Coup d’État électoral en Centrafrique : Fidèle Gouandjika explique comment Touadéra a mené son putsch avec le concours de l’autorité nationale des élections

0
22

Coup d’État électoral en Centrafrique : Fidèle Gouandjika explique comment Touadéra a mené son putsch avec le concours de l’autorité nationale des élections

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Le 28 décembre 2025, la République centrafricaine a vécu un hold-up électoral d’État, exécuté sous les yeux d’une communauté internationale rendue muette par l’habitude.

 

Ce jour-là, plusieurs scrutins ont été regroupés en une seule journée : présidentielle, législatives, régionales et communales. C’était du calcul. Noyer le vote dans la confusion, épuiser les électeurs, saturer les observateurs, et produire des résultats dont personne ne pourrait démêler la falsification en temps utile.

 

L’opposition, dans sa grande majorité réunie au sein du BRDC, avait choisi le boycott, non par caprice, mais parce que les conditions minimales d’un scrutin acceptable n’étaient réunies nulle part. Les candidats qui avaient tenté de s’inscrire malgré tout se sont heurtés à des commissions locales aux ordres. Plusieurs dossiers ont été rejetés pour des vices de forme fabriqués sur mesure. D’autres candidats ont reçu des visites nocturnes dont la teneur n’avait rien d’administratif.

 

Ce qui a parachevé le scandale, c’est le calendrier. En République centrafricaine, la collecte et la centralisation des résultats depuis les provinces prennent ordinairement deux à trois semaines. Les routes sont ce qu’elles sont, les distances aussi. Bangui reçoit progressivement les procès-verbaux, l’Autorité nationale des élections les compile, et les résultats provisoires sont annoncés une fois l’ensemble des données disponibles. C’est la procédure. C’est la règle. C’est ce que tout le monde sait.

 

Mais en décembre 2025, lors des ces élections groupées, c’est une autre réalité que les centrafricains ont vécu. Un coup d’État électoral pur. Imaginez, une semaine après le 28 décembre, l’ANE a proclamé les résultats. Pas des tendances, pas des projections partielles. Des résultats. Avant que les procès-verbaux de la majorité des circonscriptions de province soient arrivés à Bangui. La vitesse était telle qu’elle a déconcerté même des observateurs pourtant habitués au fonctionnement de cette institution.

 

Pour comprendre comment cela était possible juridiquement ou politiquement, il a fallu attendre le débat Patara, diffusé sur la radio Ndékè-luka. Fidèle Gouandjika, ministre conseiller à la Présidence de la République, y a pris la parole. Et ce qu’il a dit mérite d’être rapporté sans atténuation. Selon lui, l’Autorité nationale des élections n’est pas tenue d’attendre tous les résultats. Il suffit de disposer de quelques résultats partiels pour estimer la tendance globale et proclamer. Le reste, la compilation définitive, appartient selon lui au Conseil constitutionnel.

 

On prendra un instant pour mesurer ce que cette déclaration contient. Un ministre conseiller du chef de l’État est venu expliquer publiquement, sur une antenne nationale, qu’une élection peut être proclamée suite à une tendance faite par le gouvernement, et non par une institution indépendante. Plus grave, c’est le gouvernement qui a produit sa tendance, et c’est encore le gouvernement qui décide de proclamer cette tendance comme des résultats officiels. Que la tendance vaut résultat. Que l’ANE n’a pas à attendre les chiffres réels pour rendre son verdict. C’est-à-dire que la proclamation n’est plus un acte de comptage. C’est un acte de confiance, accordé à des projections que personne n’a vérifiées, sur la base de données que personne n’a consolidées.

 

Dans tout État qui se respecte, une telle déclaration d’un conseiller présidentiel aurait provoqué une crise institutionnelle immédiate. À Bangui, elle est passée presque sans bruit.

 

Ce n’est pas de la négligence. C’est une doctrine. Depuis que Wagner a posé ses conditions et que Touadéra les a acceptées, la gouvernance en République centrafricaine n’est plus une affaire de règles. C’est une affaire de résultats utiles, obtenus par le moyen le plus rapide. Les textes existent, les institutions aussi, mais les uns et les autres servent à couvrir des décisions déjà prises ailleurs, pas à les contraindre. Un pays traité comme un périmètre d’exploitation, dont les mécanismes formels ne sont convoqués que pour légitimer ce qui a déjà été décidé.

 

Par Éric Azoumi

Rejoignez notre communauté

Chaine officielle du CNC

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC