
Centre-ville inondée, les rues et les habitations des quartiers détruites, Bangui la capitale de la RCA est sous les eaux. Les images tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Elles sont poignantes, révoltantes et les appels à Dieu se multiplient.
Cette année encore, la capitale centrafricaine a replongé dans le cauchemar des inondations catastrophiques. Au centre-ville comme dans les quartiers périphériques, les rues se sont transformées en torrents furieux, engloutissant des habitations, détruisant des murs et piégeant des véhicules encastrés contre les façades.

Devant l’ampleur de ce désastre récurrent, la question taraude les esprits : s’agit-il d’un nouveau déluge envoyé par le Ciel après tant d’avertissements passés inaperçus ?
Qu’est ce que nous, les Centrafricains, avons fait à Dieu pour Qu’Il décide de nous envoyer le déluge?
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Dans les rues de Bangui, la détresse le dispute à la terreur mystique. Si la Bible enseigne que l’arc-en-ciel est le signe de l’alliance divine garantissant qu’il n’y aura plus jamais de destruction totale par les eaux, l’angoisse s’est emparée des fidèles : pas le moindre arc-en-ciel à l’horizon pendant ces pluies diluviennes.
Il n’en fallait pas plus pour que de nombreux évangélistes appellent d’urgence les Centrafricains à se faire baptiser, persuadés que la fin des temps s’annonce.
Cette psychose spirituelle est d’autant plus nourrie par un climat de terreur bien terrestre qui s’apparente à une fin de monde annoncée par les évangelistes et prophètes dans le pays : la hantise d’une puissante invasion militaire tchadienne, un spectre hautement meurtrier qui plane sur le pays et qui fait écho aux bruits de bottes aux frontières.
La foi face au désespoir : les signes du Ciel ou l’incurie des hommes ?
Certes, chacun réagit selon ses convictions intimes. Deux repères bibliques rappellent d’ailleurs que Dieu n’est pas l’artisan de notre chaos.
Pour les chrétiens de Ouaddaï que nous sommes, lisons Genèse 9. L’arc-en-ciel scelle l’alliance de la vie, et l’Évangile de Luc, chapitre 13, Jésus refuse de voir dans les victimes de catastrophes des êtres plus coupables que les autres. C’est rassurant.
Les véritables coupables de ce cauchemar éveillé ne se trouvent pas dans les cieux, mais bien dans les bureaux climatisés du pouvoir à Bangui.
Le peuple condamné au « lôrô na lôrô » pendant que les dirigeants s’en lavent les mains
Le peuple centrafricain doit aujourd’hui se rendre à l’évidence : après la vie chère insoutenable imposée par le régime du dictateur Faustin-Archange Touadéra, c’est désormais le pire des pires qui s’abat sur les citoyens.
En attendant le « lôrô na lôrô », la famine, les deuils, les déplacements forcés sont le lot quotidien des Centrafricains , les inondations s’y ajoutent pour les Banguissois.
À l’image de cette mère de famille filmée dans sa maison inondée, écopant l’eau à coups de seau sous le regard médusé de ses enfants, le cri de détresse est universel :
« Douze ans au pouvoir, et incapable de construire une simple canalisation d’eau ! ».
Le régime ne peut plus rejeter la faute sur la France ou sur l’opposition démocratique regroupée au sein du BRDC. Faustin-Archange Touadéra, cumulard indétrônable qui totalise près de 20 ans d’affairisme au sommet de l’État entre ses casquettes de Premier ministre d’hier et de président d’aujourd’hui, aux côtés de son Premier ministre Moloua, est aux commandes depuis plus d’une décennie.
Le scandale des milliards saoudiens : chronique d’un détournement d’État
Où sont passés les milliards ? La réponse éclate au grand jour à chaque averse. Sous la transition de Catherine Samba-Panza et le gouvernement Kamoun, le pays avait pourtant obtenu plusieurs milliards de francs CFA de fonds saoudiens accordé promis à Michel Djotodia, précisément destinés à la reconstruction globale de l’aéroport international de Bangui M’poko et à la construction d’un réseau de canalisations d’envergure reliant l’aéroport jusqu’au fleuve Oubangui, au niveau de la radio Bangui au centre-ville.
Sous la gouvernance de Faustin-Archange Touadéra, les inondations à Bangui révèlent l’ampleur du détournement des fonds destinés aux infrastructures urbaines.
Mais l’arrivée au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra a tout bloqué. Par appât du gain, le régime a annulé d’un trait de plume les contrats signés avec des entreprises internationales qualifiées pour confier les marchés à des entreprises chinoises à moitié prix… empochant au passage la différence.
Résultat de cette cupidité criminelle : le chantier a été sabordé. Les canalisations n’ont jamais atteint le centre-ville et se sont arrêtées piteusement au niveau du lycée Miskine.
Pis encore, ces ouvrages au rabais ont la dimension des petits caniveaux des ruelles du quartier Madou dans le 5e arrondissement.
Incapables d’absorber le moindre flux, elles se jettent dans les rues et transforment instantanément les axes routiers en rivières déchaînées.
À l’instar du débordement spectaculaire constaté au pont de Bakongo, près de la base de la MINUSCA dans le 2e arrondissement, ou des véhicules encastrés contre les murs, chaque inondation expose la vérité crue : ce ne sont pas les trombes d’eau du ciel qui ruinent Bangui, mais la corruption, l’incompétence et le pillage systématique du régime de Touadéra.
Affaire à suivre à la prochaine saison pluvieuse de 2027.
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