Télécel Centrafrique et l’exception Irène Moussa-Kembe : Quand le transfert de compétences brise le mythe des directeurs généraux expatriés imposés à la RCA
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le secteur des télécommunications en République centrafricaine démontre qu’une gouvernance centrafricaine de haute technicité est possible. Le parcours d’Irène Moussa-Kembe à la direction de Télécel redéfinit les règles de l’encadrement entrepreneurial.
La trajectoire de la société Télécel Centrafrique représente un cas d’école dans le paysage économique national. Fondée initialement par un opérateur économique centrafricain, cette entreprise de téléphonie mobile a par la suite intégré le giron de plusieurs grands groupes internationaux, pour être aujourd’hui contrôlée par un consortium libano-français. Au fil des restructurations, la direction générale a vu défiler des profils d’expatriés aux origines diverses, notamment des cadres rwandais, français et libanais. Cette rotation managériale répondait à la logique classique des multinationales, dont les conseils d’administration privilégient historiquement des profils extérieurs sous prétexte d’une maîtrise exclusive des rouages stratégiques mondiaux et des circuits financiers globaux.
La nomination et le maintien d’Irène Moussa-Kembe à la tête de cette structure viennent contredire les habitudes du marché. Femme juriste de formation, elle exerce les fonctions de directrice générale de la Télécel depuis plusieurs années, une longévité qui démontre la viabilité d’une direction nationale au sein d’une entreprise à capitaux étrangers.
Alors que la majorité des grandes entreprises et des institutions bancaires de la place comme ÉCOBANK, BGFI, Banque Marroco-centrafricaine, y compris certaines sociétés de téléphonie mobile comme Moov ou Orange – RCA, limitent structurellement les cadres centrafricains aux fonctions de directeurs généraux adjoints ou rien du tout, la Télécel-Centrafrique a matérialisé le principe du transfert de compétences.
Cette réalité tranche avec la pratique observée dans d’autres entreprises de réseaux ou dans le secteur bancaire, où des directeurs adjoints nationaux occupent le second rôle pendant deux ou trois décennies sans jamais accéder au sommet de la pyramide. Les arguments corporatifs fondés sur l’impératif d’une expertise internationale s’effacent devant les résultats opérationnels obtenus par cette dirigeante centrafricaine. Sous sa gestion, l’opérateur Télécel a consolidé sa structure et stabilisé ses indicateurs de performance, maintenant une continuité de service et une fidélisation de la clientèle. Ce management direct et de proximité a permis de naviguer parmi les difficultés structurelles et sectorielles communes à tous les opérateurs du pays depuis plus de vingt ans.
La performance de cette juriste à un poste de si haute responsabilité pose la question des exigences de l’État centrafricain en matière d’emploi. L’argument fiscal, lié aux lourdes taxes payées par les multinationales pour maintenir leurs cadres expatriés, ne devrait plus justifier le contournement de la loi sur la priorité nationale. L’exemple de Télécel prouve qu’un encadrement national rigoureux est capable de piloter des investissements d’envergure avec la même efficacité que les techniciens envoyés par les sièges internationaux.
Le ministère du Travail dispose ici d’un précédent concret pour exiger l’application réelle des clauses de binômage et imposer le remplacement effectif des dirigeants étrangers par des cadres de la RCA après la période légale de transition.
Le fait qu’une femme centrafricaine dirige avec fermeté une entreprise stratégique montre que les compétences centrafricaines sont prêtes à assumer le contrôle du tissu économique de la RCA. La réticence des autres conseils d’administration des télécoms et des banques à confier les rênes aux nationaux apparaît désormais comme un choix de gouvernance interne plutôt que comme une nécessité technique, puisque la preuve est faite qu’un profil centrafricain peut stabiliser une multinationale. Bravo à Irène Moussa-Kembé pour avoir sauvé la face du pays.
Par Alain Nzilo
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