Santé mentale en RCA : comment lutter contre la dépression quand Wagner terrorise la population et plante des mines ?

Rédigé le 02 novembre 2025 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le mois d’octobre est désormais consacré à la santé mentale en République centrafricaine. À l’occasion de la Journée mondiale du 10 octobre, des actions de sensibilisation et de suivi psychologique sont organisées à Bangui. Au sein de la Cour pénale spéciale (CPS), la psychologue clinicienne Flora Samba décrit un travail quotidien au cœur de la souffrance humaine.
Pour Mme Samba, la santé mentale n’est pas une option, mais un droit essentiel. « Sans santé mentale, il n’y a pas de santé », explique-t-elle. Être en équilibre psychologique, émotionnel et cognitif permet à chacun de faire face aux défis de la vie. Dans un pays marqué par des années de conflit, cette stabilité est souvent compromise.
Depuis la création de la CPS, de nombreuses victimes présentent des troubles de stress post-traumatique liés aux violences subies durant la crise. « Si une personne traumatisée n’est pas prise en charge dans le premier mois, les symptômes s’installent durablement », précise la psychologue.
À ces troubles s’ajoutent des cas de dépression, d’anxiété, de psychose et des maladies mentales aggravées par la détention ou l’isolement. Certaines victimes déjà fragiles avant la crise ont vu leur état empirer après avoir subi de nouveaux traumatismes physiques ou sexuels.
Seule psychologue en poste à la CPS, Flora Samba reçoit quotidiennement des victimes et des témoins. Elle procède à des entretiens, évalue l’état psychologique et oriente les cas graves vers des structures adaptées.
Les consultations durent en moyenne une heure, parfois plus selon la gravité du traumatisme. Pour les personnes peu à l’aise avec la parole, elle recourt à d’autres méthodes : dessins, activités ludiques ou symboliques permettant d’exprimer la douleur autrement.
Elle souligne le manque de moyens humains : « Une seule personne pour des milliers de victimes, c’est difficile. Il faut renforcer les équipes avec plus d’agents psychosociaux ». Malgré cela, chaque personne capable d’être suivie reçoit un accompagnement, mais la question du suivi à long terme reste un défi majeur.
Le travail de la psychologue ne se limite pas aux victimes. Certains détenus, auteurs de crimes graves, bénéficient également d’un accompagnement psychologique.
« Les bourreaux, comme les victimes, restent des êtres humains. Certains ont commis des actes atroces sans mesurer leur gravité. D’autres vivent dans le déni, sans remords », confie Mme Samba.
Lorsqu’un détenu exprime des regrets sincères, elle parle de progrès. Mais pour les cas de psychopathie ou d’agressions sexuelles répétées, le suivi peut durer des années et nécessite une injonction thérapeutique avant toute libération pour éviter la récidive.
Flora Samba plaide pour la présence de psychologues dans toutes les juridictions du pays. « Chaque tribunal devrait disposer d’un expert capable d’accompagner les victimes, les témoins et même les accusés », insiste-t-elle.
Elle appelle aussi à la formation de nouveaux spécialistes, notamment en psychologie criminologique, un domaine encore rare en Centrafrique. Les psychologues ont eux-mêmes besoin de superviseurs pour décompresser et faire face à la charge émotionnelle de leur travail.
Malgré le manque de moyens, Flora Samba poursuit sa mission avec détermination. Elle sensibilise aussi les magistrats et le personnel de la Cour à l’importance de la santé mentale. Des séances d’écoute et de partage sont organisées pour prévenir le stress professionnel.
« Le personnel de la CPS est souvent confronté à des récits de violence extrême. Il faut leur donner des outils psychologiques pour tenir », souligne-t-elle.

Mais quelle santé mentale quand Wagner terrorise la population ?
Tout ce travail de la psychologue Flora Samba est louable. Mais parlons franchement. Comment peut-on parler de santé mentale en Centrafrique quand d’un côté on organise des journées de sensibilisation contre la dépression et de l’autre côté, les mercenaires russes de Wagner terrorisent la population et créent des problèmes psychologiques massifs ?
Les mercenaires arrivent quelque part et tirent des armes de manière intensive. Ils plantent des mines terrestres qui tuent des civils. Ils égorgent des gens et publient les photos sur Internet pour traumatiser les autres. Ils coupent les réseaux téléphoniques pendant trois semaines. Ils arrêtent des gens au hasard. Ils violent des femmes. Ils massacrent des villages entiers.
Comment voulez-vous que la population garde sa santé mentale dans ces conditions ? Comment voulez-vous que les gens ne soient pas déprimés, anxieux, traumatisés quand ils vivent dans la peur permanente d’être tués par Wagner ?
Une psychologue seule à la CPS qui reçoit quelques dizaines de victimes par semaine, c’est bien. Mais pendant ce temps, Wagner crée des milliers de nouveaux traumatisés chaque jour.
C’est quelle contradiction ? On dit qu’on lutte pour la santé mentale, mais on laisse Wagner terroriser la population. On dit qu’on veut aider les victimes de traumatismes, mais on invite des mercenaires qui créent de nouveaux traumatismes.
Si le gouvernement centrafricain voulait vraiment protéger la santé mentale de sa population, il commencerait par chasser Wagner. Il commencerait par arrêter les violences. Il commencerait par créer les conditions de sécurité et de paix qui permettent aux gens de vivre normalement.
Mais non. Le régime Touadéra organise des journées de sensibilisation sur la santé mentale pendant que ses mercenaires russes détruisent la santé mentale de milliers de Centrafricains.
Si on est vraiment incapable de protéger la population contre Wagner, alors franchement, il n’y a rien à faire. Organiser des journées de sensibilisation sur la santé mentale dans ces conditions, c’est du pur cynisme.
Par Alain Nzilo
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