Centrafrique : Fin de partie pour Sani Yalo, le prédateur aux longs bras rattrapé par la loi

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Fin de partie pour Sani Yalo, le prédateur aux longs bras rattrapé par la loi

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

L’empire du crime organisé de Sani Yalo bâti sur la spoliation, les pillages, les vols, l’escroquerie et l’arrogance politique est en train de prendre l’eau. Durant dix années, intouchable grâce à ses connexions au sommet de l’État, le sulfureux homme d’affaires Sani Yalo fait désormais face à son pire cauchemar : la fin de l’impunité.

Entre une décision historique de la Cour de cassation en faveur de Maître Crépin Mboli-Goumba et une audition explosive sur fond de soupçons de coup d’État, le parrain des Associations de soutien à Touadera à Bangui apparaît aujourd’hui acculé. Récit d’une descente aux enfers d’un homme pris au piège de ses propres réseaux.

Mais avant d’être rattrapé par les affaires judiciaires et les soupçons politiques, Sani Yalo s’était imposé pendant des années comme un prédateur convaincu que ses protections le plaçaient au-dessus des lois.

 

L’affront de trop : Quand l’autodidacte se frotte au cador du barreau

Pendant des années, Sani Yalo a appliqué la même méthode avec succès : pillages, vols, confiscations de biens privés, intimidations et gel des procédures judiciaires grâce à ses « longs bras » politiques et à ses poches remplies de billets de banque.

En s’emparant dès 2017 d’un immeuble appartenant à Maître Crépin Mboli-Goumba, avocat international chevronné formé aux États-Unis, pour y installer son usine d’eau dite potable, Yalo croyait ajouter un nouveau trophée à son tableau de chasse en toute impunité. Mais cette fois, la mécanique s’est grippée.

Face à un personnage décrit par ses détracteurs comme un analphabète fonctionnel doublé d’un escroc notoire, le juriste n’a jamais cédé. Première instance, appel puis Cour de cassation : les juridictions centrafricaines ont finalement tranché de manière définitive en condamnant Sani Yalo pour spoliation.

Cette victoire dépasse largement le simple cadre d’un litige immobilier. Elle marque le début du démantèlement judiciaire du « cartel Yalo », longtemps habitué à s’approprier des biens majeurs à Bangui, depuis les parcs automobiles de CFAO Motors jusqu’aux immeubles de la LAICO, sans oublier le marché de Bimbo où un groupe électrogène a purement et simplement emporté par lui.

Ces multiples affaires de vols et de spoliations viennent s’ajouter à un passif criminel beaucoup plus lourd encore, jalonné d’accusations d’enlèvements, de violences et de tentatives d’assassinats, notamment dans le dossier tragique de l’homme d’affaires Aladji Issa Manou ou encore dans l’affaire Zongo Oil. Dans cette dernière affaire, il lui reste encore plusieurs années de peine à purger. Que le parquet le reconduise dans sa cellule de Ngaragba.

Et pendant que les procédures judiciaires s’accumulent, l’étau politique commence lui aussi à se refermer autour de l’homme d’affaires.

 

L’étau se resserre : Soupçons de complot et rumeurs de fuite

L’effondrement de Sani Yalo ne se limite plus aux prétoires. Le vent politique a brutalement tourné pour stopper net sur sa tête.

Récemment auditionné par le parquet dans une ambiance particulièrement électrique, l’homme d’affaires a tenté de réactiver sa vieille méthode : l’intimidation à peine voilée. En lançant au clan au pouvoir que « toucher à sa personne, c’est briser la paix dans le pays », il espérait rappeler son pouvoir de nuisance et sa capacité de déstabilisation.

Mais la rupture semble désormais consommée avec le régime de Bangui, que Yalo accuse aujourd’hui d’ingratitude après des années de proximité et de services rendus.

Selon plusieurs sources concordantes et des rumeurs persistantes à Bangui, l’homme d’affaires, acculé par les procédures judiciaires et abandonné par certains parrains politiques, aurait discrètement traversé le fleuve Oubangui en direction de Zongo, en République démocratique du Congo.

Toutefois, cette hypothèse est accueillie avec prudence dans plusieurs cercles politiques et sécuritaires. L’un des profils Facebook portant son nom a publié une photo le montrant assis dans un avion, accompagnée d’un message évoquant un départ en vacances, sans aucune précision sur la destination. Diversion après diversion, surtout pour un homme habitué aux réseaux opaques et aux condamnations où sa tête est appelée à  vieillir derrière les barreaux jusqu’à la fin de ses jours, l’exil et la question de sa localisation ressemblent désormais à un piège à ciel ouvert

 

Une cavale impossible ? Le piège international

La route de la fuite s’annonce particulièrement sinueuse, remplie de « kii », ces épines qui lacèrent lentement ceux qui tentent de les traverser.

Interrogé par notre rédaction, un politologue averti résume la situation sans détour :

« Sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la Guinée équatoriale pour son implication présumée dans des tentatives de déstabilisation régionales, et après une condamnation à la réclusion à perpétuité assortie d’une peine équivalente à son âge au moment du jugement, soit 59 ans de prison ferme, la RDC constitue désormais une véritable souricière pour lui. Sa seule issue de survie immédiate semble être le Tchad, pays d’origine de sa mère ».

Dans le Grand Nord, caché loin des regards, Sani Yalo pourrait être tenté de renouer avec ses vieux réflexes : financer une nouvelle aventure armée afin de laver son honneur perdu et reprendre pied politiquement. Explique à la rédaction ce politologue.

Mais le contexte a changé. Les caisses de l’homme d’affaires se vident à mesure que les créanciers réclament leur dû et que les procédures judiciaires s’accumulent. L’Hôtel Ledger Plaza de Bangui, à qui Sani Yalo doit plus de 100 millions de francs CFA, doit suivre de près sa plainte et accentuer la pression. D’autres victimes commencent elles aussi à sortir du silence.

 

Les victimes sortent du silence : Le temps des règlements judiciaires

La famille d’Issa Manou, meurtrie par des années de souffrance et de spoliation, observe avec attention l’évolution des procédures. La mairie de Bimbo, dépouillée de son groupe électrogène, dispose désormais d’un précédent judiciaire important pour engager à son tour des actions.

La décision historique de la Cour de cassation ouvre en réalité une brèche beaucoup plus large qu’un simple contentieux privé. Pour la première fois depuis des années, les « longs bras » de Sani Yalo commencent à subir des coupes les uns après les autres.

Et derrière cette succession d’affaires se dessine désormais la chute progressive d’un empire mafieux longtemps protégé par les complicités politiques.

 

Le crépuscule du « parrain » de Bangui

Le naufrage d’un système bâti sur la peur, l’argent et les réseaux d’influence paraît désormais inéluctable. Le dicton populaire rappelle souvent qu’un bien mal acquis finit toujours par perdre son propriétaire. Sani Yalo en offre aujourd’hui une illustration spectaculaire.

L’homme qui rêvait encore récemment de devenir vice-président de la République après son échec dans la course à la primature, allant jusqu’à tenter de réécrire l’histoire politique centrafricaine à son avantage, se retrouve désormais prisonnier de ses propres méthodes.

Qu’il termine ses jours dans une cavale interminable, traqué à travers les frontières régionales, ou dans l’isolement d’une cellule de prison, une réalité s’impose désormais à Bangui : l’étau politico-judiciaire est en train de le couler.

 

Par Gisèle MOLOMA

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