. Ils avaient présenté leurs cartes d’électeur, trempé leur doigt dans l’encre indélébile, rempli leur bulletin dans l’isoloir. Tout cela pour rien. Leur voix n’avait jamais été entendue.
D’autres urnes, au contraire, étaient ouvertes et vides. Leur contenu sont renversé au sol. Les bulletins avaient-ils été comptés puis les urnes jetées négligemment ? Ou bien leur contenu avait-il été purement et simplement détruit ?
L’absence de procès-verbaux en bon état rendait impossible toute vérification. Dans un processus électoral normal, chaque urne est accompagnée d’un procès-verbal qui récapitule le nombre de bulletins trouvés à l’intérieur, leur répartition entre les différents candidats, et toute anomalie constatée. Ce document est signé par les membres du bureau de vote et par les représentants des candidats présents. Sans ces procès-verbaux, impossible de reconstituer ce qui s’est vraiment passé.
Les habitants qui avaient fait cette découverte ont immédiatement compris qu’ils tenaient là la preuve d’une manipulation. Ils ont sorti leurs téléphones et ont commencé à filmer. Certains prenaient des photos détaillées des urnes, d’autres filmaient l’ensemble de la scène pour montrer l’ampleur du désordre. Quelques-uns lisaient à voix haute les numéros inscrits sur les urnes pour qu’ils soient enregistrés dans les vidéos. D’autres encore ramassaient des morceaux de procès-verbaux pour essayer de les reconstituer. L’atmosphère était à la fois tendue et déterminée. Personne ne criait, personne ne cassait quoi que ce soit. Il s’agissait d’une opération de documentation méthodique.
Pendant ce temps, des messages commençaient à circuler dans tout le sixième arrondissement. Les habitants d’autres quartiers étaient informés de ce qui se passait à Pétévo. Certains se demandaient si le même scénario ne s’était pas produit chez eux. Où se trouvaient les urnes de leur bureau de vote ? Avaient-elles été correctement traitées ou avaient-elles connu le même sort ? Des groupes se formaient spontanément pour aller vérifier dans leurs secteurs respectifs. La vigilance devenait collective et organisée.
Les images prises à Pétévo se sont rapidement répandues sur les réseaux sociaux. En quelques heures, elles avaient fait le tour de Bangui, puis du pays tout entier.
La question de l’échelle de la fraude se posait immédiatement. Si cela se passait à Pétévo, dans la capitale, sous les yeux de milliers d’habitants, qu’en était-il ailleurs ? Les provinces étaient sans doute touchées de la même manière. Dans les zones rurales, où la surveillance citoyenne était moins développée et où les observateurs internationaux se rendaient rarement, combien d’urnes avaient disparu ou avaient été manipulées ? Personne ne pouvait répondre avec certitude, mais les habitants de Pétévo appelaient maintenant leurs compatriotes de tout le pays à vérifier ce qui se passait dans leurs localités.
Le timing de la découverte ajoutait encore à la gravité de la situation. Moins de vingt-quatre heures après la fermeture des bureaux de vote, le matériel électoral aurait dû être sous haute surveillance. Les urnes devaient normalement se trouver dans des centres de dépouillement sécurisés, en présence de représentants de tous les candidats et d’observateurs neutres. Chaque urne devait être ouverte publiquement, son contenu vérifié et compté devant témoins. Les résultats devaient être consignés sur les procès-verbaux, signés par toutes les parties présentes, puis transmis aux autorités électorales. Rien de tout cela ne s’était apparemment produit pour les urnes retrouvées à Pétévo.
Les locaux des sapeurs-pompiers n’avaient aucune vocation à accueillir du matériel électoral. Il ne s’agissait pas d’un centre de dépouillement désigné. Aucune mesure de sécurité n’était en place. N’importe qui pouvait entrer et sortir librement. Les urnes n’étaient pas gardées. Les procès-verbaux n’étaient pas rangés dans des coffres. Tout traînait simplement là, comme des déchets qu’on aurait entreposés en attendant de les évacuer. Cette négligence apparente soulevait d’innombrables interrogations sur les intentions réelles des organisateurs du scrutin.
Certains témoins sur place avançaient une hypothèse. Selon eux, ces urnes n’avaient jamais été destinées à être comptées. Le scrutin n’aurait été qu’une mise en scène destinée à satisfaire les observateurs internationaux. Les électeurs auraient voté pour rien. Les vrais résultats auraient été décidés ailleurs, dans des bureaux fermés, par des personnes qui n’avaient aucun respect pour la volonté populaire. Les chiffres qui seraient annoncés dans les jours suivants n’auraient aucun lien avec ce qui s’était réellement passé dans les bureaux de vote. Cette théorie trouvait malheureusement une certaine crédibilité face aux images des urnes abandonnées.
D’autres s’interrogeaient sur le rôle des observateurs électoraux. Des missions d’observation internationale étaient présentes dans le pays. Elles avaient pour mandat de vérifier que le scrutin se déroulait dans des conditions acceptables. Avaient-elles vu ce qui se passait à Pétévo ? Allaient-elles en tenir compte dans leurs rapports ? Ou bien allaient-elles se contenter d’observer le jour du vote sans s’intéresser à ce qui se passait ensuite ? Les citoyens qui documentaient la scène espéraient que ces images parviendraient jusqu’aux observateurs et qu’elles seraient prises en considération.
Par Anselme Mbata
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