
Devant l’Assemblée générale des Nations unies, Faustin Archange Touadéra a prononcé un discours que d’aucuns qualifieront d’historique. Historique, oui, mais pas pour les raisons qu’il imagine. Historique par son cynisme, par son indécence, par l’écart vertigineux entre les mots prononcés à New York et la réalité vécue chaque jour par les Centrafricains. Car celui qui se présente aujourd’hui comme le chantre de la paix, le défenseur des vulnérables et le contempteur des conflits est précisément l’homme qui a plongé son pays dans un cycle de violence, de dépendance et d’humiliation dont il refuse d’assumer la moindre responsabilité.
Écouter Touadéra parler de paix, c’est comme entendre un pyromane donner des leçons de sécurité incendie. Depuis son accession au pouvoir en 2016, puis sa réélection frauduleuse de 2020 ainsi que celle de 2026, , son régime n’a cessé de s’appuyer sur des forces étrangères, mercenaires et milices, pour se maintenir. Wagner, plus les Africa Corps, ont fait de la Centrafrique un laboratoire de leur stratégie de prédation. Des hommes armés sans uniforme, sans mandat, ont semé la terreur dans les villages et villes, pillé les ressources, violé, tué, déplacé. Et pendant ce temps, Touadéra, à Bangui, signait des décrets, distribuait des postes, et se présentait comme le garant de l’ordre.

Le discours onusien du dictateur centrafricain est un exercice de réécriture de l’histoire. Il parle de « restaurer la confiance » et de « gérer la transformation », comme si la confiance était une variable technique et la transformation un simple problème de gestion. Mais dans un pays où l’État a disparu de vastes portions du territoire, où les écoles ferment faute d’enseignants et de sécurité, où les hôpitaux manquent de tout, où les femmes et les enfants fuient les groupes armés, la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par des actes. Et les actes de Touadéra, depuis huit ans, sont ceux d’un homme qui a choisi la survie de son clan plutôt que la dignité de son peuple.
Il dénonce les conflits qui « coûtent des vies civiles, détruisent des écoles et des hôpitaux et déplacent des familles entières ». Qui mieux que lui sait cela ? Il dénonce le terrorisme, les trafics et les groupes armés qui prospèrent dans les zones que l’État ne contrôle plus. Mais qui a laissé ces zones sans État ? Qui a préféré s’allier à des seigneurs de guerre plutôt que de reconstruire une armée nationale républicaine ? Qui a transformé la Centrafrique en un terrain de jeu pour puissances étrangères, au point que le pays ne décide plus rien de son propre destin ?
Touadéra à l’ONU, c’est aussi le spectacle d’un homme qui se sait illégitime et qui tente de compenser par le verbe. Il parle de « fierté d’un peuple qui n’a jamais cessé d’espérer ». Mais de quel peuple parle-t-il ? Celui qui vit sous la menace permanente des hommes de Wagner ? Celui qui a vu ses élections confisquées, ses opposants emprisonnés ou exilés, sa presse muselée ? Celui qui, dans les provinces, ne sait pas si demain un camion de mercenaires viendra piller son village ? Ce peuple-là n’espère plus rien de Touadéra. Il espère seulement survivre à son règne.
Le paradoxe qu’il dénonce, cette difficulté des nations à agir ensemble, il l’incarne lui-même à l’échelle de son pays. Il parle de « divisions au sein du Conseil de sécurité » alors que son propre régime repose sur la division, la peur et la corruption. Il dénonce le droit international « relégué au rang de simples options » alors qu’il a lui-même piétiné la Constitution, violé les accords de paix, ignoré les résolutions onusiennes sur la protection des civils. Il parle des « plus vulnérables qui paient le prix ». Mais ce prix, ce sont les Centrafricains qui le paient, et c’est lui qui l’a fixé.
Il y a quelque chose d’obscène à voir un homme accueilli avec les honneurs diplomatiques, entouré d’une forte délégation, prononcer un discours sur la paix alors que son pouvoir repose sur la guerre. Cette forte délégation, d’ailleurs, interroge. Pourquoi tant de moyens mobilisés pour un pays si pauvre ? Pourquoi tant de costumes, de billets d’avion, de protocoles, alors que le peuple crève de faim ? Parce que la diplomatie de Touadéra n’est pas au service de la Centrafrique. Elle est au service de Touadéra. Elle sert à acheter une respectabilité qu’il ne mérite pas, à faire oublier les rapports des Nations unies sur les exactions, à contourner les sanctions, à négocier la impunité.
Bangui 2024, c’est le décor. New York, la scène. Et Touadéra, l’acteur principal d’une pièce tragique où les victimes ne sont jamais invitées à parler. Il parle de paix. Mais la paix, en Centrafrique, n’est pas un discours. C’est une exigence. Et cette exigence, Touadéra ne la satisfait pas. Il la bafoue chaque jour. Chaque jour où un village brûle. Chaque jour où une fille est violée. Chaque jour où un homme est tué pour avoir osé dire non. Chaque jour où la Centrafrique est vendue au plus offrant.
Alors non, monsieur le Président, vous n’êtes pas le porte-voix de la paix. Vous êtes le visage de ce que vous prétendez combattre. Vous parlez de paix avec les mains tachées de sang. Et ce sang, un jour, remontera jusqu’à votre tribune. Les mots ne lavent pas les crimes. Les discours ne ressuscitent pas les morts. Et l’histoire, elle, ne retiendra pas vos phrases. Elle retiendra vos actes.
Rejoignez notre communauté
Le pouvoir de Faustin Archange Touadéra s’appuie durablement sur des forces étrangères et des mercenaires, multipliant les exactions dans tout le pays.
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC
Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube
Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65
Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org
Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org




