Centrafrique : quand la radio Ndékè-luka offre une tribune d’or au terroriste en chef de Wagner

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quand la radio Ndékè-luka offre  une tribune d’or au terroriste en chef de Wagner

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Le parrain de la nébuleuse de Vladimir Poutine à Bangui a transformé le studio de Radio Ndeke Luka en un outil de manipulation de l’opinion publique centrafricaine.

 

L’esquive de Moscou : les coulisses d’un interrogatoire de complaisance

La supercherie saute aux yeux dès les premières minutes de l’émission à travers l’habileté déconcertante de Dmitri Sitiy à contourner la vérité. Questionné de manière superficielle sur l’ingérence de la Russie en République centrafricaine, le chef des mercenaires russes du groupe Wagner s’est empressé d’effacer toute référence directe au Kremlin.

 

En faisant semblant d’agir seul (ou sous la seule direction des autorités centrafricaines), ce chef de guerre brouille à dessein les pistes sur sa véritable chaîne de commandement. Un traitement journalistic rigoureux aurait immédiatement poussé ce criminel dans ses retranchements les plus profonds. Il appartenait à l’interviewer d’exiger des réponses claires : de qui reçoit-il ses ordres de mission ? Comment un chef de milice privée peut-il s’exprimer sur des questions de souveraineté étatique avec une telle assurance ?

 

Les auditeurs ont rapidement constaté que le déroulement de l’entretien évitait soigneusement les relances rigoureuses de la part du journaliste. Aucune insistance sur l’origine des fonds, aucun rappel des ingérences dans les nominations de ministres ou de conseillers à la présidence. Face aux déclarations de l’invité affirmant qu’il n’a « aucun moyen d’imposer son point de vue », le silence du micro s’apparente à une complicité médiatique.

 

Cette passivité coupable valide la position constante de Corbeau News Centrafrique : cette intervention sur les ondes a été instrumentée et sponsorisée pour offrir un blanc-seing au représentant de Moscou, sans jamais l’obliger à répondre de ses actes.

 

Le piège de la contradiction : la fable de la coopération bilatérale

Face au journaliste, le patron de Wagner à Bangui a déroulé sa rhétorique habituelle, prétendant que son organisation n’intervient pas dans la gestion des structures de l’État et se contente d’apporter des conseils. Pourtant, la réalité de ses propos trahit une emprise totale. Dmitri Sitiy s’est contredit publiquement en affirmant piloter lui-même la stratégie de réintégration des ex-combattants rebelles à moindre frais contrairement aux autres partenaires étrangers, se substituant ainsi directement aux prérogatives du ministère de la Défense et du ministère de la Sécurité publique.

 

Ses véritables intentions guerrières ont éclaté au grand jour lorsque la crise sécuritaire du Haut-Mbomou a été mise sur la table. Interrogé sur les revendications de la milice d’autodéfense locale Azandé Ani Kpi Gbé, qui réclame l’ouverture de négociations pour dénouer la crise, le terroriste en chef a répondu avec un mépris total :

 

« Est-ce qu’on peut négocier dans ce cadre des demandes que les gens qui ont pris les otages, ils sont terroristes, est-ce qu’on peut négocier avec les terroristes ? Non, ce n’est pas possible. »

 

En opposant une fin de recevoir absolue à toute initiative de paix, l’envoyé du Kremlin dicte sa propre feuille de route militaire aux forces armées centrafricaines et aux autorités centrafricaines. Il balaie l’autorité des institutions de la République en décidant, seul, d’exclure l’option politique au profit d’une guerre totale. Cette ingérence directe dans la résolution des conflits internes démontre que les discours sur le respect de la souveraineté nationale ne sont que des mensonges grossiers destinés à tromper les partenaires internationaux.

 

L’histoire occultée : Wagner pris au piège de ses propres créatures

L’un des plus grands mensonges de cette interview réside dans la réécriture de l’histoire de la milice Azandé Ani Kpi Gbé. Dmitri Sitiy a délibérément omis de rappeler que ces combattants qu’il qualifie aujourd’hui de « terroristes » sont le produit direct de ses propres laboratoires militaires. C’est le commandement de Wagner à Bangui qui a personnellement financé, encadré, entraîné et lourdement armé ces miliciens dans le Haut-Mbomou pour en faire des forces supplétives contre d’autres groupes rebelles.

 

La rupture est intervenue lorsque les mercenaires russes ont enfreint leurs engagements contractuels et multiplié les violences gratuites contre les populations locales et les familles de ces combattants. Face à la dérive prédatrice de Wagner, les miliciens Azandé ont déserté les rangs de l’alliance pour retourner dans le maquis. Pour se venger, Dmitri Sitiy a ordonné une traque sanglante à Bangui et en province, arrêtant arbitrairement leurs leaders, exécutant des dissidents et soumettant les prisonniers à des tortures médiatisées.

 

C’est cette campagne de terreur menée par Wagner qui a poussé la milice Azandé à commettre un acte désespéré le 28 décembre dernier : l’enlèvement de la sous-préfète de Bambouti, du commandant de brigade et de deux agents électoraux. Aujourd’hui, alors que cette haute fonctionnaire de l’État est gravement malade en captivité, Dmitri Sitiy refuse toute libération négociée et choisit de la sacrifier sur l’autel de son orgueil militaire. En qualifiant ses propres anciens élèves de terroristes, il tente d’effacer les traces de sa politique d’armement sauvage des milices tribales, une stratégie pyromane qui plonge l’Est de la Centrafrique dans le chaos.

 

L’imposture humanitaire : le business de l’eau et les infrastructures fantômes

Pour blanchir l’image de son organisation criminelle, le chef de Wagner a tenté une diversion grossière en se transformant en promoteur immobilier du développement. Il a fièrement revendiqué la construction de six écoles au cours des huit derniers mois et le forage d’une centaine de puits d’eau à Bangui et à l’intérieur du pays.

 

Cette tentative de séduction cache une escroquerie économique à grande échelle. Sur le terrain, l’implantation de ces prétendues six écoles relève du mystère le plus total : aucune autorité locale en province n’est en mesure de localiser ces bâtiments fantômes. Quant aux forages tant vantés, ils ne relèvent en rien de l’aide humanitaire gratuite. Les filiales commerciales de Wagner ont transformé l’accès à l’eau potable en un business lucratif, revendant cette ressource vitale aux populations locales les plus démunies pour en tirer des bénéfices quotidiens.

 

Ce don dérisoire et mensongère devient révoltante lorsqu’on la compare au pillage massif des ressources minières de la République centrafricaine. Pendant que Dmitri Sitiy vante ses quelques puits payants, la nébuleuse russe exploite de force le site aurifère géant de Ndassima, dans la préfecture de la Waka. Ce hold-up industriel, opéré en violation de toutes les règles environnementales et fiscales du pays, permet à Wagner de détourner et d’exporter illégalement plus de 200 milliards de francs CFA par an en or et en diamants de sang. Interrogé à ce sujet, Sitiy s’est contenté de qualifier ce pillage d’« investissements légaux contribuant à l’économie », insultant le travail des inspecteurs des mines et la misère du peuple centrafricain.

 

La colère de la population : Radio Ndeke Luka sous le feu des critiques

La complaisance affichée par la station face au discours de propagande du Kremlin a provoqué une vague de colère légitime parmi les auditeurs à travers le pays. Choqués par le ton mielleux de l’animateur, l’absence de confrontation face aux contradictions évidentes de l’invité et le refus délibéré d’évoquer les rapports documentés sur les viols de femmes et d’enfants imputés aux paramilitaires russes, plusieurs citoyens ont pris contact avec la rédaction de Corbeau News Centrafrique.

 

Un auditeur de Bangui a exprimé son indignation face à cette capitulation déontologique, s’interrogeant sur la perte d’indépendance de cette radio, perçue désormais par une partie de l’opinion comme une caisse de résonance des intérêts économiques et militaires russes.

 

Les Centrafricains mesurent désormais le degré de soumission de certains médias de la place, prompts à offrir une tribune de réhabilitation aux dirigeants de forces étrangères impliquées dans des violations massives des droits humains. Cet entretien radiophonique du 15 juin 2026 restera dans les mémoires comme un exemple de naufrage éthique, où un espace d’information publique a été abandonné aux mains d’un chef de guerre soucieux de dissimuler le sang et l’or derrière des promesses de pacification.

 

Par Gisèle MOLOMA

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