Martin Ziguélé à Touadera : « Ayez pitié du peuple centrafricain »

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Le président du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain, ancien Premier ministre, ancien président de la commission Finances de l’Assemblée nationale et ancien député, ne demande pas de faveur. Il lance un cri. Un cri qui monte d’un pays où les billets ne circulent plus, où les assiettes se vident. Face à un pouvoir qui parle d’ajustement, Martin Ziguélé oppose un mot que la politique a oublié : la pitié.

 

Il y a des mots que les responsables politiques n’aiment pas prononcer. Des mots qui sonnent comme un aveu de faiblesse, comme une émotion déplacée. « Pitié » est de ceux-là. Et pourtant, c’est le mot que Martin Ziguélé choisit. Pas par sentimentalisme. Par lucidité. Parce qu’après avoir expliqué les chiffres, décortiqué les audits, démonté les arguments officiels, il ne reste plus qu’une évidence : le peuple centrafricain n’en peut plus.

Martin Ziguélé à  Touadera : « Ayez pitié du peuple centrafricain »

 

« Je pense qu’il faut avoir pitié de ce peuple. » Cette phrase, lâchée lors d’une interview, n’est pas une formule de style. C’est un constat d’épuisement. Un constat que tout le monde peut faire, dans n’importe quel quartier de Bangui, dans n’importe quel village de province. Les Centrafricains ne voient plus circuler l’argent. Ils n’arrivent plus à vivre. Ils n’arrivent plus à acheter. Ils n’arrivent plus à manger. Ils n’arrivent plus à payer la scolarité de leurs enfants. « Les Centrafricains n’arrivent plus à gérer leur vie sur le plan financier », résume l’ancien Premier ministre.

 

Une vie quotidienne devenue un exercice de survie

 

Martin Ziguélé ne parle pas d’une crise abstraite. Il parle d’une réalité que chaque Centrafricain connaît. Le matin, il faut trouver de quoi acheter un peu de farine, un peu d’huile, un peu de sucre. À midi, il faut trouver de quoi faire cuire ce qu’on a pu acheter. Le soir, il faut trouver de quoi s’éclairer. Et à chaque étape, il y a un arbitrage. Un arbitrage cruel. Manger ou s’éclairer. Se soigner ou se déplacer. Payer le loyer ou payer l’école. Ces choix, les Centrafricains les font chaque jour. Et chaque jour, ils perdent un peu plus.

 

Dans ce contexte, la hausse du carburant n’est pas une décision technique. C’est une agression. Une agression contre ceux qui n’ont déjà plus rien à sacrifier. Une agression contre les motos-taxis qui vont augmenter leurs tarifs, contre les taxis qui vont faire de même, contre les transporteurs qui vont répercuter la hausse sur les marchandises, contre les artisans qui verront leurs coûts exploser. Et au bout de la chaîne, il y a le consommateur. Celui qui vit avec moins de 1000 francs CFA par jour. Celui qui n’a pas de marge. Celui qui paie.

 

Le gouvernement sait, mais ne veut pas

 

Martin Ziguélé ne dit pas que le gouvernement est incapable. Il dit qu’il est complice d’une situation qu’il pourrait changer. « Le gouvernement sait exactement ce qu’il veut faire, mais ce qu’il ne veut pas, c’est le faire. » Cette phrase est un réquisitoire. Elle dit que le pouvoir a les leviers entre les mains. Qu’il connaît les chiffres. Qu’il a les rapports. Qu’il sait où sont les 200 francs CFA par litre de frais injustifiés. Qu’il sait que la loi du 15 septembre attend son décret d’application. Qu’il sait que les sept marketeurs agréés pourraient faire jouer la concurrence. Mais qu’il ne fait rien.

 

Pourquoi ? Parce que la transparence dérange. Parce que la concurrence dérange. Parce que l’application de la loi dérange. Parce que les circuits opaques profitent à certains. Alors le gouvernement préfère brouiller la piste. Il préfère parler de marché noir. Il préfère évoquer des contraintes. Il préfère annoncer des hausses qu’il présente comme inévitables. Et pendant ce temps, le peuple paie. Le peuple subit. Le peuple souffre. « Est-ce que c’est vraiment un discours responsable ? » demande Martin Ziguélé.

 

Un appel qui n’est pas une supplique

 

L’appel à la pitié que lance le président du MLPC n’est pas une demande de charité. Ce n’est pas un appel à la générosité des puissants. C’est un rappel à l’humanité. Un rappel que gouverner, ce n’est pas pressurer. Gouverner, ce n’est pas imposer des hausses quand 67 % de la population vit avec moins de 1000 francs CFA par jour. Gouverner, ce n’est pas regarder un peuple s’enfoncer dans la misère en expliquant que c’est la faute du marché noir. Gouverner, c’est protéger. C’est alléger. C’est respecter.

 

« Si vous avez du respect pour le peuple centrafricain, si vous avez pitié de la souffrance du peuple centrafricain, vous n’avez pas besoin que la Banque mondiale ou le FMI ou qui que ce soit vienne vous dire ce que vous devez faire. » Cette phrase est un miroir tendu au régime. Elle dit que les institutions internationales ne sont pas le problème. Le problème, c’est l’absence de volonté. L’absence de considération. L’absence de compassion. Un gouvernement qui a besoin qu’on lui rappelle d’avoir pitié de son peuple a déjà perdu le sens de sa mission.

 

Ce que la pitié signifie concrètement

 

Avoir pitié, pour Martin Ziguélé, ce n’est pas un sentiment vague. C’est une politique. C’est appliquer l’audit. C’est supprimer les frais injustifiés. C’est prendre le décret d’application. C’est laisser jouer la concurrence. C’est baisser les prix. C’est rendre l’essence accessible. C’est permettre aux motos-taxis de travailler sans étrangler leurs clients. C’est permettre aux familles de se déplacer. C’est permettre aux enfants d’aller à l’école. C’est permettre aux malades de se soigner. C’est permettre aux Centrafricains de vivre, tout simplement.

 

Le gouvernement peut ignorer cet appel. Il peut le balayer d’un revers de main. Il peut continuer à parler de recettes, d’ajustement, de stabilisation. Mais il ne pourra pas empêcher les Centrafricains de constater que leur vie ne s’améliore pas. Il ne pourra pas empêcher les ventres de crier. Il ne pourra pas empêcher les cartables de rester vides. Il ne pourra pas empêcher la colère de monter. Et un jour, cette colère trouvera une voix. « Un jour viendra au cours du peuple centrafricain et saura. » Cette phrase de Martin Ziguélé n’est pas une menace. C’est une prophétie. Le peuple finira par demander des comptes à ceux qui ont préféré l’opacité à la transparence, la hausse à la justice, la souffrance à la dignité.

 

En attendant, il reste une question. Une question simple, lancée à ceux qui gouvernent. Une question que Martin Ziguélé pose sans détour : comment pouvez-vous regarder ce peuple et ne pas avoir pitié ? La réponse, elle, n’appartient qu’à eux. Mais la facture, elle, est déjà dans les mains du peuple.

 

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