Bangui : après le sixième arrondissement, le troisième arrondissement découvre des urnes et procès-verbaux jetés sur les poubelles du commissariat
Rédigé le 30 décembre 2025 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Deux jours après les élections du 28 décembre 2025, la fraude électorale découverte par la population centrafricaine prend une ampleur inquiétante à Bangui. Après la découverte à Pétévo dans le sixième arrondissement, c’est maintenant le troisième arrondissement qui tombe sur un stock de matériel électoral abandonné sur les poubelles du commissariat dudit arrondissement.
La découverte faite le lundi 29 décembre à Pétévo avait déjà semé le doute dans l’esprit des Banguissois. Des centaines d’urnes, des procès-verbaux déchirés, des listes électorales détruites et entassées sans précaution dans les locaux des sapeurs-pompiers du sixième arrondissement. Les habitants du quartier avaient alors compris qu’un vaste système de substitution était à l’œuvre. Le matériel utilisé réellement dans les bureaux de vote avait été caché là, remplacé par de nouveaux documents soigneusement remplis selon les besoins de ceux qui organisaient la manipulation, le pouvoir.
Cette fois, c’est le troisième arrondissement qui vit le même scénario. Des citoyens curieux, alertés par ce qui s’était passé à Pétévo, ont décidé de vérifier ce qui se tramait dans leur secteur. Leur intuition s’est avérée juste. Dans la cour du commissariat du troisième arrondissement, sur les poubelles, ils ont découvert un amas de documents électoraux. Des listes d’émargement froissées, des procès-verbaux déchirés en morceaux, des bulletins de vote éparpillés, des urnes éventrées. Tout ce qui constituait la mémoire authentique du scrutin se retrouvait là, traité comme de vulgaires déchets. C’étaient bien des documents électoraux du centre de vote de l’école Koudoukou.
Le scénario semble identique à celui de Pétévo. Les organisateurs de la fraude ont apparemment procédé de la même manière dans plusieurs arrondissements de la capitale. Après la fermeture des bureaux de vote, ils ont récupéré le matériel authentique, celui qui contenait les vrais résultats du scrutin. Puis ils ont rempli de nouveaux procès-verbaux, avec des chiffres conformes à leurs attentes. Ces nouveaux documents ont été transmis aux instances officielles pour le décompte. Pendant ce temps, les vrais documents, ceux qui auraient dû compter, finissaient dans des lieux improbables comme les locaux des pompiers ou les poubelles des commissariats.
Ce choix des lieux est bien calculé. Les commissariats et les casernes de pompiers sont des endroits où les citoyens ordinaires n’ont pas l’habitude d’aller fouiner. Ce sont des espaces semi-publics mais néanmoins protégés, où l’on ne s’aventure pas sans raison valable. En y cachant le matériel électoral compromettant, les organisateurs de la fraude pensaient sans doute qu’il resterait à l’abri des regards jusqu’à ce qu’ils puissent s’en débarrasser définitivement. Ils n’avaient pas anticipé la vigilance accrue de la population après les événements de Pétévo.
La découverte dans le troisième arrondissement confirme donc que cette opération est coordonnée, menée simultanément dans plusieurs secteurs de la capitale et des villes de provinces. Cela implique une organisation importante, des complicités à différents niveaux de l’administration électorale, et probablement la participation active des forces de sécurité pour faciliter le transport et la dissimulation du matériel.
Les habitants du troisième arrondissement qui ont fait cette découverte ont immédiatement commencé à documenter ce qu’ils voyaient. Comme leurs voisins de Pétévo quelques heures plus tôt, ils ont sorti leurs téléphones portables et ont filmé les poubelles débordantes de documents électoraux. Certains ont ramassé des fragments de procès-verbaux pour tenter de les reconstituer. D’autres ont photographié les urnes jetées, relevant leurs numéros pour pouvoir identifier les bureaux de vote concernés. L’atmosphère était tendue mais déterminée. Chacun sentait qu’il participait à quelque chose d’important, à la documentation d’une fraude d’une ampleur exceptionnelle. Sur un procès verbal, on peut lire les résultats catastrophiques pour le Président sortant. Il ramasse moins de 3% par rapport à ses concurrents comme Anicet-Georges Dologuelé et Henri-Marie Dondra.
La question qui taraudait maintenant tous les esprits était simple : si cela se passait dans la capitale, sous les yeux de milliers d’habitants et en présence d’observateurs, qu’en était-il dans les provinces ? Les villes de l’intérieur du pays, moins connectées, moins surveillées, avaient-elles subi les mêmes manipulations ? Combien d’urnes avaient été substituées dans des localités où personne ne viendrait jamais vérifier ? Combien de procès-verbaux avaient été détruits et refaits dans des endroits isolés où la population n’avait ni les moyens ni l’organisation nécessaires pour documenter la fraude ?
Les autorités semblaient prises de court par cette mobilisation. Habituées à opérer dans l’opacité, elles se retrouvaient maintenant exposées à la lumière crue des caméras de téléphones portables. Chaque irrégularité était filmée, chaque anomalie photographiée. Les preuves s’accumulaient à une vitesse qui rendait de plus en plus difficile toute tentative de nier ou de minimiser l’ampleur de la fraude. La stratégie habituelle qui consistait à gagner du temps en espérant que l’attention du public se détourne ne fonctionnait plus.
Mais cette attention médiatique restait encore limitée. Les grandes chaînes d’information continues parlaient peu de ce qui se passait à Bangui. Les capitales occidentales restaient silencieuses. Les Nations Unies, dont la mission était présente dans le pays, ne faisaient aucun commentaire sur les découvertes faites par la population. Ce silence institutionnel contrastait fortement avec l’agitation qui régnait sur le terrain.
Pour beaucoup de Banguissois, ce silence équivalait à une complicité. Si la communauté internationale ne réagissait pas face à des preuves aussi évidentes de fraude massive, c’est qu’elle avait choisi son camp. Elle préférait la stabilité apparente d’un pouvoir en place, aussi illégitime soit-il, au risque d’une contestation qui pourrait déstabiliser le pays. Cette realpolitik, si elle pouvait se comprendre d’un point de vue diplomatique, était vécue comme une trahison par ceux qui avaient cru aux promesses de soutien à la démocratie.
Par Gisèle MOLOMA
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